Affaire Santini : deux fonctionnaires humiliés remportent une victoire contre le maire UDI d'Issy-les-Moulineaux

Par Aurélie Lefebvre 24/04/2026 à 15:29
Affaire Santini : deux fonctionnaires humiliés remportent une victoire contre le maire UDI d'Issy-les-Moulineaux

Affaire Santini : deux anciens collaborateurs du maire UDI d'Issy-les-Moulineaux remportent une victoire judiciaire historique contre leur révocation. Un revers symbolique pour l'élu de droite, accusé de harcèlement et d'abus de pouvoir.

Un revers judiciaire pour André Santini, figure historique de la droite locale

Le maire d’Issy-les-Moulineaux, André Santini, en poste depuis 1980 et réélu au second tour le 22 mars dernier pour un huitième mandat, vient d’essuyer un camouflet judiciaire retentissant. Deux de ses anciens collaborateurs, Marc et Pierre, tous deux fonctionnaires de catégorie C, ont obtenu jeudi 23 avril une victoire devant la cour administrative d’appel de Versailles. Une décision qui intervient dans un contexte de tensions croissantes autour des pratiques managériales dans les collectivités locales, où l’impunité des élus semble de plus en plus contestée.

Une éviction aux relents de vengeance politique

Les deux hommes, qui avaient servi l’élu au sein de la mairie pendant près d’une décennie, ont été brusquement écartés en mai 2022 sous prétexte de « rupture des liens de confiance ». Pourtant, selon les documents judiciaires, leur éviction coïncide avec le dépôt de plainte pour « agression sexuelle, harcèlement moral et sexuel » déposée contre Santini par Marc et Pierre en juin 2022. Une chronologie qui interroge : l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Nanterre, suivie d’une information judiciaire, n’a-t-elle pas précipité leur limogeage ?

Dès leur éviction, la municipalité leur a imposé une mutation forcée vers d’autres postes de la fonction publique territoriale. Une décision perçue comme une sanction déguisée, visant à les marginaliser et à étouffer les accusations portées contre leur ancien employeur. « On nous a traités comme des pestiférés, alors que nous n’avions fait que dénoncer des agissements inacceptables », confie l’un des deux plaignants sous couvert d’anonymat.

La justice administrative donne raison aux victimes

La cour administrative d’appel de Versailles a estimé que les mutations imposées aux deux fonctionnaires étaient « disproportionnées » et « contraires au principe de proportionnalité ». Les juges ont souligné que la municipalité n’avait pas apporté la preuve d’un « intérêt général suffisant » pour justifier ces changements d’affectation, qui semblent avoir été motivés par des considérations personnelles et politiques. Une décision qui rappelle que les élus locaux ne sont pas au-dessus des lois, malgré leur longévité à la tête d’une ville.

Cette victoire judiciaire intervient alors que le débat sur les abus de pouvoir dans les collectivités territoriales s’intensifie en France. Les cas de harcèlement et de violences au sein des administrations locales, longtemps étouffés par la loi du silence, émergent désormais au grand jour. « Ce jugement envoie un signal fort : les fonctionnaires ne sont pas des pions que l’on peut sacrifier sur l’autel de l’arbitraire politique », commente un avocat spécialisé en droit administratif.

Un maire au passé controversé

André Santini, 85 ans, reste une figure incontournable de la vie politique des Hauts-de-Seine, où il règne en maître depuis plus de quatre décennies. Ancien ministre délégué à la Formation professionnelle sous Jacques Chirac, il a bâti sa carrière sur un mélange de clientélisme et de proximité apparente avec les administrés. Pourtant, ses méthodes managériales ont souvent été pointées du doigt, notamment lors de son précédent mandat, marqué par des tensions avec les syndicats de la ville.

En 2018, une enquête interne avait révélé des dysfonctionnements dans la gestion des ressources humaines de la mairie, avec des accusations de favoritisme et de pressions hiérarchiques. Ces révélations n’avaient alors pas entraîné de sanctions majeures à son encontre. « Avec le temps, Santini a cru que son immunité politique le protégerait éternellement. Aujourd’hui, la justice lui rappelle que même les maires les plus enracinés ne sont pas intouchables », analyse un observateur politique.

Un climat politique tendu dans les Hauts-de-Seine

Les Hauts-de-Seine, bastion historique de la droite française, traversent une période de remous politiques. La guerre des droites entre les Républicains, l’UDI et le Rassemblement National s’intensifie, tandis que la gauche peine à s’organiser face à cette fragmentation. Dans ce contexte, l’affaire Santini ravive les critiques sur le fonctionnement des mairies de droite, souvent pointées du doigt pour leur opacité et leur gestion clanique.

« Ce qui se passe à Issy-les-Moulineaux est symptomatique d’un système où les élus locaux se croient tout permis. La justice vient de leur rappeler que la République n’est pas une monarchie élective », dénonce un membre du Parti Socialiste, sous couvert d’anonymat. Une prise de position qui contraste avec le silence assourdissant des autres formations politiques, pourtant promptes à dénoncer les dérives sécuritaires ou les atteintes aux libertés.

Vers une remise en cause des pratiques électorales ?

Cette affaire soulève également des questions sur le financement des campagnes électorales et les liens troubles entre certains élus et les entreprises locales. Santini, connu pour ses positions libérales et son réseau d’influence, a souvent été accusé de favoriser des intérêts particuliers au détriment du bien commun. En 2020, une enquête préliminaire avait été ouverte pour prise illégale d’intérêts, sans suite malgré des indices troublants.

