Bally Bagayoko attaque CNews en justice : plainte pour propos racistes et appel à la fermeture

Par Mathieu Robin 01/04/2026 à 23:07
Bally Bagayoko attaque CNews en justice : plainte pour propos racistes et appel à la fermeture

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, porte plainte contre CNews et ses invités pour propos racistes, relançant le débat sur la régulation des médias et la lutte contre les discours de haine en France. Une initiative qui divise déjà le paysage politique.

Un élu de gauche dénonce les dérives de CNews et engage une bataille judiciaire

Dans un élan qui pourrait relancer le débat sur la régulation des médias en France, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a annoncé hier le dépôt d’une plainte contre la chaîne d’information CNews, accusée de propager des propos à caractère raciste lors de ses émissions. L’élu, proche de La France Insoumise, a également appelé l’Arcom à durcir le ton face à ce qu’il qualifie de « dérives systématiques » de la chaîne, propriété du groupe Canal+.

Cette initiative, qui intervient dans un contexte de tensions accrues autour des questions identitaires, s’appuie sur des déclarations tenues par deux invités de la chaîne, Jean Doridot, psychologue, et Michel Onfray, philosophe, lors d’émissions diffusées ces dernières semaines. Les propos en question, jugés par certains comme stigmatisants envers les minorités, ont suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et dans les rangs des associations antiracistes.

Un contexte médiatique explosif

Depuis plusieurs mois, CNews est au cœur de polémiques récurrentes. La chaîne, souvent accusée de biaiser en faveur de l’extrême droite, a vu son audience progresser tandis que ses détracteurs dénoncent une « droitisation » de son discours. Des associations comme la LICRA ou le MRAP ont déjà saisi à plusieurs reprises l’Arcom, sans que l’autorité de régulation ne prenne de mesures radicales à ce jour. Pour Bagayoko, il est temps que les sanctions soient à la hauteur des manquements : «

L’Arcom doit enfin assumer son rôle de gendarme de l’audiovisuel. Les propos racistes ne peuvent plus être tolérés sous couvert de liberté d’expression. Il faut des mesures fortes, voire la fermeture de la chaîne si nécessaire.
»

Cette position tranchée s’inscrit dans une dynamique plus large, où les élus de gauche multiplient les prises de parole contre ce qu’ils perçoivent comme une « montée des discours de haine » dans le paysage médiatique français. Le gouvernement, quant à lui, reste silencieux sur le sujet, malgré les appels répétés de plusieurs associations à agir.

Des invités sous le feu des critiques

Parmi les personnalités visées par la plainte de Bagayoko figurent deux figures médiatiques aux positions souvent controversées. Jean Doridot, connu pour ses prises de position sur l’immigration et l’identité nationale, a été pointé du doigt pour des déclarations jugées discriminatoires envers les populations issues de l’immigration. Michel Onfray, philosophe médiatique, a également été critiqué pour des propos tenus lors d’un débat sur l’islam en France, où il avait évoqué, selon des extraits relayés, une « menace islamiste » généralisée.

Les deux hommes ont jusqu’à présent refusé de s’exprimer publiquement sur cette affaire, préférant laisser leurs avocats gérer la situation. Leurs soutiens, en revanche, dénoncent une « chasse aux sorcières » et rappellent que la liberté d’expression doit primer, même pour les idées les plus polémiques. «

Nous ne sommes pas des racistes, mais des intellectuels qui exprimons des idées qui dérangent. C’est cela, la démocratie.
», a déclaré l’un de leurs proches sous couvert d’anonymat.

Une plainte qui relance le débat sur la régulation des médias

Le dépôt de plainte par Bagayoko intervient alors que le gouvernement français, dirigé par le premier ministre Sébastien Lecornu, prépare une réforme de l’audiovisuel public et privé. Plusieurs pistes sont évoquées, dont la possibilité de retirer des licences à des chaînes en cas de manquements répétés. L’Arcom, jusqu’ici critiquée pour son manque de fermeté, pourrait être contrainte d’adopter une posture plus stricte face à des médias comme CNews.

Pour les défenseurs de cette initiative, il s’agit d’une étape nécessaire pour rappeler que les médias ont une responsabilité dans la construction du débat public. «

La liberté d’expression ne peut pas servir de paravent à la diffusion de discours haineux. Aujourd’hui, c’est CNews, demain, ce sera peut-être une autre chaîne. Il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.
», a réagi une porte-parole de la Ligue des droits de l’Homme.

De l’autre côté, les partisans d’une régulation plus souple estiment que toute restriction supplémentaire risquerait de fragiliser davantage un paysage médiatique déjà polarisé. Ils rappellent que la France, pays des Lumières, a toujours défendu la liberté de la presse, même lorsque celle-ci dérange.

