Bardella contre Macron : la guerre des taxes sur le carburant fait rage

Par BlackSwan 16/04/2026 à 00:29
Bardella contre Macron : la guerre des taxes sur le carburant fait rage

Face à la flambée des prix des carburants, Jordan Bardella accuse le gouvernement de sacrifier le pouvoir d’achat sur l’autel de l’idéologie fiscale. Le RN propose une baisse radicale des taxes, tandis que l’exécutif reste sourd aux revendications populaires.

Jordan Bardella accuse le gouvernement de sacrifier le pouvoir d’achat sur l’autel de l’idéologie fiscale

Face à la flambée des prix des carburants qui asphyxie les ménages modestes et les professions dépendantes de l’automobile, le président du Rassemblement national a balayé d’un revers de main les mesures timides du gouvernement. Invité du 20 Heures mercredi soir, Jordan Bardella a dénoncé un manque de volonté politique pour résoudre une crise qui touche des millions de Français, des infirmières libérales aux routiers en passant par les familles contraintes d’annuler leurs vacances.

Une fiscalité sur les carburants « indéfendable » selon le RN

Pour Bardella, la solution est simple : baisser immédiatement les taxes sur les carburants. Il rappelle que 55 % du prix à la pompe est constitué de prélèvements obligatoires, un niveau bien supérieur à celui de la plupart des grands pays européens. Alors que l’Espagne, l’Italie ou encore l’Allemagne ont déjà réduit leur fiscalité sur les carburants pour soulager leurs concitoyens, la France reste engluée dans une politique de taxation punitive. « Tous les jours, on demande aux Français de se serrer la ceinture, mais l’État est incapable de faire l’économie de 1 % de ses dépenses », a-t-il asséné, pointant du doigt un détournement des fonds publics vers des priorités contestables.

Le leader d’extrême droite propose une baisse de la TVA sur le carburant de 20 % à 5,5 %, soit une économie de 25 centimes par litre, et une réduction de la TICPE de 16 centimes, correspondant exactement à l’augmentation décidée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe en 2022. Coût estimé pour l’État : 12 milliards d’euros par an, une somme que Bardella juge « tout à fait supportable » dans un budget public de 1 600 milliards. « Quinze milliards d’euros, c’est 1 % de la dépense publique. On peut toujours faire des rapports, mais on ne peut pas continuer à laisser les Français payer le prix de l’inaction », a-t-il martelé.

Le gouvernement sous le feu des critiques : entre hypocrisie et gaspillage

Le RN ne se contente pas de pointer du doigt la fiscalité sur les carburants. Bardella a également dénoncé l’inflation des dépenses publiques inutiles, citant pêle-mêle :

  • L’augmentation de 6 milliards d’euros de la contribution française au budget de l’Union européenne cette année, alors que Bruxelles est régulièrement pointé du doigt pour son opacité et son manque d’efficacité.
  • Le coût exorbitant du nucléaire, dont la filière, pourtant stratégique, est mise à mal par une politique énergétique erratique.
  • Les subventions aux éoliennes, dont la production d’électricité diminue en France, alors que le pays pourrait miser sur le nucléaire pour assurer sa souveraineté énergétique.
  • Les dépenses liées à l’immigration, dont la facture explose chaque année, sans que l’État ne parvienne à en maîtriser le coût.

Pour Bardella, ces gaspillages sont d’autant plus insupportables que les Français, déjà asphyxiés par la hausse des prix, sont sommés de se sacrifier sans que l’État ne fasse le moindre effort pour alléger leur fardeau fiscal. « On crée chaque année de nouvelles charges : sur l’immigration, sur l’Europe, sur la bureaucratie. Et après, on s’étonne que les gens ne s’en sortent plus ? » s’est-il indigné.

Un débat qui dépasse le simple soulagement fiscal

Le RN ne se contente pas de proposer des mesures économiques : il en fait un combat idéologique. Bardella rejette l’argument selon lequel une baisse des taxes profiterait avant tout aux plus aisés. « Si l’on vient expliquer aux Français qu’on ne va pas baisser la fiscalité pour 99 % d’entre eux, au motif que cela pourrait avantage les 1 % qui roulent en Porsche, ce n’est pas sérieux », a-t-il lancé, visiblement agacé par ce qu’il considère comme un procédé rhétorique classique de la gauche comme de la droite modérée.

Pour le RN, la solution est claire : il faut libérer les Français des chaînes fiscales et redonner du pouvoir d’achat immédiatement. Bardella a rappelé que les aides ciblées, comme les chèques énergie distribués par l’État, avaient montré leurs limites, « une usine à gaz insoutenable ». À l’inverse, une baisse générale des taxes serait immédiate, transparente et efficace, sans nécessiter de dispositifs bureaucratiques coûteux.

