Un engagement précoce pour une figure controversée
À Aurillac, en Auvergne, un jeune militant de 24 ans incarne aujourd’hui la fidélité à une époque révolue de la Ve République. Rémy Goubert, fondateur des Jeunes avec François Hollande, cultive depuis l’enfance un attachement viscéral à l’ancien président socialiste, aujourd’hui figure marginale du paysage politique français. Une passion politique née dans les soubresauts d’une campagne présidentielle de 2012, alors que le candidat Hollande, encore inconnu des jeunes générations, sillonnait les routes de France pour promettre un « changement » qui, une fois au pouvoir, s’est révélé bien différent des espoirs soulevés.
Ce dimanche 1er novembre 2026, alors que le gouvernement Lecornu II peine à rassembler une majorité stable et que les sondages annoncent une gauche divisée face à la montée inexorable de l’extrême droite, Goubert tente de donner une nouvelle jeunesse à un héritage politique souvent moqué. Son association, créée en mai 2026, revendique une centaine de membres, principalement des étudiants et jeunes actifs, bien loin des foules qui avaient porté Hollande au pouvoir en 2012.
Un parcours façonné par l’héritage d’un mandat décevant
La relation entre Goubert et Hollande remonte à l’enfance. En mars 2012, âgé de seulement 9 ans, il assiste à son premier meeting politique après avoir aperçu le candidat sortir d’une voiture à Aurillac. « C’était le monsieur qu’on voyait à la télévision », raconte-t-il aujourd’hui avec une nostalgie palpable. Cet événement, presque anodin, marque le début d’une trajectoire militante qui le conduira, à 16 ans, à rejoindre les rangs du Parti Socialiste, puis à devenir conseiller municipal dans sa ville natale.
Pourtant, les années Hollande au pouvoir ont laissé des traces indélébiles dans la mémoire collective. Entre loi Travail, état d’urgence prolongé et politique économique libérale, le quinquennat a déçu une large partie de l’électorat de gauche, accélérant le déclin du PS. Aujourd’hui, Hollande est perçu par beaucoup comme un président « normal » dont le bilan se résume à une gestion technocratique des crises, loin des promesses de rupture sociale de 2012.
Goubert, lui, refuse de voir dans ce passé un échec. « Il a été ma porte d’entrée en politique », assure-t-il, comme si la valeur symbolique de Hollande primait sur les réalisations concrètes de son mandat. Son engagement actuel s’inscrit dans une logique de résistance contre l’effritement des idéaux socialistes, dans un contexte où la gauche française est plus fragmentée que jamais.
Une gauche en quête de figures mobilisatrices
La création des Jeunes avec François Hollande s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition de la gauche, alors que les partis traditionnels peinent à séduire les nouvelles générations. Goubert, qui prépare actuellement le barreau, mise sur une stratégie de long terme : « Se tenir prêt », déclare-t-il avec une détermination qui tranche avec le scepticisme ambiant. Son objectif ? Rester « utile » si jamais l’ancien président, aujourd’hui retiré de la vie politique active, venait à envisager un retour.
Cette initiative intervient alors que le gouvernement Lecornu II, confronté à une opposition fragmentée et à une défiance croissante envers le pouvoir, tente de stabiliser une majorité présidentielle affaiblie. Dans un pays où l’extrême droite réalise des scores historiques dans les sondages, la gauche, elle, peine à trouver une voix unifiée. Les divisions entre socialistes, écolos et insoumis ont atteint un paroxysme, tandis que les appels à un rassemblement restent lettre morte.
Goubert incarne cette génération de militants pour qui Hollande reste une référence intouchable, malgré les critiques. « On ne refait pas l’histoire, mais on peut en tirer des leçons », estime-t-il, sans préciser si ces leçons concernent les politiques menées ou simplement la nécessité de revenir aux fondamentaux d’un socialisme « humaniste ».
Un pari risqué dans un paysage politique en ébullition
Si l’association de Goubert revendique un ancrage local solide – il est premier fédéral socialiste du Cantal –, son influence réelle reste limitée. Les Jeunes avec François Hollande peinent à émerger dans un écosystème militant dominé par des mouvements plus radicaux ou plus institutionnels. Pourtant, leur existence même illustre une tendance plus large : le refus de tourner la page d’un cycle politique que beaucoup considèrent comme révolu.
Dans le même temps, l’actualité politique française est marquée par une polarisation croissante. Le Rassemblement National, en tête des intentions de vote, et La France Insoumise, en quête d’un nouveau souffle, occupent le devant de la scène, reléguant les figures historiques du PS dans l’ombre. Pourtant, certains observateurs estiment qu’un retour de Hollande, même symbolique, pourrait redonner un élan à une gauche en quête d’identité.
Goubert, lui, semble convaincu que l’histoire n’est pas écrite. « La politique, c’est aussi une question de timing », confie-t-il, comme si l’avenir pouvait encore basculer en faveur d’un homme dont le second mandat a été marqué par des reculs constants face aux défis économiques et sociaux. Son association, bien que modeste, pourrait ainsi jouer un rôle inattendu dans les mois à venir, alors que l’échéance de 2027 se profile à l’horizon.
Entre nostalgie et réalisme politique
Le cas de Goubert soulève une question plus large : jusqu’où une génération de militants peut-elle s’accrocher à un passé qui ne passe pas ? Les Jeunes avec François Hollande représentent une frange minoritaire mais déterminée de la gauche, qui refuse de considérer que 2017 a marqué la fin d’un cycle. Pourtant, les défis de 2026 sont d’une tout autre nature : crise des retraites, chômage structurel, montée des extrémismes et défiance envers les institutions.
Dans ce contexte, l’appel de Goubert à « se tenir prêt » interroge. Prêt à quoi, exactement ? À un retour en grâce de Hollande, dont l’image reste associée à une époque où le PS dominait encore le jeu politique ? À une recomposition de la gauche autour de figures plus consensuelles ? Ou simplement à l’idée que, parfois, les rêves politiques les plus fous finissent par resurgir, même après des années d’oubli ?
Une chose est sûre : dans un pays où la mémoire collective est aussi courte que les mandats présidentiels, les nostalgiques de 2012 ont encore du pain sur la planche.
Une génération sacrifiée ?
Derrière l’engagement de Goubert se cache aussi une question générationnelle. Les jeunes actifs et étudiants d’aujourd’hui, souvent désillusionnés par la politique, peinent à trouver des figures inspirantes. Hollande, malgré tout, reste pour certains un repère, un symbole d’une époque où la gauche croyait encore aux vertus du compromis social.
Pourtant, les réalités économiques de 2026 sont sans appel : précarité croissante, difficulté d’accès au logement, désindustrialisation accélérée. Dans ce paysage, les promesses de 2012 – « Le changement, c’est maintenant » – résonnent comme un lointain écho. Goubert et ses camarades semblent vouloir raviver cette flamme, même si les chances de succès semblent minces.
Alors que la gauche française se cherche un nouveau souffle, les Jeunes avec François Hollande incarnent une tentative désespérée de sauver un héritage qui, pour beaucoup, est déjà perdu. Leur combat est-il voué à l’échec ? Peut-être. Mais dans un pays où la politique est devenue un sport de combat, chaque tentative de rebirth mérite d’être observée.