« Cette victoire judiciaire pourrait encourager d’autres victimes à briser le silence. Dans un pays où les affaires de harcèlement moral et sexuel explosent dans le secteur public, il est temps que les élus comprennent que leurs actes ont des conséquences », plaide une syndicaliste de la CGT. Une dynamique qui s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question des abus de pouvoir, porté par des mouvements féministes et des associations de défense des droits des fonctionnaires.

Une décision qui interroge sur l’avenir politique de Santini

Si cette décision ne remet pas en cause directement son mandat actuel, elle pourrait nonetheless affaiblir sa légitimité et alimenter les spéculations sur son avenir politique. À 85 ans, Santini avait pourtant annoncé vouloir briguer un huitième mandat, une ambition qui semble de plus en plus difficile à concilier avec les critiques qui s’accumulent autour de lui.

« La politique locale est un écosystème où les réseaux de pouvoir se nourrissent les uns des autres. Aujourd’hui, ce jugement vient fissurer ce système. Reste à savoir si les autres élus prendront la mesure du signal envoyé par la justice », analyse un politologue spécialiste des collectivités territoriales.

Alors que la France s’apprête à entrer dans une année électorale clé, avec les européennes en 2027 et les municipales qui suivront, cette affaire pourrait bien devenir un symbole des dérives d’une démocratie locale de plus en plus contestée.

À propos de l'auteur

Aurélie Lefebvre

Lassée de ne pas avoirs d'informations fiables sur la politique française, j'ai décidé de créer avec Mathieu politique-france.info ! Je m'y consacre désormais à plein temps, pour vous narrer les grands faits politique du pays et d'ailleurs. Je lis aussi avec plaisir les articles de politique locale que VOUS écrivez :)

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Commentaires (14)

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C

Carcassonne

il y a 8 minutes

Sa me rappelle trop mon pote qui a fini en burn-out à cause de son chef de service... La justice française quand elle veut, elle peut ! Enfin une bonne nouvelle dans ce pays de merde...

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G

Geoffroy de Hyères

il y a 30 minutes

Mouais... Une victoire, oui. Mais un système qui permet ça depuis des années ? Non. La politique, c’est un peu comme le Tour de France : y’a toujours un dopé qui gagne, mais c’est le système qui est pourri.

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D

DigitalAge

il y a 48 minutes

Bcp de gens vont dire 'enfin une victoire', mais perso je trouve ça triste qu’il ait fallu attendre une décision de justice pour que ces gens soient respectés... Notre société est malade...

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Z

Zen_187

il y a 1 heure

Franchement la justice française fait ce qu’elle peut... Mais entre nous, un maire qui fait ça à ses employés, c’est juste un gros connard égoïste...

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P

Prisme

il y a 1 heure

Ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est la récurrence des cas de harcèlement dans les collectivités locales. Une étude de l’ANI en 2022 montrait que 12% des agents territoriaux déclaraient en avoir été victimes. La pression politique locale joue souvent comme un accélérateur...

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M

Mortimer

il y a 1 heure

@prisme Oui mais attention, historiquement, les affaires de harcèlement dans les mairies de droite sont plus médiatisées que celles de gauche. C’est un biais classique : on parle plus des 'méchants' de l’opposition. Prenez l’affaire Fillon en 2017, c’était grosso modo le même schéma.

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A

Avocat du diable 2023

il y a 2 heures

Et vous trouvez ça normal qu'un maire UDI fasse ça à ses collaborateurs ? Encore un qui se croit au-dessus des lois... La République, tu parles.

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Q

Quimperlé

il y a 1 heure

Un maire UDI qui harcelle, quelle surprise. Le pompon.

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A

ACE 55

il y a 2 heures

Vous avez vu les détails des faits ? Parce que là on a juste le résumé de l'article, mais est-ce que c'est vraiment du harcèlement ou juste un conflit de management ? Sans précisions on est dans le flou...

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N

Nuage Errant

il y a 3 heures

Sa veut dire que chaque employeur public peut se faire taper sur les doigts en cas de harcèlement ??? Trop content, enfin une protection un peu efficace... Mais bon après faut voir si le maire va faire appel...

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H

Hortense du 38

il y a 2 heures

@nuage-errant Oui enfin c'est un début, mais tu crois vraiment que dans l'admin j'ai une chance contre mon chef ? Perso je me dis que je vais continuer à fermer ma gueule...

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O

Ophélie

il y a 3 heures

Wesh la justice française quand meme, elle est pas morte !! Enfin une decision qui a du sens. Les mecs doivent être soulagés mdr. Dommage que ça arrive après des années de galère...

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H

HGW_304

il y a 3 heures

Nooooon mais sérieux ??? Enfin une bonne nouvelle dans ce pays de m*rde !!! Ces mecs ont tenu tête à un maire UDI et ils ont gagné, ça donne un peu d'espoir ptdr

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A

Apollon 6

il y a 3 heures

@hgw-304 Enfin de l'espoir ? Ouais enfin attends, parce que là on parle d'un maire UDI hein... Tu crois vraiment que ça va changer quelque chose pour les autres fonctionnaires qui subissent le même sort ? Moi perso je suis pas sûr...

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