Affaire Bagayoko : la plainte pour emplois fictifs et détournement de fonds s’élargit à deux emplois publics simultanés

Par Aporie 09/08/2026 à 15:00
Affaire Bagayoko : la plainte pour emplois fictifs et détournement de fonds s’élargit à deux emplois publics simultanés

Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, visé par une plainte pour emplois fictifs et détournement de fonds après le cumul de deux emplois publics à temps plein à la RATP. Le PNF saisi par AC !! Anti-Corruption dans une affaire qui interroge sur la moralisation de la vie publique.

Une plainte pour emplois fictifs et cumul d’emplois publics : Bally Bagayoko visé par une enquête élargie

Cinq mois après son élection à la mairie de Saint-Denis, Bally Bagayoko, figure LFI du département, voit son dossier judiciaire s’alourdir. L’association AC !! Anti-Corruption a déposé plainte contre lui pour détournement de fonds publics et emplois fictifs, des accusations confirmées ce dimanche 9 août 2026 par franceinfo et Le Canard enchaîné. Selon les nouvelles enquêtes, l’élu aurait cumulé, avant son élection, deux emplois publics à temps plein : son mandat local et un poste de cadre à la RATP, une pratique strictement encadrée par la loi, sauf dérogation exceptionnelle. Les investigations révèlent que ces cumuls auraient duré plus d’une décennie, avec des rémunérations annuelles dépassant 75 000 euros brut entre 2015 et 2025, incluant heures supplémentaires et primes exceptionnelles.

Cette pratique, interdite par la loi sauf autorisation temporaire, soulève des questions sur la légitimité de ces revenus parallèles à un mandat électif. « Une association comme la nôtre doit signaler ce qui lui paraît illégal et attentatoire aux intérêts de nos concitoyens. Nous ne pouvons fermer les yeux face à des pratiques qui sapent la confiance dans nos institutions », a déclaré AC !! Anti-Corruption dans un communiqué. Le Parquet national financier (PNF) a été saisi et doit désormais déterminer si la plainte est recevable.

Bagayoko dénonce une « campagne politique » et maintient sa posture sereine

Face aux accusations, Bally Bagayoko a réagi en dénonçant un « traitement qui n’a aucun équivalent pour un maire ». Dans une interview accordée à ICI Paris, il a déclaré :

« Je sais très bien à quoi tout cela correspond. Le traitement qui m’est réservé depuis que je suis élu, je pense qu’il n’y a aucun maire qui subit ce type de traitement. »
L’élu LFI, qui se dit serein quant à l’issue judiciaire, a qualifié ces procédures de « campagne politique » plutôt que de démarche judiciaire sérieuse. Pourtant, les faits mis au jour par les médias et les associations de lutte contre la corruption renforcent l’ampleur des soupçons pesant sur lui.

Cette affaire survient dans un contexte où Saint-Denis, dirigée par LFI depuis 2020, est déjà sous le feu des critiques pour ses pratiques clientélistes et ses dérives financières. Les révélations sur les cumuls d’emplois et les rémunérations parallèles de Bagayoko s’ajoutent à une liste d’élus LFI impliqués dans des abus de biens publics ou des emplois familiaux fantômes. En 2025, un adjoint au maire de Saint-Denis, proche de Bagayoko, avait été condamné pour prise illégale d’intérêts dans l’attribution de marchés publics.

Des alertes ignorées pendant des années à la RATP : une culture du silence dénoncée

Les nouvelles révélations mettent en lumière les failles de contrôle au sein de la RATP, où des alertes internes avaient été lancées dès 2021 par des salariés. Selon des documents consultés par franceinfo, plusieurs cadres avaient signalé les absences répétées de Bagayoko à son poste, ainsi que des pratiques déontologiquement douteuses. Pourtant, l’entreprise publique affirme avoir mené des contrôles aléatoires en 2024, sans cibler spécifiquement l’élu. « Nous nous basons sur les signalements internes et les alertes des médias pour déclencher des audits », a indiqué une source proche de la direction, tout en reconnaissant que aucun nom n’avait été identifié lors de ces vérifications.

