1er-Mai à Liévin : le maire RN enterre une tradition syndicale au nom de la « lutte contre la propagande »

Par Apophénie 22/04/2026 à 18:21
1er-Mai à Liévin : le maire RN enterre une tradition syndicale au nom de la « lutte contre la propagande »

Le nouveau maire RN de Liévin annule la cérémonie du 1er-Mai avec les syndicats, dénonçant une « propagande politique ». Une décision qui choque les organisations locales et relance le débat sur la démocratie locale dans les anciennes terres minières du Pas-de-Calais.

À Liévin, le 1er-Mai enterre une tradition syndicale au nom de la « moralisation » politique

Dans l’ancienne cité minière de Liévin, où les cicatrices du passé industriel résonnent encore dans chaque rue, une décision symbolique vient d’être prise par la nouvelle municipalité conduite par Dany Paiva, élu sous les couleurs du Rassemblement national. Depuis des décennies, le 1er-Mai était l’occasion pour les syndicats locaux de se rassembler avec les élus autour d’un hommage aux mineurs, dans une cérémonie où se mêlaient mémoire ouvrière et revendications sociales. Cette année, plus rien. « Annulée », comme l’a confirmé l’Agence France-Presse le 22 avril 2026, sous couvert d’un argumentaire aussi péremptoire qu’idéologique : la lutte contre la « propagande » syndicale.

Pour le maire, dont l’équipe a pris les rênes de la ville en mars dernier aux côtés de quatorze autres communes du bassin minier du Pas-de-Calais – un territoire historiquement ancré à gauche –, les organisations syndicales ne seraient « là que pour servir des intérêts politiques nationaux ». Une rhétorique qui sonne comme un coup de semonce pour les défenseurs des droits des travailleurs, dans une région où le mouvement ouvrier a façonné l’identité collective. « Cela n’a aucun sens, cela n’a pas lieu d’être », avait-il asséné, balayant d’un revers de main un siècle d’histoire sociale.

L’hommage aux mineurs préservé… mais vidé de son sens

Ironie du sort ou cynisme assumé : si la cérémonie conjointe avec les syndicats est rayée du calendrier, l’hommage aux mineurs, lui, sera maintenu. Un geste qui relève davantage du calcul politique que du respect des traditions. Car jusqu’ici, c’était précisément dans le cadre de cette journée que se tenait le dépôt de gerbe, suivi d’un temps de parole syndical à l’hôtel de ville. Désormais, le programme se limite à une formalité : l’hommage, sans la parole des représentants des travailleurs.

Autre mesure symbolique : le report à une date ultérieure de la remise des médailles aux travailleurs, une tradition qui permettait de reconnaître publiquement l’engagement des salariés locaux. Une décision qui, selon les observateurs, dilue encore davantage la portée collective de cette journée, transformant un moment de convergence en un acte administratif dépourvu de portée politique.

Pourtant, la mémoire minière de Liévin ne se résume pas à des symboles. Elle s’incarne dans le paysage urbain, dans les corons, dans les récits de ceux qui ont extrait le charbon pendant des générations. C’est cette histoire que les syndicats entendaient célébrer, aux côtés des élus, dans une démarche de transmission et de dialogue social. Une tradition que le RN, lui, semble vouloir effacer au nom d’une vision étroite de la politique.

Les syndicats dénoncent une « attaque frontale » contre les travailleurs

La réaction des organisations syndicales n’a pas tardé. Perrine Mohr, secrétaire générale de la CFDT Hauts-de-France, a qualifié cette annulation de « révélateur de la détestation des syndicats et du mépris pour l’histoire de nos territoires ». Pour elle, cette décision n’est pas anodine : elle s’inscrit dans une stratégie plus large de marginalisation des corps intermédiaires, ces structures qui, depuis des décennies, ont porté les luttes pour les droits sociaux et économiques.

Gilles Richy, secrétaire régional CFDT chargé du territoire Artois-Douaisis, enfonce le clou :

« Cette cérémonie est historique. Quand on s’y attaque, on s’attaque aux travailleurs, parce que les organisations syndicales portaient les doléances des travailleurs. Supprimer ce moment, c’est nier leur légitimité, c’est effacer leur rôle dans la construction de notre société. »

Les syndicats rappellent que le 1er-Mai n’est pas seulement une date sur un calendrier, mais un héritage. Un héritage de grèves, de négociations, de conquêtes sociales. Dans un département où le chômage et la précarité restent des défis majeurs, cette décision est perçue comme un recul démocratique, voire comme une provocation.

Le Pas-de-Calais, laboratoire d’une extrême droite en marche

Cette affaire n’est pas isolée. Dans l’ancien bassin minier, terre de luttes et de résistance, le Rassemblement national a remporté douze nouvelles mairies lors des élections municipales de mars 2026. Un raz-de-marée électoral qui porte à quatorze le nombre de communes dirigées par le parti d’extrême droite, dans un territoire où la gauche dominait sans partage depuis des décennies.

