Borne quitte Renaissance et crée son mouvement : la guerre froide du centre éclate avant 2027

Par Decrescendo 07/05/2026 à 08:02
Borne quitte Renaissance et crée son mouvement : la guerre froide du centre éclate avant 2027

Élisabeth Borne quitte Renaissance et fonde « Bâtissons ensemble » à quelques mois de la présidentielle, fragilisant encore la majorité et accélérant la fragmentation du centre. Gabriel Attal face à une crise sans précédent.

Un schisme historique au cœur du macronisme : Borne tourne la page et fonde « Bâtissons ensemble »

Dans un nouveau rebondissement qui révèle l’ampleur des fractures internes au sein de Renaissance, Élisabeth Borne a officialisé ce mercredi 6 mai 2026 sa démission de la présidence du conseil national du parti, tout en annonçant la création de sa propre structure politique : « Bâtissons ensemble ». Une décision stratégique, prise à quelques jours seulement du 12 mai, date à laquelle Renaissance doit officialiser la candidature de Gabriel Attal à l’élection présidentielle de 2027. Ce départ, présenté comme un « espace de rassemblement » par Borne elle-même, marque un tournant dans la recomposition du paysage centriste, alors que les ambitions présidentielles se multiplient au sein de la majorité.

Interrogée sur sa motivation, l’ancienne Première ministre a justifié ce choix par la nécessité de « créer un lieu où l’on peut échanger librement », une formule qui tranche avec la ligne verticale imposée par Renaissance. « Le centre ne peut plus se permettre de rester sourd aux attentes des Français », a-t-elle déclaré, tout en réaffirmant son attachement aux valeurs libérales et pro-européennes qui ont structuré sa carrière politique. Pourtant, ses critiques répétées contre la gouvernance d’Attal – qu’elle accuse de « dirigisme » et de manque de concertation – laissent peu de doute sur l’origine de cette rupture.

Attal et Borne : une rivalité de plus de deux ans qui éclate au grand jour

Les tensions entre les deux anciens chefs du gouvernement, autrefois masquées par une apparente loyauté, remontent à l’époque où Borne occupait Matignon. Dès 2024, leurs divergences sur la réforme des retraites et la gestion de la crise sociale avaient affaibli leur relation, avant que Borne ne renonce à briguer la présidence de Renaissance en 2025, faute de soutien suffisant. Depuis, leurs échanges se sont limités à des joutes publiques, comme en septembre 2025, lorsque Borne avait boudé le meeting d’Arras organisé par Attal, symbolisant une opposition devenue ingérable.

Un proche de Borne, sous couvert d’anonymat, révèle : « Elle ne supportait plus d’être traitée comme une subalterne. Attal a toujours considéré qu’il était son successeur naturel, sans jamais lui accorder la moindre considération. » Cette animosité, longtemps étouffée par les apparences de cohésion, explose aujourd’hui au moment où Renaissance, privé de ses figures historiques, risque de devenir un simple véhicule pour la campagne d’Attal. « Renaissance, ce n’est plus un parti, c’est une machine à propagande », avait-elle lancé en 2025, une critique qui résonne désormais comme un acte de rupture.

Un calendrier politique explosif : pourquoi ce départ tombe à pic pour Attal

L’annonce de Borne intervient à un moment charnière pour la majorité. Le 12 mai prochain, Renaissance doit officialiser la candidature de Gabriel Attal, que beaucoup présentent déjà comme le favori du bloc central. Pourtant, son leadership est fragilisé par les divisions internes et la montée en puissance d’autres figures, comme Édouard Philippe, dont les ambitions ne sont plus un secret. Interrogé sur une éventuelle alliance, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu a évoqué des « discussions » entre Philippe et Attal, tout en reconnaissant : « Il ne pourra pas y avoir pléthore de candidats sur la ligne d’arrivée. »

Dans ce contexte, le départ de Borne pourrait bien être perçu comme une aubaine par Attal. Sans elle, le parti perd une figure consensuelle, capable de séduire l’électorat modéré, tandis que son mouvement personnel, « Bâtissons ensemble », risque de capter une partie des déçus du macronisme. « Elle quitte un navire qui prend l’eau, mais elle ne construit pas une alternative crédible », analyse un politologue du CEVIPOF. Une stratégie risquée, alors que le centre doit affronter une opposition unie entre la gauche radicale et l’extrême droite, toutes deux en embuscade pour 2027.

Le centre en lambeaux : Borne emboîte le pas à une vague de dissidences

Élisabeth Borne n’est pas la seule à quitter les rangs d’un parti traditionnel pour fonder sa propre structure. Depuis plusieurs mois, une tendance lourde traverse le paysage politique français, où les responsables se détournent des formations classiques pour créer des micro-partis ou clubs aux objectifs plus ciblés. Parmi eux, Clémentine Autain avec « L’Après », David Lisnard et son mouvement « Nouvelle Énergie », ou encore Dominique de Villepin, dont le club « La France humaniste » mise sur un libéralisme social et européen.

