Boulangeries ouvertes 7j/7 : la gauche en guerre contre Macron et sa loi libérale

Par Decrescendo 31/03/2026 à 06:31
Boulangeries ouvertes 7j/7 : la gauche en guerre contre Macron et sa loi libérale

Boulangeries ouvertes 7j/7 : le gouvernement Lecornu II pousse une réforme libérale qui déchire la gauche et divise les artisans. Entre emploi, précarité et modèle social, l’Assemblée nationale s’apprête à trancher un débat explosif dès le 10 avril.

Une proposition de loi controversée en pleine tempête politique

Alors que le gouvernement Lecornu II s’efforce de concilier rigueur budgétaire et assouplissements économiques, une initiative législative portée par un député macroniste des Deux-Sèvres vient de faire irruption dans le débat parlementaire. Le texte, qui vise à permettre l’ouverture des boulangeries sept jours sur sept, suscite une levée de boucliers au sein de la gauche et divise profondément la profession. Examiné en commission des affaires sociales ce mercredi 31 mars 2026, il doit être présenté en séance plénière à l’Assemblée nationale le 10 avril prochain, dans un contexte où les tensions sociales et économiques ne cessent de s’exacerber.

Un projet libéral au cœur des tensions économiques

Porté par Jean-Marie Fiévet, député Renaissance (ex-LREM) des Deux-Sèvres, ce texte s’inscrit dans la droite ligne des réformes libérales prônées par l’exécutif. Le gouvernement, qui mise sur la flexibilisation du travail pour relancer l’activité, y voit un moyen d’adapter les commerces aux nouvelles attentes des consommateurs. « La modernisation de nos règles doit permettre aux artisans de s’adapter à la demande tout en dynamisant notre économie », a déclaré un conseiller de Matignon sous couvert d’anonymat. Pourtant, les arguments économiques avancés par ses défenseurs peinent à convaincre les sceptiques, d’autant que les études d’impact manquent cruellement de précision.

Les partisans du texte soulignent que cette mesure pourrait créer des emplois et renforcer la compétitivité des boulangeries françaises face à la concurrence européenne. « Dans des pays comme l’Allemagne ou les pays nordiques, l’ouverture dominicale est déjà une réalité. Pourquoi la France resterait-elle à la traîne ? », plaide un économiste proche de la majorité. Cependant, les défenseurs du « modèle social français » rétorquent que cette libéralisation risque d’aggraver les conditions de travail des salariés du secteur, déjà mises à mal par la précarité croissante.

La gauche unie contre une « mesure antisociale »

Si le projet de loi divise au sein de la majorité présidentielle, il fédère en revanche l’opposition de gauche, du Parti socialiste au Parti communiste en passant par La France insoumise. Les critiques les plus virulentes émanent des bancs du NUPES, qui y voient une nouvelle attaque contre les droits des travailleurs et le service public. « Cette réforme est un cadeau fait aux grands groupes de la boulangerie industrielle au détriment des petits artisans et de leurs employés », dénonce une élue socialiste, évoquant les pressions exercées par les enseignes comme Paul ou La Mie Câline sur les indépendants.

Les syndicats, de la CGT à Solidaires, ont d’ores et déjà annoncé leur mobilisation. « Ouvrir sept jours sur sept, c’est condamner les salariés à des horaires épuisants et précariser encore davantage un secteur déjà fragile », martèle un représentant de la fédération agroalimentaire. Les craintes portent notamment sur l’extension des temps de travail sans compensation salariale, alors que le SMIC stagne et que l’inflation grignote le pouvoir d’achat.

Certains observateurs soulignent que cette proposition s’inscrit dans une logique plus large de remise en cause des 35 heures, pilier du modèle social français depuis 2000. « Après les attaques contre les retraites et la santé, c’est maintenant au tour du temps de travail de subir les foudres libérales », s’indigne un économiste de l’OFCE, rappelant que la France reste l’un des pays européens où le temps de travail annuel moyen est le plus élevé.