Le leader du RN a également pointé du doigt les contradictions du gouvernement. Alors que l’État refuse de baisser les taxes, il distribue des chèques qui servent finalement à payer… les taxes que l’État maintient à un niveau record. « On préfère donner des aides pour payer des taxes que de baisser les taxes tout court », a-t-il ironisé.

Une proposition qui divise les économistes

Si la proposition du RN séduit une partie de l’électorat populaire, elle divise les économistes. Certains estiment qu’une baisse de la fiscalité sur les carburants pourrait effectivement stimuler la consommation et l’activité économique, surtout dans les secteurs dépendants de la mobilité. D’autres, en revanche, craignent que cette mesure ne creuse encore davantage les déficits publics et n’alimente l’inflation à long terme. « Une baisse des taxes sur les carburants est une mesure conjoncturelle, pas une solution structurelle », analyse un économiste sous couvert d’anonymat.

Le gouvernement, de son côté, reste campé sur ses positions. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a réaffirmé son opposition à une baisse généralisée des taxes, privilégiant des mesures ciblées comme le plafonnement des marges des stations-service. Une solution que Bardella qualifie de « dérisoire sur le papier » et « totalement insuffisante » pour soulager les ménages les plus touchés.

Le RN mise sur le mécontentement populaire pour 2027

Cette offensive du RN sur la question du pouvoir d’achat s’inscrit dans une stratégie plus large : capitaliser sur le mécontentement populaire pour renforcer son influence en vue de 2027. En promettant de « rendre leur argent aux Français » et de « faire le ménage dans la mauvaise dépense publique », le parti d’extrême droite se positionne comme l’alternative crédible face à un gouvernement perçu comme sourd aux revendications des classes populaires et moyennes.

Bardella a d’ailleurs réitéré sa promesse : si le RN arrive au pouvoir, il baissera les taxes, réduira les dépenses inutiles et défendra bec et ongles le pouvoir d’achat. Une rhétorique qui trouve un écho particulier dans un contexte où l’inflation reste élevée et où les Français sont de plus en plus nombreux à considérer que l’État ne les protège plus.

Une bataille idéologique qui dépasse le carburant

Au-delà des chiffres et des propositions, c’est bien une bataille idéologique qui se joue autour de la fiscalité. Pour le RN, l’État doit être un facilitateur, pas un prédateur. Bardella a dénoncé un système où la France taxe plus et norme plus que la plupart de ses voisins européens, un argument qu’il oppose à la politique économique de l’Union européenne, qu’il présente comme un modèle de modération fiscale.

Cette position tranche avec celle de la gauche, qui privilégie généralement des mesures ciblées et redistributives, et avec celle de la droite modérée, qui prône une rigueur budgétaire sans nécessairement remettre en cause la fiscalité globale. Le RN, lui, mise sur un choc de consommation en libérant immédiatement du pouvoir d’achat, quitte à creuser le déficit.

Dans un pays où le sentiment d’injustice fiscale grandit et où la défiance envers les élites politiques s’amplifie, la proposition du RN pourrait bien trouver un écho bien au-delà de son électorat traditionnel. La question n’est plus seulement de savoir si le gouvernement écoutera, mais si les Français accepteront encore longtemps de payer le prix de l’immobilisme.

Les Français face à l’asphyxie fiscale : entre colère et résignation

Sur le terrain, la colère gronde. Dans les stations-service, les prix des carburants restent obstinément élevés, malgré la légère baisse observée ces dernières semaines. Pour les professions dépendantes de l’automobile, la situation est devenue intenable. Les routiers, les infirmières libérales, les artisans et les agriculteurs sont en première ligne, contraints de rogner sur leurs marges ou de limiter leurs déplacements.

« On ne peut plus suivre. Entre l’essence, les péages et l’entretien du camion, c’est devenu un casse-tête. Et l’État, il ne nous aide pas, il nous saigne. » témoigne un routier de 52 ans, qui préfère rester anonyme. Pour lui, comme pour des millions d’autres Français, la baisse des taxes est une question de survie.

Face à cette détresse, certains élus locaux tentent de prendre les devants. Des maires de petites communes, souvent de droite ou d’extrême droite, ont décidé de subventionner directement le carburant pour leurs administrés. Une mesure ponctuelle, mais qui montre l’ampleur du malaise. « On ne peut pas attendre que l’État daigne enfin nous écouter. Les gens ont besoin d’aide maintenant », explique un maire de la Creuse, proche des Républicains.