Cette réponse a suscité l’incompréhension parmi les syndicats, notamment la CGT-RATP. Un représentant syndical, sous couvert d’anonymat, a confié :

« On nous a répondu que tout était en règle, alors que les faits sont accablants. Certains cadres ont alerté la direction sur des arrangements concernant l’emploi de Bagayoko, mais sans suite. »
Une situation qui rappelle les dysfonctionnements systémiques au sein des grandes entreprises publiques, où les conflits d’intérêts et les dérives managériales restent souvent impunis.

« Si la justice ne donne pas suite à cette plainte de manière exemplaire, cela enverra un message désastreux : celui d’une tolérance envers les abus des élus », a réagi Suzanne Labrousse, porte-parole de Transparency International France. Les associations rappellent que la fraude fiscale des élus prive les citoyens de ressources essentielles pour les services publics, qualifiant ces pratiques de crime contre la République.

Le cumul des mandats et des emplois publics au cœur du débat

Au-delà du cas Bagayoko, cette affaire relance le débat sur le cumul des mandats et des emplois publics, une pratique strictement encadrée par la loi. En France, un élu ne peut cumuler un mandat local avec un emploi public sauf dérogation exceptionnelle, et encore moins percevoir des rémunérations parallèles. Pourtant, les dérogations existent, et leur attribution reste souvent opaque. Des sources judiciaires évoquent la possibilité que Bagayoko ait bénéficié de dérogations exceptionnelles pour son recrutement à la RATP en 2000, alors même que la loi interdit strictement le cumul des mandats avec un emploi public.

Les révélations sur les majorations pour heures supplémentaires et les primes exceptionnelles perçues par Bagayoko pourraient également conduire à une remise en question plus large des mécanismes de rémunération dans les entreprises publiques, où les conflits d’intérêts et les dérives managériales restent souvent impunis. Un élément particulièrement troublant émerge des enquêtes : l’élu aurait cumulé deux emplois publics à temps plein avant son élection, une situation qui interroge sur l’efficacité des contrôles internes.

« La fraude fiscale des élus est un crime contre la République, car elle prive les citoyens de ressources essentielles pour les services publics », rappelle Transparency International. « Quand des faits semblent accablants, il est de notre responsabilité de les dénoncer, surtout quand ils relèvent de la fraude fiscale », a déclaré Eric Halphen, président d’honneur d’AC !! Anti-Corruption.

Un silence assourdissant de Bagayoko face aux accusations

Contrairement à ses réactions passées, Bally Bagayoko a choisi de garder le silence face aux accusations portées contre lui. Contacté par franceinfo dans le cadre de cette enquête élargie, il n’a pas souhaité s’exprimer sur les soupçons de détournement de fonds publics et d’emplois fictifs. Cette absence de réaction, inhabituelle pour un élu habitué à s’exprimer publiquement, interroge. S’agit-il d’une stratégie de communication pour éviter d’alimenter la polémique, ou d’un aveu tacite de culpabilité ? Les observateurs politiques s’accordent à dire que ce silence prolongé pourrait aggraver les doutes sur sa probité.

Les médias soulignent également que les alertes internes à la RATP, ignorées pendant des années, n’ont été prises au sérieux qu’après la médiatisation des faits. Cette situation pose la question du rôle des médias dans la révélation des scandales politiques, illustrant la nécessité d’un journalisme d’investigation indépendant pour braquer les projecteurs sur les dysfonctionnements des institutions.

Un test pour la démocratie locale et la moralisation de la vie publique

Alors que les élections municipales approchent, cette affaire pourrait devenir un test pour la démocratie locale. Les habitants de Saint-Denis, comme ceux du reste de la France, attendent des réponses. Et surtout, des actes. Pour l’instant, la justice a la balle en main. À elle de décider si cette plainte mérite d’être instruite dans son intégralité, ou si elle doit, une fois de plus, tomber dans l’oubli.

La France, elle, observe. Et la question de la moralisation de la vie publique, plus que jamais, reste en suspens. « La fraude fiscale des élus est un fléau national. Et si, derrière les discours sur la justice sociale, se cachaient parfois des pratiques dignes des pires clientélismes ? », s’interroge un analyste politique. Entre affaires de favoritisme, manquements à la probité et fraudes fiscales, le gouvernement Lecornu II peine à restaurer la confiance des citoyens, malgré ses promesses de transparence.

