Blocage des prix du carburant : LFI dénonce les conflits d’intérêts des députés pro-pétroliers

Par Mathieu Robin 16/04/2026 à 10:20
Blocage des prix du carburant : LFI dénonce les conflits d’intérêts des députés pro-pétroliers

Manon Aubry (LFI) exige un blocage immédiat des prix du carburant à 1,80 € le litre. Elle dénonce les profits records des pétroliers et les conflits d’intérêts des députés macronistes. Interview exclusive sur France 2 ce 16 avril 2026.

Le gouvernement face à l’urgence sociale : pourquoi le blocage des prix à 1,80 € est une nécessité

Alors que les prix des carburants continuent de peser sur le pouvoir d’achat des Français, Manon Aubry, députée européenne du groupe La France Insoumise, a réitéré ce jeudi 16 avril 2026 son appel à un blocage immédiat des prix à 1,80 € le litre pour le gasoil et 1,70 € pour le supercarburant. Une mesure jugée indispensable par l’élue, qui dénonce les profits indécents des grands groupes pétroliers, notamment Total, dont les marges ont explosé ces derniers mois.

Interrogée lors de l’émission Les 4 V sur France 2, Manon Aubry a rappelé que les quatre principaux raffineurs français ont vu leurs marges passer de 14 € à plus de 101 € par tonne depuis le début de la crise énergétique. «

Si on bloque ces marges-là, on peut faire baisser le prix du litre de 40 centimes. Le gasoil passerait à 1,80 €, et le super à 1,70 €. C’est une mesure d’urgence sociale, temporaire, le temps que les cours des marchés se stabilisent.
»

Pour justifier cette proposition, la députée a pointé du doigt un système où les multinationales pétrolières profitent des tensions géopolitiques pour engranger des bénéfices record. « Total a réalisé plus d’un milliard d’euros de profit en un mois, alors qu’il a vendu du pétrole acheté avant la crise à des prix bien inférieurs. C’est scandaleux. »

Manon Aubry a également critiqué l’inaction du gouvernement, soulignant que aucune autre force politique – de l’extrême droite au Parti socialiste – ne propose de solution aussi radicale. Pire, selon elle, certains députés, dont des macronistes, détenaient des actions dans des groupes pétroliers, ce qui expliquerait leur réticence à soutenir le blocage des prix. «

On parle de conflits d’intérêts : ces députés ont tout intérêt à ce que le cours de Total ne baisse pas. C’est inacceptable.
»

Face à l’urgence, Manon Aubry a rappelé que 70 % des citoyens soutiendraient une telle mesure, selon les sondages. Pourtant, le gouvernement Lecornu II persiste à privilégier les intérêts des grands groupes plutôt que ceux des classes populaires et moyennes.

Le 1er mai, jour sacré ou variable d’ajustement ? La bataille des droits sociaux se poursuit

La députée a également abordé la question du 1er mai, symbole historique des droits des travailleurs, né en 1889 lors des luttes de Chicago pour la journée de 8 heures. Une date qui, selon elle, doit rester chômée et payée, sans dérogation.

Le gouvernement a finalement reculé sur son projet de loi permettant aux boulangers d’embaucher ce jour-là, une première victoire pour les syndicats mobilisés. Mais Manon Aubry met en garde : « Si on commence avec les boulangers, demain ce sera tous les commerces. Petit à petit, on assouplit les règles, et on finit par supprimer le caractère sacré du 1er mai. »

Elle a également dénoncé le projet porté par l’exécutif, qualifié d’« initiative d’un homme qui n’a jamais travaillé », en référence à Gabriel Attal, Premier ministre lorsqu’il a porté cette loi. «

Ce texte est né d’une méconnaissance totale des réalités du monde du travail. Il vise à faire travailler les salariés un jour où ils devraient être protégés.
»

La députée a rappelé que trois employeurs avaient déjà été poursuivis l’an dernier pour avoir fait travailler des salariés le 1er mai, preuve que le droit du travail permet de sanctionner les abus. « Le problème, c’est que certains patrons préfèrent prendre le risque de payer une amende plutôt que de respecter les droits des travailleurs. »

Loi Yadan : une arme contre la liberté d’expression ou une mesure de sécurité ?

Manon Aubry a également réagi à la loi Yadan, discutée à l’Assemblée nationale le 17 avril 2026, qui prévoit jusqu’à cinq ans de prison pour « la destruction ou la négation d’un État ». Une formulation floue, selon elle, qui pourrait être interprétée comme une atteinte à la liberté de critiquer Israël.