Dans les grandes villes, la grogne se cristallise autour des transports en commun, dont les tarifs ne cessent d’augmenter, et de l’immobilité des salaires. Le pouvoir d’achat, déjà érodé par l’inflation, continue de s’effriter, alimentant un sentiment d’abandon qui profite aux extrêmes.

L’Europe, miroir aux alouettes ou modèle à suivre ?

Jordan Bardella a souvent cité l’exemple des autres grandes économies européennes pour justifier sa proposition. Pourtant, si l’Espagne, le Portugal ou l’Allemagne ont effectivement baissé leurs taxes sur les carburants, leur situation économique et budgétaire n’a rien à voir avec celle de la France. L’Allemagne, par exemple, dispose d’une marge de manœuvre bien plus importante grâce à son excédent commercial, tandis que l’Espagne a bénéficié de fonds européens pour soutenir sa transition énergétique.

Pour Bardella, ces différences n’ont aucune importance. « Ce qui compte, c’est l’exemple. Si tous nos voisins le font, pourquoi pas nous ? » argue-t-il. Une position qui évacue soigneusement la question des déséquilibres budgétaires et de la compétitivité économique. Pourtant, dans un contexte de tensions géopolitiques et de ralentissement de la croissance, une baisse généralisée des taxes pourrait bien aggraver les déficits publics et alimenter les critiques sur la gestion française.

Le RN, lui, balaye ces arguments d’un revers de main. Pour lui, le problème n’est pas économique, mais politique. « L’État a les moyens, il manque juste la volonté pour agir », martèle Bardella. Une rhétorique qui trouve un écho dans un pays où la défiance envers les institutions atteint des niveaux records.

Et demain ?

Alors que le gouvernement Lecornu II tente de trouver un équilibre entre rigueur budgétaire et mesures sociales, la pression monte sur l’exécutif. Les syndicats, les associations de consommateurs et une partie de l’opposition réclament des mesures fortes pour enrayer la hausse des prix. Mais pour l’instant, Matignon reste sourd à ces appels.

Dans ce contexte, le RN a toutes les cartes en main pour se poser en champion du pouvoir d’achat. Entre promesses de baisses d’impôts, dénonciations des gaspillages publics et attaques contre une Europe jugée trop coûteuse, le parti d’extrême droite mise sur un cocktail explosif pour séduire un électorat en quête de solutions radicales.

Une chose est sûre : la guerre des taxes est loin d’être terminée. Et si le gouvernement persiste dans son refus de baisser la fiscalité, il risque bien de donner des munitions supplémentaires à ceux qui, comme Jordan Bardella, promettent de « rendre leur argent aux Français » dès 2027.

« Les Français n’attendent plus des promesses, ils attendent des actes. Et aujourd’hui, l’État leur tourne le dos. »
— Jordan Bardella, président du Rassemblement national

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (6)

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Zeitgeist

il y a 1 mois

Ce qui est révélateur, c’est que cette polémique occulte un chiffre clé : la part des taxes dans le prix du carburant est passée de 60% en 2000 à 52% aujourd’hui. Le problème n’est donc pas tant le niveau des taxes que leur redistribution. Pourquoi ne pas conditionner leur baisse à des investissements dans les transports en commun ?... Question rhétorique.

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C

Carcassonne

il y a 1 mois

ET MOI JE FAIS COMMENT POUR ALLER TRAVAILLER AVEC MES 600€/MOIS ??? J’ai déjà réduit mon budget essence à 10L par semaine, et là c’est la famine assurée... pk y’a JAMAIS de solutions ???

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M

Malo du 40

il y a 1 mois

Bardella qui joue les Robin des Bois, c’est du cinéma. Moi j’ai vu son programme : baisse des taxes = baisse des services publics. Du coup on paiera moins à la pompe mais plus à l’hôpital. Ironique, non ?

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A

Alexandrin

il y a 1 mois

Comme d’hab. On nous sort le même cirque tous les 6 mois : crise des gilets jaunes, pouvoir d’achat, taxes... Et à chaque fois, la solution c’est de voter RN ou LFI. Mouais.

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W

WordSmith

il y a 1 mois

Noooon mais sérieuxxx ??? Ils vont encore nous saquer pour 3 balles alors qu’on galère déjà à la pompe !!! Pff... La retraite à 64 ans ET les tax sur l’essence, c’est la double peine genre...

-3
L

Le Chroniqueur

il y a 1 mois

@wordsmith T’as raison sur le principe, mais l’essence à 1,80€ c’est surtout à cause de la guerre en Ukraine et des multinationales. Réduire les taxes sans toucher aux profits, ça va rien changer...

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