À quelques kilomètres de Liévin, à Harnes, le nouveau maire RN, Anthony Garénaux-Glinkowski, a déjà marqué son mandat par des mesures symboliques fortes. Dès son arrivée, il a fait retirer du fronton de la mairie les drapeaux européen et ukrainien, les remplaçant par des bannières tricolores. Une décision justifiée par un argument constitutionnel discutable, mais qui, surtout, illustre une volonté affichée de recentrer l’action publique sur une vision identitaire et restrictive de la République.

Autre geste choc : le retrait d’un buste de Robespierre de la salle du conseil municipal. Pour le maire, « le pire guillotineur de l’histoire française n’avait rien à y faire ». Une interprétation historique pour le moins cavalière, qui ignore délibérément le rôle de la Révolution française dans l’émergence des valeurs républicaines que le RN prétend défendre.

À Grenay, autre commune du Pas-de-Calais passée au RN, c’est une plaque honorant Georges Ibrahim Abdallah, militant libanais propalestinien, qui a été arrachée. Une décision qui s’inscrit dans une logique de réécriture de l’histoire locale, au mépris des engagements passés de la commune envers la solidarité internationale.

Entre mémoire ouvrière et offensive politique

Ces mesures, prises en l’espace de quelques semaines, dessinent un tableau inquiétant pour les défenseurs de la démocratie locale. Dans un contexte national marqué par des tensions politiques croissantes, où la droite et l’extrême droite multiplient les attaques contre les corps intermédiaires, les syndicats, les associations et les médias, le Pas-de-Calais devient le terrain d’une expérimentation à grande échelle.

Pour les observateurs, la suppression de la cérémonie du 1er-Mai à Liévin n’est pas un simple ajustement organisationnel. C’est le symptôme d’un rejet assumé du dialogue social, d’une méfiance envers les contre-pouvoirs, et d’une volonté de contrôle sur la mémoire collective. Une tendance qui, si elle se poursuit, pourrait redéfinir en profondeur les équilibres démocratiques dans les territoires.

Alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu, Premier ministre, peine à répondre aux crises sociales qui secouent le pays, ces décisions locales prennent une dimension nationale. Elles posent une question essentielle : dans une démocratie, peut-on effacer l’histoire au nom d’une idéologie ?

À Liévin, comme ailleurs dans le bassin minier, la réponse des citoyens et des organisations syndicales sera sans doute sans ambiguïté. Le 1er-Mai, même vidé de sa cérémonie officielle, reste un symbole. Et les symboles, on ne les enterre pas aussi facilement.

À propos de l'auteur

Apophénie

Les conflits d'intérêts gangrènent notre démocratie et personne n'en parle. Des ministres qui pantouflent dans le privé, des lobbies qui rédigent les lois, des hauts fonctionnaires qui naviguent entre cabinets ministériels et conseils d'administration. Je traque ces connexions, je les documente, je les expose. On m'accuse parfois de complotisme – l'insulte facile pour discréditer ceux qui posent des questions gênantes. Mais les faits sont têtus. Et ils incriminent notre belle République.

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Commentaires (6)

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evercurious47

il y a 1 mois

ptdr les gens dans les comment sa fous le bordel... "propagande politique" my ass!!! le RN il a peur des mots "travail" et "solidarité" ou quoi??? genre ils veulent que tout le monde bosse en silence et que les patrons se goinfrent tranquille??? sérieux la on marche sur la tête...

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Thomas65

il y a 1 mois

Bourgeois et ouvriers unis dans le même désamour pour cette mairie. Le RN fait du propre… comme d’hab. Et après ils râlent quand on leur reproche leur clientélisme. Mouais. La seule question qui vaille : combien de temps avant que les commerçants de la ville se plaignent du manque à gagner ? Le 1er mai, c’est aussi un jour où les gens dépensent.

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Raphaël63

il y a 1 mois

@lucie-43 C’est pas le débat. Le vrai problème c’est que maintenant le maire va devoir expliquer aux vieux mineurs en colère pourquoi leur fête sacrée passe à la trappe. Ça va swinguer dans les bistrots de Liévin. Moi je vous dis : lui, il va se faire lyncher à l’apéro. anecdote perso : mon grand-père est enterré au cimetière de Liévin, il m’a toujours dit que le 1er mai c’était sacré. Là, il doit se retourner dans sa tombe.

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Lucie-43

il y a 1 mois

Comme si les patrons avaient besoin d’une fête pour se rappeler qu’ils exploitent. La belle avancée.

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val-87

il y a 1 mois

mdr non mais sérieux??? le 1er mai c'est pas QUE les syndicats, c'est la fete des travailleurs!! et eux ils font genre??? et ptdr en plus ils parlent de propagande... eux qui nous bassinent avec leurs théories du grand remplacemnt??? nooooon sérieux la on est en train de rire ou quoi???

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Augustin Bocage

il y a 1 mois

Ce qui est frappant, c’est la radicalité de la mesure : annuler une tradition aussi ancrée que le 1er-Mai, symbole de lutte sociale depuis 1886. On passe d’une mairie qui organisait les commémorations à une qui les interdit. Le rapport de force est clair… mais à quel prix pour la démocratie locale ? Comment expliquer cette frange importante du RN qui rejette *toute* symbolique syndicale, même historique ?

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