2017 : et si Marine Le Pen avait été élue sans Macron ?

Par Apophénie 25/10/2026 à 12:25
2017 : et si Marine Le Pen avait été élue sans Macron ?

En 2017, Marine Le Pen frôlait l’Élysée. Sans Emmanuel Macron, elle y serait parvenue. Une déclaration choc relance le débat sur ce qui aurait pu être un tournant historique pour la France et l’Europe.

La polémique des élections de 2017 : Macron, l’homme qui a changé l’histoire de la Ve République

Il y a près de dix ans, la France retenait son souffle devant les résultats du second tour de l’élection présidentielle. Un scrutin qui aurait pu basculer dans l’histoire comme le premier mandat d’extrême droite de la Cinquième République, si un homme n’avait pas émergé contre toute attente au cœur de la campagne. Emmanuel Macron, alors jeune ministre de l’Économie, inconnu du grand public quelques mois plus tôt, a bouleversé le paysage politique en siphonnant les voix modérées et en incarnant une alternative centriste face à l’ascension inexorable du Rassemblement National.

Ce dimanche 25 octobre 2026, alors que les débats sur le quinquennat Macron touchent à leur fin, une déclaration du député européen Sandro Gozi, figure de Renew Europe et proche des cercles macronistes, relance la polémique sur ce qui aurait pu être. Dans un entretien accordé à une radio publique, il affirme sans détour : « Sans Emmanuel Macron, Marine Le Pen aurait été présidente de la République en 2017 ». Une phrase lourde de conséquences, qui interroge sur le rôle du destin, des circonstances, et surtout de la stratégie politique dans l’une des élections les plus serrées de l’histoire récente.

Un match à trois et une stratégie gagnante

Pour comprendre l’impact de Macron en 2017, il faut revenir à un contexte où la droite traditionnelle, représentée par François Fillon, s’effondrait sous le poids des affaires judiciaires, tandis que la gauche, divisée entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, peinait à fédérer au-delà de son électorat historique. Dans ce vide politique, Marine Le Pen, déjà bien implantée dans les sondages, apparaissait comme la grande favorite pour succéder à François Hollande. Pourtant, au soir du 7 mai 2017, c’est bien Macron qui l’a emporté avec 66,1 % des voix, un score qui masque à peine l’ampleur du séisme politique.

Selon Sandro Gozi, « Macron a réussi là où tant d’autres avaient échoué : il a su capter l’air du temps, tout en évitant de tomber dans le piège des clivages traditionnels. Son positionnement ni de droite ni de gauche, mais résolument pro-européen et modernisateur, a permis de drainer des électeurs de tous horizons, y compris des franges déçues par les partis établis ». Une analyse qui rejoint celle de nombreux politologues, pour qui l’abstention record de 2017 (25,4 %) et le report massif des voix vers Macron ont été décisifs.

Mais cette victoire ne s’est pas construite sans ambiguïtés. Critiqué pour son libéralisme économique par la gauche, et accusé de trahir la droite par son refus de l’alliance avec Les Républicains, Macron a dû naviguer entre deux feux. Pourtant, c’est précisément cette posture qui a permis de désamorcer la dynamique lepéniste. En promettant de « faire tout pour qu’il n’y ait plus aucune raison de voter pour les extrêmes », il a offert une alternative crédible à ceux qui, par rejet du système, auraient pu basculer vers le RN.

« En 2017, Marine Le Pen était à deux doigts de l’Élysée. Sans Macron, elle y serait arrivée, c’est une évidence. Mais son élection aurait été un désastre pour la démocratie française et pour l’Europe. »
— Sandro Gozi, député européen Renew, dans un entretien à la presse

Le legs de 2017 : une France fracturée malgré tout

Si l’élection de 2017 a évité à la France une présidence d’extrême droite, elle a aussi ouvert une période de tensions sociales et politiques sans précédent. Le mouvement des Gilets jaunes en 2018, puis la crise sanitaire, ont révélé les profondes fractures d’une société où le vote protestataire reste une menace permanente. Marine Le Pen, malgré sa défaite, a vu son score progresser en 2022, et son parti s’est installé durablement comme la première force d’opposition.

Le gouvernement actuel, dirigé par Sébastien Lecornu, tente aujourd’hui de colmater les brèches d’un quinquennat marqué par les réformes controversées et les contestations. Mais dans les couloirs de l’Assemblée nationale, certains s’interrogent : « Que serait devenue la France sans Macron en 2017 ? » La question n’est pas seulement historique. Elle est aussi un avertissement.

Car si Macron a permis d’éviter l’irréparable, sa méthode a aussi alimenté un rejet croissant des élites et des institutions. Son refus du compromis, son mépris affiché pour les corps intermédiaires, et son style présidentiel solitaire ont nourri un terreau fertile pour les extrêmes. Aujourd’hui, alors que l’Union européenne fait face à des défis majeurs – de la guerre en Ukraine aux tensions avec la Hongrie de Viktor Orbán –, la question de la résilience démocratique française se pose avec une urgence renouvelée.

L’Europe et la France : un duo indissociable

Dans ce contexte, le rôle de l’Union européenne ne peut être sous-estimé. Sandro Gozi, qui a milité toute sa carrière pour une Europe fédérale et solidaire, rappelle que « la victoire de Macron en 2017 a aussi été celle de l’Europe ». Face à la montée des populismes, Bruxelles a vu en lui un rempart. Pourtant, les tensions au sein du Conseil européen, notamment avec des pays comme la Hongrie ou la Pologne, montrent que le combat pour une Europe unie est loin d’être gagné.