Cette fragmentation reflète un malaise plus large : celui d’un système politique incapable de proposer une vision unifiée face aux défis du pays. « Les partis traditionnels sont devenus des coquilles vides, incapables de porter autre chose que des calculs de pouvoir », estime un analyste politique, qui souligne que ces initiatives individuelles, bien que marginales, pourraient redessiner les alliances en vue de 2027. Borne, avec « Bâtissons ensemble », s’inscrit dans cette dynamique, même si son mouvement peine encore à se doter d’une identité claire.

Borne, nouvelle figure d’une opposition modérée ?

Malgré son refus affiché de briguer l’Élysée, le retrait de Borne de Renaissance laisse planer des doutes sur ses intentions réelles. Son dernier ouvrage, Réveillons-nous !, et sa structure associative, « Bâtissons ensemble », pourraient bien servir de tremplin pour une candidature discrète, voire un rôle d’arbitre dans les prochains mois. « Elle incarne une ligne républicaine et européenne, en opposition à la droitisation du discours macroniste », analyse une source proche du PS, qui voit en elle une possible alliée dans la lutte contre l’extrême droite.

Pourtant, ses détracteurs au sein de la majorité lui reprochent une gestion autoritaire et un manque de dialogue social, notamment lors de la réforme des retraites en 2023. « Elle a appliqué les décisions d’Attal sans sourciller », raille un député Renaissance, qui souligne l’ironie de la situation : une figure censée incarner le dialogue se retrouve à l’origine d’un nouveau clivage au centre.

Macron, spectateur impuissant d’un macronisme en décomposition

Emmanuel Macron, dont la présidence a été marquée par une verticalité du pouvoir souvent critiquée, se retrouve une fois de plus au cœur d’une tempête interne. Son style de gouvernance, décrié pour son manque de concertation, est aujourd’hui pointé du doigt par une partie de son propre camp. « Le problème n’est pas Attal, ni Borne, mais l’héritage d’un système où le débat n’a plus sa place », résume un constitutionnaliste.

Dans ce contexte, le départ de Borne pourrait accélérer la radicalisation de Renaissance, déjà en proie à des querelles de personne. Certains y voient un signe avant-coureur d’une recomposition plus large du paysage politique, où les alliances traditionnelles n’ont plus cours. « Le centre n’existe plus en tant que force unie. Il est devenu un champ de ruines », confie un ancien ministre.

Alors que la France s’apprête à affronter des défis majeurs – crise du pouvoir d’achat, dérives sécuritaires, montée des extrêmes – cette fragmentation du bloc présidentiel interroge sur la capacité de la majorité à se rassembler. Dans un système où chaque voix compte, le retrait de Borne n’est pas qu’un simple changement de cap : c’est un avertissement pour toute une génération de responsables politiques.

Et après ? Les scénarios possibles pour 2027

Plusieurs hypothèses émergent quant à l’impact de ce départ sur la présidentielle. La première, la plus optimiste pour Attal, serait que Borne s’efface définitivement, lui laissant le champ libre pour incarner une droite modérée face à la gauche radicale et à l’extrême droite. Mais une autre possibilité, plus réaliste, serait que son mouvement « Bâtissons ensemble » devienne un refuge pour les déçus du macronisme, créant une troisième voie capable de drainer des voix en 2027.

Enfin, une troisième option, plus improbable mais pas impossible, serait que Borne et Attal finissent par s’allier, malgré leurs divergences. « Tout peut arriver en politique », rappelle un proche de l’Élysée, qui souligne que les retournements de situation ne sont pas rares dans l’histoire de la Ve République.

Une chose est sûre : dans un paysage politique où l’unité est devenue un luxe, chaque départ, chaque silence, chaque critique pèse désormais lourd dans la balance. Et cette fois, c’est tout le bloc centriste qui vacille.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (4)

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Isabelle du 61

il y a 1 semaine

bon... encore une crise de plus dans ce gouvernement qui ressemble à un jeu de chaises musicales. franchement, à force de virer les gens comme ça, ils vont finir par donner raison à ceux qui disent que la politique c'est juste un cirque. encore...

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Entropie

il y a 1 semaine

@mortimer Tu marques un point sur l'histoire, mais Attal n'est pas Macron. Le problème c'est que Borne, en partant, donne raison à ceux qui accusent le président de ne pas écouter sa propre majorité. Vous verrez, demain ils vont nous sortir un 'compromis historique' alors que la base est en miettes. En mode : 'désolé, mais c'est comme ça'. Boooof.

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Erdeven

il y a 1 semaine

nooooon mais sérieux ??? ils nous prennent pour des n00bs ou quoi ??? borne degage et attal la reprend en main ??? et après on doit voter pour eux en 2027 ??? mdssss ...

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Mortimer

il y a 1 semaine

Cette démission est un symbole fort : elle illustre l'échec de la stratégie de verticalité d'Attal, qui a toujours privilégié la communication sur le fond. Déjà en 2017, Macron avait tenté ça avec la suppression de l'ISF, sans succès. On voit aujourd'hui que la base centriste, déjà érodée, ne supporte plus ces méthodes. Les chiffres de popularité le prouvent : 27% d'opinions favorables pour Renaissance, c'est historiquement bas.

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