Brexit, 2016-2026 : où se situent les futurs candidats à l’Élysée ?

Par Éclipse 02/07/2026 à 14:14
Brexit, 2016-2026 : où se situent les futurs candidats à l’Élysée ?

Dix ans après le référendum britannique, où se situaient les futurs candidats à l’Élysée ? Leur position sur le Brexit en 2016 révèle leur vision pour la France. L’UE, rempart contre les folies souverainistes, doit rester au cœur du débat.

Le Brexit, miroir des fractures politiques françaises

Dix ans après le référendum britannique du 23 juin 2016, l’ombre du Brexit plane toujours sur l’Europe, et plus particulièrement sur la France. Ce séisme politique, économique et identitaire, a servi de révélateur aux ambitions des acteurs français. Alors que les candidats à l’élection présidentielle de 2027 se préparent à briguer l’Élysée, une question s’impose : où se situaient-ils en 2016 ? Leur positionnement face à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne – un désastre dont les Britanniques eux-mêmes reconnaissent désormais l’ampleur – en dit long sur leur vision de la France et de l’Europe.

Le Brexit, un marqueur idéologique indélébile

Le 23 juin 2016, lorsque 51,9 % des Britanniques choisirent de quitter l’UE, le continent entra dans une ère d’incertitudes. Pour la France, ce vote fut bien plus qu’un événement étranger : il devint un test de lucidité politique. Les prises de position des figures publiques françaises ce jour-là ne relevaient pas de simples commentaires sur l’actualité britannique. Elles dessinaient, en filigrane, leur propre projet pour le pays. Le Brexit n’était pas une abstraction : il était le symptôme d’un malaise européen que certains voulaient exporter, d’autres combattre.

Parmi les candidats potentiels à la magistrature suprême, deux figures se distinguèrent par leur soutien au Brexit. Marine Le Pen, alors présidente du Front national – aujourd’hui Rassemblement national – y voyait une victoire de la « souveraineté nationale », un concept qu’elle brandirait plus tard comme étendard de sa campagne. Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise, y décelait quant à lui une opportunité de fragiliser « l’Europe libérale », une Europe qu’il accuse encore aujourd’hui de servir les intérêts des élites au détriment des citoyens.

Ces positions, prises dans l’euphorie d’un mouvement perçu comme subversif, apparaissent aujourd’hui comme des aveuglements stratégiques. Le Royaume-Uni, après une décennie de négociations chaotiques, de tensions internes et de déclin économique, compte désormais une majorité de Britanniques regrettant leur choix. Le « Bregret », ce néologisme forgé pour désigner ce remords post-Brexit, est devenu un symbole de l’irréversibilité des erreurs idéologiques.

L’UE, ce rempart contre les folies souverainistes

Si le Brexit a servi de leçon, force est de constater que ses échos en France ont été moins retentissants qu’escompté. Aucun candidat sérieux à l’élection présidentielle de 2027 ne prône aujourd’hui un « Frexit », cette sortie de l’UE qui aurait plongé la France dans un isolement économique et diplomatique comparable à celui du Royaume-Uni. La raison en est simple : les conséquences du Brexit ont été dévastatrices.

Selon une étude de l’Institute for Government, le PIB britannique est désormais inférieur de 4 % à ce qu’il aurait été sans le Brexit. Les chaînes d’approvisionnement se sont fragilisées, les investissements étrangers ont reculé, et la livre sterling a perdu une partie de sa valeur face à l’euro. Les régions frontalières comme le Kent, autrefois dynamiques, subissent de plein fouet les conséquences de l’absence de libre circulation. Même les partisans les plus acharnés du Brexit, comme Nigel Farage, reconnaissent aujourd’hui que le projet était « mal négocié ».

Face à ce constat, les responsables politiques français ont dû adapter leur discours. L’Union européenne, souvent critiquée pour son manque de transparence ou son bureaucratisme, reste perçue comme un bouclier contre les dérives nationalistes. Les pays qui, comme la Norvège ou l’Islande, bénéficient d’accords privilégiés avec Bruxelles sans en être membres, illustrent une alternative réaliste : celle d’une Europe « à la carte », sans les risques d’un divorce brutal.

Les candidats à l’Élysée face à leur passé

Alors que les primaires et les alliances se dessinent pour 2027, la question du Brexit resurgit inévitablement. Les candidats doivent rendre des comptes sur leurs positions de 2016, car celles-ci révèlent leur rigueur intellectuelle et leur capacité à anticiper les crises.

Gabriel Attal, actuel ministre de l’Économie et figure montante du camp présidentiel, était alors député et membre du Parti socialiste. Son parti, comme la majorité des formations de gauche, avait dénoncé un « coup de poker dangereux ». Aujourd’hui, alors qu’il pourrait briguer l’Élysée, son positionnement pro-européen s’est renforcé, aligné sur la ligne macroniste qui fait de l’intégration européenne un pilier de la modernisation française.

À l’inverse, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a longtemps défendu l’idée d’un référendum sur l’appartenance de la France à l’UE. Si son parti a adouci son discours, les fondamentaux souverainistes restent ancrés dans son programme. Une position qui, au regard des conséquences du Brexit, apparaît de plus en plus « irresponsable », selon les observateurs.