Une profession profondément divisée

Si le gouvernement mise sur un soutien partiel des artisans, la réalité est bien plus contrastée. Les fédérations professionnelles, comme la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française (CNBPF), affichent des positions ambiguës. Certaines chambres régionales, notamment en Île-de-France, se déclarent favorables à l’ouverture dominicale, arguant d’une demande croissante des clients. D’autres, à l’image de la FNSEA, y voient une menace pour l’équilibre économique des petits commerces.

Les artisans indépendants, eux, sont tiraillés entre la nécessité de s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation et la peur de voir leur modèle social se dégrader. « Si je n’ouvre pas le dimanche, mes concurrents le feront. Mais comment faire face à la hausse des coûts et à la pénurie de main-d’œuvre ? », confie un boulanger de Seine-Saint-Denis, sous couvert de l’anonymat. Les grandes surfaces, elles, n’hésitent pas à profiter de ce flou réglementaire pour étendre leur emprise sur le marché, au détriment des indépendants.

Les défenseurs du texte rappellent que des pays comme la Norvège ou le Canada ont réussi à concilier flexibilité économique et protection des travailleurs. « Il ne s’agit pas d’imposer un modèle unique, mais de laisser le choix aux professionnels », plaide un député centriste. Pourtant, les exemples étrangers montrent que les dérives sont fréquentes : en Allemagne, l’ouverture dominicale a souvent conduit à une dégradation des conditions de travail, tandis qu’aux États-Unis, elle s’accompagne d’une précarisation accrue des emplois dans le commerce.

Un calendrier législatif sous haute tension

Alors que l’Assemblée nationale s’apprête à examiner ce texte dans un contexte politique déjà explosif, les risques de blocages sont nombreux. La gauche, qui a déjà promis de déposer des amendements de rejet, pourrait s’appuyer sur la fronde des syndicats pour faire capoter le projet. « Nous ne laisserons pas passer cette mesure qui s’ajoute à la longue liste des reculs sociaux imposés par Macron », menace un député LFI.

Du côté de la majorité, on mise sur une adoption rapide, malgré les divisions internes. « Ce texte est une nécessité économique. Nous ne pouvons pas continuer à vivre dans un pays où les commerces ferment trop tôt, au mépris des attentes des citoyens », argue un proche du ministre de l’Économie. Pourtant, l’opposition rappelle que le gouvernement a déjà reculé sur plusieurs réformes emblématiques, comme la réforme des retraites en 2023, et que la pression de la rue pourrait à nouveau faire plier l’exécutif.

Les prochains jours s’annoncent donc décisifs. Entre les manifestations annoncées par les syndicats, les débats houleux en commission et les divisions au sein de la majorité, cette proposition de loi pourrait bien devenir le symbole des tensions qui traversent la société française en 2026. Une chose est sûre : le dossier des boulangeries sept jours sur sept cristallise les contradictions d’un pays tiraillé entre modernisation et préservation de son modèle social.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (3)

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Kerlouan

il y a 1 mois

Comme d’hab. Depuis 20 ans, on nous sort les mêmes arguments pour libéraliser tout et n’importe quoi. Les boulangeries ouvertes 7j/7, hein ? Et les infirmiers en burn-out, on en parle ?

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Hugo83

il y a 1 mois

@kerlouan Tu parles des infirmiers mais là c’est pas le même débat !!! Les boulangers qui galèrent à cause des charges et des horaires de merde, c’est une vraie souffrance. Moi j’ai tenu 5 ans dans une boulangerie avant de lâcher à cause de l’usure. C’est pas ‘comme d’hab’, c’est une attaque directe contre un métier qui a déjà assez morflé...

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G

Gradation

il y a 1 mois

nooooon mais sérieux ??? encore une réforme qui va niquer les petits artisans pendant que les gros vont s’en mettre plein les poches !!! ça sert à quoi de voter si c’est pour ça ???

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