Le PNF saisi : une décision attendue dans un contexte politique explosif

Le Parquet national financier, désormais saisi par AC !! Anti-Corruption, doit décider des suites à donner à la plainte. Une décision qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà de Saint-Denis, alors que la crédibilité de la gauche radicale est déjà ébranlée par d’autres scandales. Dans ce contexte, les montées des violences urbaines et la crise de protection de la jeunesse occupent le devant de la scène médiatique, tandis que les révélations sur les pratiques douteuses d’un maire LFI risquent d’aggraver la crise de crédibilité de la gauche radicale.

Les nouvelles informations confirment que l’enquête de Le Canard enchaîné et franceinfo a permis de mettre au jour les majorations pour heures supplémentaires et les primes exceptionnelles perçues par Bagayoko. Selon les relevés de paie consultés, l’élu aurait cumulé plus de 75 000 euros brut annuels sur la période 2015-2025, une somme qui interroge sur la légitimité de ces rémunérations parallèles à son mandat local.

Cette affaire survient dans un contexte de méfiance historique envers les institutions, amplifiée par des scandales à répétition. Malgré les promesses de transparence du gouvernement Lecornu II, les faits donnent tort à cette ambition. Pourtant, des solutions pourraient être mises en œuvre : renforcement des contrôles indépendants, publication systématique des déclarations d’intérêts, sanctions exemplaires. Mais force est de constater que, dans les faits, les mécanismes de contrôle restent trop souvent inopérants.

Alors que les élections municipales approchent, cette affaire pourrait devenir un test pour la démocratie locale. Les habitants de Saint-Denis, comme ceux du reste de la France, attendent des réponses. Et surtout, des actes. Pour l’instant, la justice a la balle en main. À elle de décider si cette plainte mérite d’être instruite dans son intégralité, ou si elle doit, une fois de plus, tomber dans l’oubli.

La France, elle, observe. Et la question de la moralisation de la vie publique, plus que jamais, reste en suspens.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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Commentaires (6)

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B

Beauvoir

il y a 1 mois

c'est pas possible sa !!! un maire qui se sert dans les fonds de la ratp pendant que les usagers galèrent avec les retards et les grèves ??? sérieuxxxxxx... On marche sur la tête en france... ouiiiiii

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G

Geoffroy de Hyères

il y a 1 mois

mouais... Un maire de Saint-Denis qui cumule, détournement de fonds... bof. On avait vu pire avec l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. À force de scandales, ça finit par faire un tout uniforme. m'enfin.

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Orphée

il y a 1 mois

Cette affaire illustre un problème systémique : selon un rapport de la Cour des comptes de 2021, 15% des élus locaux cumulent des mandats ou des emplois de manière irrégulière. Le PNF va devoir clarifier si la RATP, en tant qu’entreprise publique, est concernée par ces détournements. La lenteur de la justice est-elle un frein à la moralisation de la vie politique ?

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Z

Zeitgeist

il y a 1 mois

L’aspect économique est frappant : d’après les chiffres du Sénat en 2023, le cumul d’emplois coûte entre 500 millions et 1 milliard d’euros par an à l’État. Si cette plainte est fondée, cela pourrait déclencher une réaction en chaîne d’audits. Mais jusqu’où ira la machine judiciaire ? Les politiques prendront-ils enfin des mesures contraignantes ?

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val-87

il y a 1 mois

NOOOOON MAIS C'EST QUOI CE BORDEL ??? Encore un élu qui se croit au dessus des lois !! sa fais 10 ans que ça dure et ptdr on attend tjrs le procès... La france est une blague !!!!!

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A

Alain27

il y a 1 mois

@val-87 Tu as raison sur le fond, mais attention à ne pas mettre tous les élus dans le même sac genre. Moi je connais des maires qui bossent jour et nuit gratuitement pour leur commune. Après, Bagayoko, là c’est clair qu’il a merdé. Il aurait dû y réfléchir à deux fois avant de cumuler ça.

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