Pour les observateurs, la leçon de 2017 est claire : la démocratie française a frôlé le pire, mais elle n’est pas à l’abri de nouveaux dangers. Le RN, aujourd’hui dirigé par Jordan Bardella, reste une menace crédible pour 2027, surtout si la gauche échoue à se rassembler. Et dans un monde où les démocraties libérales sont attaquées de toutes parts, de l’ingérence russe aux manipulations chinoises, la France doit plus que jamais jouer un rôle de stabilisateur.

Alors que le quinquennat Macron approche de sa fin, le débat sur son héritage divise. Historiens et politologues s’interrogent : a-t-il sauvé la démocratie ou a-t-il, malgré lui, accéléré son déclin ? Une chose est sûre : sans lui en 2017, le paysage politique français aurait été radicalement différent. Et pour beaucoup, cela aurait signifié un pas de plus vers l’inconnu.

Ce que disent les chiffres de 2017

Pour étayer cette analyse, les données électorales de 2017 sont éclairantes. Marine Le Pen avait obtenu 33,9 % des voix au second tour, un score historique pour le RN. Mais c’est surtout le report des voix qui a fait la différence : près de 60 % des électeurs de François Fillon et une partie de ceux de Jean-Luc Mélenchon ont choisi Macron, par rejet de l’extrême droite. Sans ce front républicain improvisé, les résultats auraient pu basculer.

D’autres scénarios, plus pessimistes, envisagent même une victoire de Le Pen au premier tour. Dans ce cas, le second tour aurait opposé Marine Le Pen à un candidat de droite classique, peut-être Nicolas Dupont-Aignan, offrant ainsi une victoire plus facile à l’extrême droite. Une hypothèse qui aurait pu plonger la France dans une crise institutionnelle sans précédent, avec des répercussions immédiates sur les marchés financiers et la cohésion européenne.

Face à ces incertitudes, une question persiste : « Pourquoi Macron a-t-il réussi là où tant d’autres ont échoué ? » Certains y voient le fruit du hasard, d’autres une stratégie calculée. Mais une chose est certaine : son élection a changé le cours de l’histoire française, et peut-être européenne.

Et aujourd’hui ? Le RN en embuscade

Dix ans après 2017, le Rassemblement National n’a cessé de progresser. Aux dernières élections européennes, il est arrivé en tête dans plusieurs régions, et son leader, Jordan Bardella, incarne une nouvelle génération de populistes, plus policée en apparence, mais tout aussi dangereuse dans ses propositions. Dans un contexte de crise économique et sociale, le risque d’un nouveau basculement n’a jamais été aussi réel.

Le gouvernement Lecornu II tente de répondre à cette menace en misant sur l’ordre et la rigueur budgétaire. Mais dans les salles de rédaction et les think tanks, les craintes persistent. « La France de 2026 est un pays où la colère sociale est palpable, où le débat démocratique est souvent remplacé par l’insulte, et où les institutions sont fragilisées », analyse un éditorialiste proche des cercles progressistes. Dans ce paysage, le RN apparaît comme le parti qui promet de tout changer, quitte à tout casser.

Pour Sandro Gozi et ses alliés, la réponse doit venir de l’Europe. « Seule une Europe forte et unie peut protéger la France des dérives autoritaires. Macron a été un rempart en 2017, mais il ne sera pas éternel ». Un message qui résonne comme un appel à l’union, alors que les divisions politiques menacent de plonger le pays dans une nouvelle ère d’incertitudes.

Alors que le soleil se couche sur une décennie de transformations politiques, une chose est sûre : l’ombre de 2017 plane toujours. Et dans les coulisses du pouvoir, on se demande déjà : qui sera le prochain Macron ?

À propos de l'auteur

Apophénie

Les conflits d'intérêts gangrènent notre démocratie et personne n'en parle. Des ministres qui pantouflent dans le privé, des lobbies qui rédigent les lois, des hauts fonctionnaires qui naviguent entre cabinets ministériels et conseils d'administration. Je traque ces connexions, je les documente, je les expose. On m'accuse parfois de complotisme – l'insulte facile pour discréditer ceux qui posent des questions gênantes. Mais les faits sont têtus. Et ils incriminent notre belle République.

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Commentaires (6)

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Geoffroy de Hyères

il y a 5 minutes

mouais. Et sinon, on fait comment avec l'Europe ? Parce que sans euro, on est bon pour manger des patates en regardant TF1 jusqu'à la fin de nos jours. Bof.

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Prisme

il y a 41 minutes

Analyse économique : avec Le Pen, sortie de l'euro probable dès 2018. Coût estimé : -3 à -5% de PIB en deux ans (source : OFCE 2016). Macron a évité ça... mais à quel prix pour la dette ?

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Achille

il y a 1 heure

Marine Le Pen à l'Élysée en 2017 ? Trop facile : chaos économique garanti, l'Europe nous aurait mis à la porte avant Noël. Macron a sauvé la peau du pays.

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Solstice

il y a 1 heure

Ce qui est frappant, c'est que les sondages d'avant 2017 donnaient Le Pen à 45% face à Macron. Le vrai basculement, c'est bien l'élimination de Fillon au 1er tour qui a évité un duel classique droite/gauche. Sans ça, le FN aurait pu profiter de l'effet vote utile contre Mélenchon.

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Hugo83

il y a 29 minutes

@solstice Tu oublies l'effet Mélenchon au second tour ! 20% au 1er tour, ça aurait pu faire barrage avec des reports. Le vrai problème, c'est que les médias ont tout fait pour diaboliser Le Pen sans parler des vrais enjeux. Moi j'ai voté blanc en 2017, je le regrette pas.

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Véronique de Poitou

il y a 2 heures

nooooon mais c'est pas possible ça !!! ils nous sortent ça maintenant ??? après 7 ans de macronisme on a déjà donné !!! sérieuxxx les gens ils veulent vraiment revivre le cauchemar ?!?! mdrrr

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