Face à la canicule, le Rassemblement national prône la climatisation massive, mais rejette les énergies renouvelables
Alors que la France suffoque sous une vague de chaleur exceptionnelle, le Rassemblement national (RN) réitère sa proposition phare : équiper systématiquement les bâtiments publics en climatisation. Une réponse présentée comme une urgence sanitaire, mais qui s’inscrit aussi dans une stratégie politique plus large, où le parti d’extrême droite oppose nucléaire et renouvelables, au mépris des enjeux climatiques.
Intervenant dans l’émission Les 4V ce vendredi 19 juin 2026, Franck Allisio, député RN des Bouches-du-Rhône, a défendu avec virulence ce plan, tout en réaffirmant l’opposition de son parti aux énergies vertes. Une prise de position qui interroge, alors que les rapports scientifiques s’accumulent sur les dangers de la dépendance aux systèmes de refroidissement énergivores.
Des écoles, hôpitaux et EHPAD sous-équipés, selon le RN
Pour Franck Allisio, la France accumule un retard dramatique dans l’adaptation aux canicules. « Notre pays est en retard par rapport à nos voisins sur la climatisation de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos EHPAD, de nos maisons de retraite et de nos transports publics », a-t-il déclaré, évoquant un plan proposé par Marine Le Pen il y a un an. Une initiative présentée comme la solution miracle face à un phénomène désormais structurel : les canicules tuent. « Depuis 2017, 10 000 personnes sont mortes du fait de la canicule. Pendant les pics de chaleur, les urgences voient leur fréquentation doubler », a-t-il rappelé, soulignant l’impact sur les fragilités sociales.
Les chiffres avancés par le député RN sont corroborés par les données officielles. En 2024, plus de 2 000 établissements scolaires avaient dû fermer leurs portes en raison de températures extrêmes, privant des milliers d’enfants d’éducation et contraignant des parents à prendre des congés non prévus. Une situation que le gouvernement actuel, perçu comme désengagé par l’opposition, n’aurait pas su anticiper.
Climatisation vs. énergies renouvelables : le clivage RN
Si Franck Allisio présente la climatisation comme une nécessité, il balaye d’un revers de main les critiques environnementales. « On ne se pose pas la question. Il y a des dérèglements climatiques, mais ces dérèglements ne nous amènent pas à ne pas nous chauffer l’hiver », a-t-il lancé, comparant la climatisation au chauffage central. Une rhétorique qui occulte pourtant les conséquences écologiques de cette solution.
Selon lui, la France, grâce à son mix énergétique nucléaire, serait en mesure d’assumer ce choix sans aggraver son bilan carbone. « Nous avons un savoir-faire français et des entreprises nationales », a-t-il affirmé, citant des études publiées dans L’Express et Le Point – deux titres souvent pointés du doigt pour leur proximité avec les milieux économiques et politiques conservateurs. Pourtant, les données officielles montrent que la climatisation représente 1 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, un chiffre que le RN minimise en rappelant que la France ne contribue qu’à 1 % des émissions mondiales.
Mais derrière ce discours se cache une opposition idéologique aux énergies renouvelables. Franck Allisio a réitéré la volonté du RN d’instaurer un moratoire sur les installations photovoltaïques et éoliennes, qualifiant ces dernières de « coûteuses et inefficaces ». Une position qui contraste avec les objectifs européens en matière de transition énergétique et les engagements climatiques de la France. « À chaque fois que des pays ont misé sur les renouvelables, ils ont fini par recourir au charbon », a-t-il argué, omettant les succès des pays nordiques ou de l’Allemagne dans leur transition.
Pour le RN, le nucléaire reste la pierre angulaire de la souveraineté énergétique, un héritage de la politique gaullienne que le parti regrette de voir abandonné. « Si la France avait poursuivi la dynamique engagée par le général de Gaulle, nous serions aujourd’hui un paradis énergétique », a-t-il asséné, dénonçant les « mauvais choix politiques et idéologiques » des gouvernements successifs.
Un plan climatisation sous le feu des critiques scientifiques
Pourtant, les experts s’interrogent sur la viabilité d’un tel projet. Si la climatisation peut effectivement sauver des vies lors des pics de chaleur, son déploiement massif pose plusieurs problèmes. D’abord, énergétique : les réseaux électriques français, déjà sous tension en période estivale, pourraient être submergés par la demande accrue. Ensuite, écologique : les fluides frigorigènes utilisés dans les climatiseurs sont des gaz à fort pouvoir réchauffant, bien plus puissants que le CO₂. Enfin, social : l’accès à la climatisation reste inégal, creusant les disparités entre ceux qui peuvent se permettre ce luxe et les autres.
