Cinéma français en péril : l’extrême droite cible le CNC et l’audiovisuel public

Par SilverLining 04/11/2026 à 18:09
Cinéma français en péril : l’extrême droite cible le CNC et l’audiovisuel public

Face à la montée de l’extrême droite et aux menaces contre le CNC, le cinéma français se mobilise pour sauver son modèle unique. Décryptage d’un secteur en danger avant 2027.

Un secteur culturel sous pression avant l’élection présidentielle

Alors que la campagne pour la présidentielle de 2027 s’intensifie, les plus grands noms du cinéma français tirent la sonnette d’alarme. Quatre organisations majeures du septième art – la société civile des Auteurs réalisateurs producteurs (ARP), le Syndicat de la production indépendante, la Société des réalisatrices et réalisateurs de films et l’Union des producteurs de cinéma – ont adressé ce mercredi 4 novembre un manifeste aux candidats à l’Élysée, les exhortant à faire du cinéma une « priorité stratégique nationale ».

Leur appel intervient dans un contexte où l’idéologie d’extrême droite menace directement le modèle du cinéma français, un système unique en Europe, fondé sur la diversité, la création et la protection contre les logiques marchandes étrangères. « Il y a un risque que l’extrême droite pointe son nez plus que d’habitude, avec une violence à l’égard de l’industrie du cinéma qu’on n’avait jamais connue », s’alarme Pierre Jolivet, réalisateur et vice-président de l’ARP, joint par Agence France-Presse.

Parmi les craintes exprimées, la remise en cause du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), pilier du financement de la création française, et la privatisation de l’audiovisuel public, deux mesures portées par le Rassemblement national (RN). Ces propositions s’ajoutent à l’indifférence d’une grande partie des candidats, qui semblent ignorer l’importance économique et symbolique de ce secteur. « La culture, et le cinéma en particulier, ont complètement disparu des débats politiques », dénonce Pierre Jolivet, pointant du doigt une dérive dangereuse.

Macron a célébré le cinéma… avant de le fragiliser

Ironie du calendrier : au début du mois de septembre, le président Emmanuel Macron organisait un sommet international à Cannes, réunissant le gotha du cinéma mondial pour discuter de la protection du septième art face aux défis technologiques et aux géants numériques. « Mais trois semaines plus tard on s’est pris le mur dans la figure », ironise Pierre Jolivet. Le réalisateur évoque notamment le relèvement controversé de la TVA sur Canal+, intégré au projet de budget 2027 avant d’être finalement rejeté par les députés, ainsi que la baisse des dotations de France Télévisions – deux mesures qui auraient directement asphyxié les principaux financeurs du cinéma français.

Ces décisions, perçues comme des coups de poignard dans le dos, ont poussé plus de 170 cinéastes de renom – dont les frères Dardenne, Jacques Audiard ou Justine Triet – à signer une tribune en octobre pour alerter sur le risque d’affaiblissement d’une industrie pourtant la plus dynamique d’Europe. Avec 40 % des spectateurs français choisissant des films nationaux, le cinéma hexagonal se distingue comme un modèle de réussite, mais aussi comme une cible pour les tenants d’un libéralisme débridé.

Un manifeste pour sauver le cinéma français des appétits étrangers

Face à ces menaces, les quatre organisations signataires ont élaboré 12 engagements concrets pour préserver le septième art. Leur premier point ? Inscrire « la souveraineté culturelle française et européenne » dans la Constitution. Une mesure jugée indispensable pour protéger l’exception culturelle française, un rempart contre l’hégémonie des plateformes américaines et chinoises, souvent accusées de détruire les écosystèmes locaux en imposant leurs algorithmes et leurs logiques de profit.

L’autre priorité ? Sanctuariser les ressources du CNC, dont les financements reposent sur des taxes affectées aux billets de cinéma et aux géants du streaming opérant en France. Actuellement, ces aides sont redistribuées sans distinction, y compris à des entreprises étrangères. Les signataires proposent donc de réserver ces subventions à des sociétés majoritairement françaises ou européennes, une condition sine qua non pour éviter que des groupes américains ou chinois ne rachètent les joyaux de la création hexagonale.

« S’il y a bien un sujet sur lequel tous les partis pourraient être d’accord, c’est que le cinéma, la culture, ne puissent pas être rachetés par des Américains ou des Chinois », martèle Jérôme Enrico, président de l’ARP. Pour lui, il est urgent de protéger la culture française des lois du marché et de la domination des groupes étrangers, une bataille qui dépasse le simple cadre économique pour toucher à l’identité même de la nation.

L’intermittence et la chronologie des médias dans la ligne de mire

Parmi les engagements proposés, la pérennisation du système de l’intermittence et le renforcement de la chronologie des médias figurent en bonne place. Ce mécanisme, qui impose aux films de sortir d’abord au cinéma avant d’être disponibles à la télévision ou sur les plateformes payantes, est considéré comme un rempart contre la précarisation des artistes et la dilution de l’expérience cinématographique.