Quant à Édouard Philippe, ancien Premier ministre et potentiel candidat, son rôle dans le gouvernement d’Édouard Philippe (2017-2020) a été marqué par une défense farouche de l’UE. Son bilan, jugé « pro-européen » par les analystes, contraste avec les velléités souverainistes de certains de ses alliés politiques.

Le Brexit, une leçon pour l’Europe et la France

Le dixième anniversaire du référendum britannique est l’occasion de tirer les enseignements d’une décennie marquée par les replis identitaires et les illusions de l’autonomie nationale. Le Brexit a montré que la souveraineté pure n’existe pas : même les pays les plus puissants, comme le Royaume-Uni, dépendent des échanges commerciaux, des normes communes et de la stabilité régionale.

Pour la France, ce constat devrait inciter à une réflexion sur son propre rapport à l’Europe. Le pays, deuxième économie de la zone euro, a tout intérêt à renforcer son intégration plutôt qu’à flirter avec des chimères protectionnistes. Les crises climatiques, migratoires et géopolitiques qui secouent le continent exigent une réponse collective, pas des gesticulations nationalistes.

Les candidats à la présidence de 2027 seront donc jugés sur leur capacité à proposer une vision réaliste et ambitieuse pour la France dans l’UE. Les promesses de referendums ou de « dégagisme européen » relèvent désormais du passé. Ce qui compte, c’est la capacité à construire une Europe « sociale, écologique et démocratique », comme le plaide une partie de la gauche, ou à moderniser ses institutions sans céder aux sirènes de la fragmentation, comme le défend le centre.

Le Brexit, un miroir tendu aux Français

Plus qu’un anniversaire, le 23 juin 2026 doit servir de mémento politique. Les Français, souvent divisés sur l’UE, ont tout intérêt à se rappeler que les expériences radicales – qu’elles viennent de gauche ou de droite – mènent rarement au progrès. Le Brexit est un avertissement : « Méfiez-vous de ceux qui vous promettent l’autonomie par la rupture. »

Alors que les sondages montrent une montée des partis eurosceptiques en Europe, la France doit rester un rempart contre les tentations isolationnistes. Les candidats à l’Élysée ont un devoir : celui de clarifier leur position sur l’Europe, non pas à coups de slogans, mais à travers des propositions concrètes. Car si le Brexit a été une erreur pour le Royaume-Uni, une sortie de l’UE pour la France serait une catastrophe.

Le 23 juin 2026, dix ans après le référendum britannique, la question n’est plus de savoir « que vouliez-vous pour les autres ? », mais « que proposez-vous pour nous ? »

« Le Brexit nous a appris une chose : la souveraineté sans coopération est une illusion. La France doit choisir l’Europe, ou risquer le même destin que le Royaume-Uni. »
Un économiste français anonyme, juin 2026

L’Union européenne, un choix de raison

Face aux défis du XXIe siècle – réchauffement climatique, guerres en Europe, concurrence des grandes puissances –, l’Union européenne reste le cadre le plus adapté pour défendre les intérêts français. Les pays qui, comme la Hongrie ou la Pologne, tentent de s’affranchir des règles communes en paient déjà le prix. Leur isolement économique et leurs tensions avec Bruxelles illustrent les dangers d’un « chacun pour soi ».

La France, avec son poids démographique et économique, a un rôle clé à jouer. Elle doit militer pour une Europe plus démocratique, plus sociale et plus écologique. Les candidats qui prônent un affaiblissement de l’UE, qu’ils soient d’extrême droite ou de gauche radicale, prennent le risque de plonger le pays dans un déclin dont il serait difficile de se relever.

Le Brexit est un rappel : l’Europe n’est pas un carcan, mais un filet de sécurité. Et ce filet, la France en a besoin plus que jamais.

À propos de l'auteur

Éclipse

Les affaires étouffées, les scandales enterrés, les lanceurs d'alerte persécutés : je m'intéresse à tout ce que le pouvoir voudrait garder dans l'ombre. J'ai reçu des menaces, des pressions, des tentatives d'intimidation. Ça ne m'arrêtera pas. La transparence démocratique n'est pas négociable. Quand un élu détourne de l'argent public, quand une entreprise pollue en toute impunité, quand un ministre ment au Parlement, les citoyens ont le droit de savoir. Je suis là pour ça. Et je ne lâcherai rien

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (2)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

B

Bréhat

il y a 33 minutes

pfff... Encore un débat qui tourne en rond. En 2016, les candidats à l'Élysée passaient déjà 10 ans à expliquer pourquoi leur vision de l'Europe était la bonne. Résultat ? On a un pays paralysé par ses clivages, et l'UE qui continue de fonctionner comme un gros machin administratif. Comme d'hab.

0
A

Augustin Bocage

il y a 1 heure

Le Brexit reste un marqueur politique fort. Marine Le Pen soutenait le Leave en 2016, ce qui a toujours été un angle d'attaque pour les pro-UE. Macron, lui, misait sur le 'frexit soft', avec cette idée que la France devait rester dans l'UE mais en obtenant des concessions. Aujourd'hui, on voit que ces positions ont évolué... mais pas forcément vers plus de clarté. Qui veut vraiment reparler de souveraineté européenne ?

1
Publicité