Saint-Denis, bastion de la gauche, en première ligne

La ville de Saint-Denis, dirigée par Bally Bagayoko depuis 2020, est un symbole des luttes sociales et antiracistes en France. Avec une population majoritairement issue de l’immigration et une histoire marquée par les combats pour l’égalité, la commune est souvent en première ligne des mobilisations contre les discriminations. Le maire, connu pour ses positions tranchées, n’a pas hésité à s’engager dans cette bataille juridique, malgré les risques de polarisation supplémentaires.

«

À Saint-Denis, nous ne laisserons pas prospérer les discours qui divisent notre société. La justice doit faire son travail, et l’Arcom doit assumer ses responsabilités. Ce n’est pas une question de politique, mais de respect des valeurs républicaines.
»

Cette affaire pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont la France aborde la question des médias et de la lutte contre le racisme. Entre liberté d’expression et nécessité de régulation, le débat est loin d’être clos.

Alors que les procédures judiciaires s’engagent, une question reste en suspens : jusqu’où la France est-elle prête à aller pour protéger ses valeurs sans étouffer le débat démocratique ?

Réactions politiques : entre soutien et critiques

La plainte déposée par Bagayoko a rapidement suscité des réactions au sein de l’échiquier politique. À gauche, on salue une initiative courageuse. Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise, a apporté son soutien à l’élu de Saint-Denis, qualifiant la plainte de « nécessaire » pour lutter contre les dérives médiatiques. «

Enfin quelqu’un ose agir concrètement contre ces médias qui empoisonnent le débat public. Nous devons tous nous mobiliser.
»

À droite, les réactions sont plus nuancées. Certains élus, comme ceux des Républicains, reconnaissent la nécessité de sanctionner les propos racistes, mais s’interrogent sur la méthode employée. «

Bien sûr que les propos racistes doivent être combattus, mais faut-il pour autant fermer une chaîne ? Cela pose un problème de principe.
», a déclaré un député LR sous couvert d’anonymat.

L’extrême droite, quant à elle, a vivement réagi à cette initiative, accusant Bagayoko et ses soutiens de vouloir « museler la presse ». Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National, a dénoncé une « dérive autoritaire » et rappelé que « la liberté d’expression est un pilier de la République ».

Au gouvernement, le silence reste de mise. Le premier ministre Sébastien Lecornu n’a pas commenté directement l’affaire, mais ses proches indiquent que la question de la régulation des médias est « à l’étude ». Une réforme pourrait être annoncée dans les prochains mois, sans que l’on sache encore si elle s’inspirera des propositions de l’Arcom ou des initiatives comme celle de Bagayoko.

Un enjeu qui dépasse les frontières

Cette affaire intervient alors que plusieurs pays européens, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, durcissent leur législation contre les discours de haine dans les médias. En France, où le sujet est particulièrement sensible en raison des tensions sociales et des débats sur l’identité nationale, la question de la régulation des chaînes d’information prend une dimension internationale.

Des associations comme Reporters sans frontières ont d’ailleurs salué les initiatives visant à encadrer davantage les médias, tout en rappelant que « la liberté de la presse ne doit pas être confondue avec la liberté de propager des discours haineux ».

Dans ce contexte, la plainte de Bagayoko pourrait bien inspirer d’autres élus ou associations à travers le pays, voire en Europe. Une chose est sûre : le débat sur la régulation des médias est loin d’être terminé, et cette affaire n’en est qu’un des premiers actes.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (4)

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Quiberon

il y a 1 mois

encore... une plainte de plus, un débat de plus, et au final ? personne ne sera condamné, et dans 6 mois on oubliera. bon... on fait quoi pour les vrais problèmes du pays au lieu de se prendre la tête avec des clashs médiatiques ?

5
D

Douarnenez

il y a 1 mois

Cette affaire pose une question fondamentale : la justice française peut-elle encore sanctionner efficacement les discours de haine quand les médias dominants les amplifient systématiquement ? En Allemagne, après la loi NetzDG, les condamnations pour propos racistes ont bondi de 25% en un an. Pourquoi pas ici ?

1
E

Etchecopar

il y a 1 mois

mdr c’est la nouvelle saison de cnews qui va encore péter un câble ! nooooon mais sérieux??? ils ont peur que bagayoko leur fasse la morale sur le racisme en direct ou quoi??? ptdr

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T

ThirdEye

il y a 1 mois

@etchecopar Exactement le problème ! Tu vois bien comment CNews instrumentalise la peur : d’un côté ils hurlent contre le wokisme, de l’autre ils crèvent de trouille quand on leur renvoie leur propre miroir. Mais au fait, pourquoi tu ris alors que c’est grave ? Parce que t’as peur de regarder en face la merde de notre société ?

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