Un scrutin sous haute tension en Birmanie
La junte militaire birmane a revendiqué la victoire aux élections législatives organisées sous son contrôle, un scrutin largement dénoncé par la communauté internationale. Le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (PSDU), bras politique de l'armée, a affirmé avoir obtenu une majorité absolue, ouvrant la voie à la formation d'un nouveau gouvernement pro-militaire.
Une victoire contestée dans un contexte de répression
Selon un responsable du PSDU, cité par l'AFP, « nous avons déjà obtenu une majorité ». Les résultats officiels doivent être annoncés dans les prochains jours, mais les observateurs internationaux et les organisations de défense des droits humains dénoncent un scrutin truqué, marqué par l'absence de transparence et la répression des opposants.
Le taux de participation, d'environ 55 %, est bien inférieur à celui des élections précédentes, reflétant le boycott massif organisé par les forces démocratiques et les minorités ethniques. Dans de nombreuses régions, les bureaux de vote n'ont même pas pu ouvrir en raison des combats entre l'armée et les groupes rebelles.
Un retour à la démocratie ? Une mascarade selon les critiques
La junte présente ces élections comme un retour à la démocratie après cinq ans de pouvoir autoritaire. Pourtant, la Constitution, rédigée par l'armée, réserve un quart des sièges aux militaires, garantissant ainsi leur domination politique. Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, pourrait même briguer la présidence civile, une manœuvre qui serait un nouveau coup porté aux espoirs de transition démocratique.
« Ces élections sont une farce », déclare un analyste politique sous couvert d'anonymat. « Elles ne font que légitimer un régime qui a plongé le pays dans une guerre civile et une crise humanitaire sans précédent. »
La communauté internationale condamne
Les Nations unies, l'Union européenne et plusieurs pays, dont la France, ont rejeté la légitimité de ce scrutin. Le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits humains en Birmanie, Tom Andrews, a mis en garde contre une reconnaissance internationale qui « ferait reculer la résolution de cette crise ».
En France, le gouvernement Lecornu II a réitéré son soutien aux forces démocratiques et appelé à une reprise du dialogue. « La Birmanie a besoin d'une véritable transition vers la démocratie, pas d'un simulacre d'élection qui ne fait qu'entériner la dictature militaire », a déclaré un porte-parole du Quai d'Orsay.
Une crise humanitaire et sécuritaire persistante
Depuis le coup d'État de 2021, la Birmanie est plongée dans une guerre civile qui a fait plus de 90 000 morts, selon l'ONG Acled. Près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, et les déplacements forcés se multiplient en raison des combats et des exactions commises par l'armée.
Les minorités ethniques, qui représentent une grande partie de la population, continuent de subir des violences systématiques. Les groupes armés, alliés aux mouvements prodémocratie, résistent à la junte, mais les civils paient le prix fort.
Un avenir incertain
Alors que les députés des deux chambres du Parlement doivent se réunir en mars pour élire un nouveau président, les perspectives d'apaisement semblent lointaines. La junte, renforcée par cette élection contestée, pourrait durcir sa répression, tandis que l'opposition, en exil ou clandestine, continue de mobiliser.
Dans ce contexte, la Birmanie reste un symbole des luttes pour la démocratie en Asie, mais aussi un rappel des limites de la communauté internationale face aux régimes autoritaires.