Marseille : le RN en quête de reports de voix après un second tour sous tension
La cité phocéenne s’apprête à vivre un second tour municipal sous haute tension. Alors que les candidats finalisent leurs stratégies, Franck Allisio, tête de liste du Rassemblement national, voit ses ambitions s’effriter face à une dynamique politique pour le moins défavorable. Le retrait surprise de Sébastien Delogu, figure de La France insoumise, conjugué au maintien de Martine Vassal, candidate de la droite et du centre, a rebattu les cartes d’un scrutin où chaque voix compte. Une configuration qui, selon les observateurs, pourrait sceller l’échec du RN dans la deuxième ville de France.
Un désistement qui change la donne
Mardi 17 mars 2026, alors que les dépôts de listes pour le second tour battaient leur plein, Sébastien Delogu a annoncé le retrait de sa liste, un coup de théâtre qui bouleverse les équilibres locaux. Pour Franck Allisio, ce retrait, loin d’être une bonne nouvelle, « complique singulièrement la tâche », comme il l’a lui-même reconnu. Le candidat RN dénonce une « alliance tacite » entre la gauche et la droite modérée, accusant Benoît Payan et Sébastien Delogu de s’être entendus pour faire barrage à son camp. « Là, le vrai maire de Marseille, ce ne sera pas Monsieur Payan, ce sera Monsieur Mélenchon », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse improvisée devant la préfecture, où il venait déposer sa liste.
Cette accusation, bien que partiale, reflète une réalité politique qui dépasse les clivages traditionnels. Alors que la gauche et la droite modérée s’affrontent depuis des années, ce désistement révèle une convergence de vues contre l’extrême droite, un phénomène qui s’observe dans plusieurs grandes villes françaises.
Un appel désespéré aux électeurs de Vassal
Face à cette situation, Franck Allisio tente de mobiliser les électeurs de Martine Vassal, candidate LR-LREM, en misant sur leur « bon sens ». Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il en appelle à Bruno Retailleau, président des Républicains, et à Gabriel Attal, figure de proue de la majorité présidentielle, pour qu’ils poussent leur candidate à se retirer. « Je leur demande solennellement de demander à Madame Vassal le retrait de sa liste », a-t-il martelé, sans grand espoir d’être entendu.
Pourtant, les signaux envoyés par l’entourage de Jordan Bardella, président du RN, sont clairs : le parti espère un report massif des voix. Mais à Marseille, où les divisions politiques sont profondément ancrées, la tâche s’annonce ardue. Les sympathisants du RN eux-mêmes sont divisés. Certains, comme Jacques-André, un électeur de longue date, estiment que « les jeunes de droite voteront Allisio par rejet de la gauche ». D’autres, plus pessimistes, comme Steevy, affirment que « le match est déjà plié » et que Benoît Payan l’emportera sans surprise.
« C’était déjà plus ou moins joué d’avance. »
Steevy, sympathisant RN, sur les chances de Franck Allisio.
Le front républicain, un obstacle de taille
Le retrait de Delogu et le maintien de Vassal illustrent une fois de plus la force du front républicain, cette coalition informelle qui se forme systématiquement contre le RN. Pour des électeurs comme Claude et André, ce phénomène relève de la « magouille » et du « mépris envers la démocratie ». « Tout le monde rouspète, il faut du changement… Et puis après, au dernier moment, c’est la coalition contre le Rassemblement national », s’indigne Claude, avant d’ajouter : « J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de girouettes ! »
Cette dynamique, bien que critiquée par une partie de l’électorat, reste un pilier de la stratégie des partis traditionnels face à l’extrême droite. À Marseille, où les enjeux sont particulièrement élevés, elle pourrait bien sonner le glas des ambitions de Franck Allisio. Les observateurs s’accordent à dire que le RN a besoin d’une mobilisation exceptionnelle pour inverser la tendance, ce qui semble peu probable dans un contexte aussi polarisé.
Une gauche divisée, une droite sous pression
Si le RN est en difficulté, la gauche marseillaise n’est pas en reste. Malgré le retrait de Delogu, Benoît Payan, maire sortant soutenu par une partie de la gauche, reste favori. Son alliance avec des figures modérées, comme celles de la liste Vassal, pourrait lui permettre de conserver la mairie, au détriment du RN. Cette configuration rappelle les dynamiques observées lors des précédentes élections municipales, où les divisions de la gauche avaient souvent profité à la droite traditionnelle.
De son côté, la droite modérée, représentée par Martine Vassal, se retrouve dans une position inconfortable. Affaiblie par des divisions internes et des critiques sur sa gestion passée, elle doit désormais composer avec un électorat méfiant, tout en évitant de donner l’impression de s’allier avec la gauche radicale. Son maintien au second tour pourrait bien s’avérer être un cadeau empoisonné : trop à gauche pour rassurer la droite dure, et trop à droite pour séduire la gauche modérée.
Un scrutin sous haute surveillance
Ce second tour s’inscrit dans un contexte national particulièrement tendu. Alors que Emmanuel Macron et son gouvernement, dirigés par Sébastien Lecornu, tentent de stabiliser une majorité présidentielle en lambeaux, les municipales de 2026 sont perçues comme un test pour 2027. À Marseille, où la gauche et la droite se disputent la première ville de France, chaque voix compte. Le RN, qui mise sur une percée historique, pourrait bien être le grand perdant de ce scrutin, faute d’alliances crédibles.
Les prochains jours seront décisifs. Entre les appels au report de voix et les stratégies de dernière minute, les candidats ne ménageront pas leurs efforts pour convaincre. Mais à Marseille, une chose est sûre : le Rassemblement national n’a plus les marges de manœuvre qui lui permettraient de l’emporter. Reste à savoir si cette défaite annoncée servira de leçon pour les prochains scrutins… ou si elle ne fera que renforcer les divisions d’une ville déjà profondément fragmentée.