Des études récentes, notamment celles du GIEC et de l’ADEME, soulignent que les solutions les plus efficaces contre les canicules résident davantage dans l’isolation des bâtiments, la végétalisation des villes et la sobriété énergétique que dans la généralisation de la climatisation. Une approche que le RN ignore délibérément, préférant mettre en avant une solution technologique plutôt qu’une refonte structurelle.
« La climatisation est une réponse de court terme, mais elle ne résout pas le problème de fond : l’adaptation de nos villes aux dérèglements climatiques », explique Claire Dupont, climatologue à l’Institut Pierre-Simon Laplace. « En miser exclusivement sur elle, c’est risquer de créer une société à deux vitesses, où seuls les plus aisés pourront se protéger efficacement. »
Le RN et la santé publique : entre urgence et instrumentalisation
Le discours du RN sur la climatisation s’inscrit dans une stratégie plus large de diabolisation des politiques environnementales. En s’opposant aux énergies renouvelables tout en prônant une solution énergivore, le parti d’extrême droite envoie un signal ambigu : il reconnaît l’urgence climatique, mais refuse d’en assumer les implications systémiques.
Pour Franck Allisio, la priorité n’est pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais de protéger les Français des conséquences immédiates du réchauffement. Une position qui trouve un écho dans une partie de l’opinion publique, lassée par les discours alarmistes et en quête de solutions concrètes. Pourtant, cette approche court-termiste pourrait s’avérer contre-productive à long terme, en maintenant la France dans une dépendance aux énergies fossiles et en retardant les investissements nécessaires dans la résilience climatique.
Face à cette proposition, le gouvernement Lecornu II, dirigé par un Premier ministre connu pour ses positions libérales, semble désemparé. Sans politique climatique cohérente, la France reste à la merci des aléas météorologiques, oscillant entre réactions improvisées et inaction structurelle.
Un autre débat : la lutte contre le narcotrafic et l’exemplarité politique
Interrogé sur un autre sujet d’actualité, Franck Allisio a apporté son soutien à une mesure inédite : le dépistage de stupéfiants pour les responsables politiques. Une initiative lancée par Sébastien Lecornu, qui s’est lui-même soumis à un test cette semaine, et que le RN avait déjà proposée lors des dernières élections municipales à Marseille.
« Il faut que les responsables politiques donnent l’exemple », a-t-il déclaré, évoquant le drame de l’exécution par contrat du frère de M. Kessaci, un événement qui avait marqué la ville. Pour le député RN, cette mesure ne relève pas seulement de l’exemplarité, mais aussi de l’efficacité : « Lorsque vous êtes consommateur, d’une manière ou d’une autre, vous êtes sous influence. La meilleure façon de vérifier que ceux qui luttent contre les trafics sont irréprochables, c’est de s’assurer qu’ils ne sont pas eux-mêmes liés à ces réseaux. »
Une position qui tranche avec le discours habituel du RN sur la sécurité, souvent critiqué pour ses propositions sécuritaires maximalistes. Pourtant, sur ce point précis, le parti semble aligné avec une partie de la société civile, qui réclame depuis des années une moralisation de la vie politique.
Conclusion : un clivage qui s’approfondit
Le débat sur la climatisation illustre les fractures idéologiques qui traversent la société française. D’un côté, une gauche et une écologie politique qui prônent une transition énergétique ambitieuse, de l’autre, une droite et une extrême droite qui misent sur des solutions technologiques et sécuritaires, au mépris des enjeux environnementaux.
Face à l’urgence climatique, la France semble condamnée à choisir entre deux visions : l’adaptation par la technologie ou la transformation par la sobriété. Le RN, avec son plan climatisation, penche clairement pour la première option. Mais à quel prix ?
Les chiffres clés de la canicule 2026
10 000 décès attribués aux canicules depuis 2017 en France.
2 000 établissements scolaires fermés en 2024 en raison des températures extrêmes.
1 % : part de la climatisation dans les émissions nationales de gaz à effet de serre.
1 % : contribution de la France aux émissions mondiales de CO₂.
0,5 °C : augmentation maximale de la température à Paris si la ville était entièrement climatisée.
Face à ces défis, une question reste entière : la France est-elle prête à payer le prix écologique de son confort estival ?