Pierre Jolivet rappelle que le cinéma français est une industrie de prototypes : « On finance des films qui ne marchent pas pour produire des succès commerciaux. Aux États-Unis, ils font 1 500 films par an, il y en a 300 qui marchent. C’est pareil partout. Sans ce système, nous n’aurions ni des réalisateurs comme Audiard, ni des succès comme « Anatomie d’une chute » ». Une logique que les cinéastes français refusent de voir sacrifiée sur l’autel des logiques court-termistes.

Le manifeste prévoit également le lancement, début 2027, d’une campagne de quatre courts-métrages diffusés dans les salles. Une initiative symbolique pour rappeler au public et aux politiques l’importance du cinéma comme levier culturel, économique et démocratique.

Une industrie unique en Europe, mais menacée de l’intérieur

Avec 40 % de part de marché en salles, le cinéma français est le seul en Europe à rivaliser avec les productions hollywoodiennes. Pourtant, cette vitalité est aujourd’hui fragilisée par des décisions politiques contestables et une montée des discours hostiles à la culture, portés notamment par l’extrême droite.

Les signataires du manifeste rappellent que le cinéma n’est pas un luxe, mais un pilier de l’économie créative, générant des milliers d’emplois et contribuant à l’attractivité de la France. Pourtant, les attaques contre le service public audiovisuel et le CNC s’inscrivent dans une stratégie plus large de démantèlement des outils de souveraineté culturelle.

Dans ce contexte, l’urgence est double : protéger les financements existants et anticiper les menaces futures, qu’elles viennent de l’extrême droite ou des géants du numérique. Car si le cinéma français venait à s’effondrer, ce ne serait pas seulement une perte pour les artistes, mais pour toute la société, privée d’un miroir de ses valeurs et de ses combats.

Un débat qui dépasse les clivages politiques traditionnels

Contrairement aux idées reçues, la défense du cinéma français ne devrait pas être l’apanage d’un camp politique. Pourtant, force est de constater que les propositions de l’extrême droite en la matière sont particulièrement alarmantes. Le RN, qui milite pour la privatisation de l’audiovisuel public et la remise en cause du CNC, semble ignorer que ces institutions sont les garantes de la diversité culturelle.

À l’inverse, les partis progressistes, souvent sensibles aux enjeux culturels, peinent à faire entendre leur voix dans un débat dominé par les questions économiques et sécuritaires. Pourtant, comme le souligne Pierre Jolivet, le cinéma est aussi un outil de résistance démocratique : « Il permet de raconter des histoires, de donner la parole à ceux qu’on n’entend pas, et de rappeler que la France est bien plus qu’un marché à conquérir ».

Dans les mois à venir, les cinéastes français compteront sur la mobilisation citoyenne pour faire pression sur les candidats. Car si le cinéma est une industrie, il est aussi un bien commun à défendre.

Une mobilisation qui s’étend au-delà des salles obscures

Au-delà des signataires du manifeste, la résistance s’organise aussi dans les rues. Des collectifs de spectateurs, d’artistes et de citoyens appellent à des rassemblements pour alerter sur les dangers qui pèsent sur le septième art. Leur mot d’ordre ? « Le cinéma français ne se vend pas, il se défend ».

Alors que les sondages placent l’extrême droite en tête des intentions de vote pour 2027, la bataille pour la préservation du modèle culturel français prend une dimension de plus en plus politique. Car si le RN accédait au pouvoir, ce ne serait pas seulement le cinéma qui serait menacé, mais l’idée même d’une culture indépendante et plurielle.

Face à ce risque, les cinéastes appellent à un sursaut. « Nous ne sommes pas des privilégiés, nous sommes des travailleurs qui défendons un écosystème », rappelle Jérôme Enrico. « Si demain, nos films ne peuvent plus être financés, ce sera toute la chaîne – techniciens, producteurs, salles – qui s’effondrera ».

Une chose est sûre : le cinéma français n’est pas une variable d’ajustement. Il est un rempart, un héritage, et une nécessité.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (2)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

I

Ironiste patenté 2022

il y a 1 heure

nooooon mais c’est quoi ce délire ??? le cinéma français en péril à cause de l’extrême droite ??? on a vraiment plus rien à faire en vrai ??? mdr ptdr sérieu???!!

-1
E

Elizondo

il y a 35 minutes

@ironiste-patente-2022 Je comprends ta réaction, mais c'est une analyse qui mérite qu'on s'y penche. En Hongrie, Orbán a déjà réduit le cinéma indépendant à une peau de chagrin. Si ça arrive ici, on peut dire adieu à des auteurs comme Aki Kaurismäki ou même nos Xavier Dolan…

0
Publicité