«

Cette loi crée un délit d’opinion. Elle associe tous les Juifs de France à l’État d’Israël, ce qui est une aberration. Comment un juge pourra-t-il déterminer ce qui relève de la critique légitime ou de l’incitation ?
» a-t-elle déclaré, rappelant que l’article 437-1 du texte était rédigé de manière si vague qu’il pourrait permettre des poursuites contre quiconque défend la cause palestinienne.

Elle a également souligné l’hypocrisie de la rapporteure du texte, qui « nie l’existence même de l’État de Palestine », alors que la France l’a reconnu. « Cette loi est contre-productive. Elle vise à museler les voix qui osent critiquer la politique israélienne, alors que des centaines de milliers de citoyens se sont mobilisés contre. »

Manon Aubry a conclu en rappelant que plus de 700 000 personnes avaient manifesté contre cette loi, et qu’une initiative citoyenne européenne avait recueilli un million de signatures pour suspendre l’accord d’association avec Israël.

Conflits d’intérêts et lobbying pétrolier : le système politique à l’épreuve de la transparence

La question des conflits d’intérêts au sein de l’Assemblée nationale est revenue sur le devant de la scène avec les révélations sur les députés macronistes détenteurs d’actions dans des groupes pétroliers. Une situation que Manon Aubry qualifie de « scandale démocratique ».

Selon une enquête de presse, quinze députés macronistes posséderaient des parts dans Total, Shell ou d’autres multinationales. «

Ces députés ont un intérêt direct à ce que le prix des carburants ne baisse pas, car cela ferait chuter le cours de leurs actions. C’est inacceptable dans une démocratie.
»

La députée a appelé à une réforme en profondeur du système, avec l’instauration d’un « registre public des intérêts » et l’interdiction pour les élus de détenir des actions dans des secteurs régulés. « Comment peut-on faire confiance à un député qui vote des lois tout en profitant des entreprises qu’il est censé réguler ? »

Elle a également pointé du doigt l’opacité des liens entre les décideurs politiques et les lobbies, rappelant que la France était classée parmi les pays les moins transparents d’Europe en matière de lobbying.

Une opposition unie contre les dérives du gouvernement

Manon Aubry a salué la mobilisation des syndicats et des associations, qui ont forcé le gouvernement à reculer sur le projet de loi concernant le 1er mai. « C’est la preuve que la résistance paie. Les travailleurs ne lâcheront rien. »

Cependant, elle a critiqué l’absence d’alternative crédible à gauche, où le Parti socialiste et Europe Écologie Les Verts peinent à proposer un front commun face à la droite et à l’extrême droite. «

La gauche doit s’unir, car le gouvernement en profite pour diviser. Que ce soit sur le pouvoir d’achat, les droits sociaux ou la paix au Proche-Orient, nous avons des solutions.
»

Elle a également appelé à une mobilisation européenne, soulignant que la question des prix de l’énergie ne pouvait être résolue au niveau national sans une coopération renforcée. « La Norvège et l’Islande montrent l’exemple avec des prix maîtrisés. Pourquoi la France ne peut-elle pas faire de même ? »

Ce qu’il faut retenir de l’interview

  • Blocage des prix du carburant : Une urgence sociale selon Manon Aubry, qui propose un prix plafond à 1,80 € le litre pour le gasoil, financé par la taxation des marges des raffineurs.
  • 1er mai : Le gouvernement a reculé sur l’embauche ce jour-là pour les boulangers, mais la bataille pour la préservation des droits sociaux continue.
  • Loi Yadan : Une loi jugée liberticide par la gauche, qui risque de criminaliser la critique d’Israël.
  • Conflits d’intérêts : Quinze députés macronistes détiennent des actions dans des groupes pétroliers, selon Manon Aubry.
  • Opposition divisée : La gauche peine à proposer une alternative cohérente face à un gouvernement en difficulté.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (3)

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Logos

il y a 1 jour

mdr mais sérieux ??? y'en a qui osent encore parler de transparence avec des députés à 10% chez Total ??? nooooon mais ils se foutent du monde...

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Alain27

il y a 1 jour

@logos T’as raison pour les conflits d’intérêts, mais bloquer à 1,80€ c’est du populisme facile. Si on fait ça, les raffineries vont fermer et on aura plus de gasoil pour les camions. On a vu le même film en 2013, ça avait viré à la pénurie...

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Z

Zénith

il y a 1 jour

1,80€ le litre ? Trop tard. Les pétroliers se gavent depuis des années pendant que Macron joue les spectateurs complices. LFI en parle, mais qui agit vraiment ?

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