Claire Thoury, nouvelle présidente du Cese : une femme à la tête d'une institution sous le feu des critiques

Par Aurélie Lefebvre 21/05/2026 à 14:25
Claire Thoury, nouvelle présidente du Cese : une femme à la tête d'une institution sous le feu des critiques

Claire Thoury, première femme présidente du Cese, doit sauver une institution sous le feu des critiques pour son coût et son inutilité. Son défi : redonner du poids à un organisme consultatif décrié face à un gouvernement Lecornu II en quête de légitimité.

Une élection historique au cœur d’un débat institutionnel

Dans un contexte politique marqué par une défiance croissante envers les institutions traditionnelles, Claire Thoury a été élue mercredi 20 mai 2026 à la présidence du Conseil économique, social et environnemental (Cese), devenant ainsi la première femme à diriger cette assemblée consultative. Son élection, validée par les membres de l’institution, intervient alors que le Cese est sous le feu des critiques, accusé de coûteux gaspillages et d’une utilité publique de plus en plus remise en question par les responsables politiques et les observateurs.

Âgée de 36 ans, l’ancienne présidente du Mouvement associatif succède à un mandat marqué par des tensions persistantes sur le rôle même du Cese. Entre 140 avis rendus en cinq ans, souvent jugés trop consensuels pour inspirer des réformes concrètes, et des conventions citoyennes aux résultats mitigés – comme celle sur le climat ou la fin de vie –, l’institution peine à justifier son existence auprès des citoyens et des élus. Pourtant, Claire Thoury affiche une ambition claire : réinventer le Cese pour en faire un acteur clé du débat public, en phase avec les urgences de son époque.

Un mandat sous haute tension

Dès sa prise de fonction, la nouvelle présidente a d’emblée pointé les défis qui l’attendent. Le Cese, souvent perçu comme un vestige d’un système politique à bout de souffle, doit désormais prouver sa pertinence face à des institutions comme la Cour des comptes ou la commission des Finances de l’Assemblée nationale, qui l’ont récemment épinglé pour son manque d’efficacité. En juillet 2025, ces deux instances avaient sévèrement pointé du doigt le coût élevé de l’institution – estimé à près de 50 millions d’euros par an – ainsi que l’absence de suivi tangible des recommandations émises.

L’une des principales critiques porte sur les trois conventions citoyennes organisées par le Cese, dont les conclusions peinent à se traduire en actions politiques. Celle dédiée au climat en 2023, bien que saluée pour son caractère innovant, n’a donné lieu à aucune mesure législative forte. Idem pour celle sur la fin de vie, dont les propositions sont restées lettre morte. Quant à la prochaine convention, prévue en 2025 sur les temps de l’enfant, beaucoup s’interrogent sur son impact réel dans un pays où les politiques familiales sont déjà pléthoriques et peu coordonnées.

Face à ces reproches, Claire Thoury assume une ligne claire : assumer les divergences quand elles sont constructives. Dans un entretien accordé à la presse, elle a souligné que

« le rôle du Cese n’est pas de produire des consensus mous, mais de porter la voix des citoyens avec audace, même quand cela dérange. Les rapports trop tièdes ne servent ni la République ni les Français. »
Une position qui contraste avec l’image d’une institution souvent perçue comme un simple chambre d’enregistrement des volontés gouvernementales.

Entre inertie politique et urgence sociale : le Cese peut-il encore peser ?

Le défi de Claire Thoury est double. D’une part, redonner une légitimité au Cese auprès des citoyens, dont la confiance dans les institutions s’effrite. D’autre part, convaincre le gouvernement et le Parlement de l’utilité de ses travaux, alors que la majorité présidentielle, confrontée à une crise de représentation sans précédent, semble plus encline à marginaliser les organismes consultatifs qu’à les écouter.

Emmanuel Macron, qui a félicité la nouvelle présidente sur la plateforme X, a salué « une voix dédiée à la société civile, au service de l’intérêt général et de la République ». Pourtant, les observateurs relèvent une ironie : c’est sous un quinquennat marqué par une verticalité du pouvoir sans précédent que le Cese, avec son fonctionnement collégial et participatif, pourrait trouver un nouveau souffle. Le chef de l’État, souvent critiqué pour son mépris affiché des corps intermédiaires, semble ainsi jouer la carte de l’apaisement institutionnel, tout en maintenant une stratégie politique centrée sur l’exécutif.

Le paradoxe est frappant : alors que la France traverse une crise démocratique profonde, avec une abstention record aux dernières élections et une défiance généralisée envers les partis traditionnels, le Cese pourrait incarner un contrepoids nécessaire. Mais pour cela, il faudrait que ses avis soient non seulement entendus, mais aussi appliqués – une gageure dans un système où les décisions se prennent souvent en catimini, loin des débats publics.

Les conventions citoyennes : un outil sous-exploité ?

Parmi les réalisations du Cese, les conventions citoyennes ont été présentées comme une innovation majeure pour rapprocher les décisions politiques des aspirations populaires. Pourtant, leur bilan reste maigre. La convention sur le climat, par exemple, avait abouti à des propositions ambitieuses, comme l’inscription de la neutralité carbone dans la Constitution ou la création d’un référendum d’initiative citoyenne climatique. Résultat ? Aucune de ces mesures n’a été adoptée, malgré les promesses répétées du gouvernement.

De même, celle sur la fin de vie avait proposé d’élargir les conditions d’accès à l’euthanasie, une question éminemment clivante. Si les débats publics avaient été intenses, le texte n’a même pas été soumis à l’Assemblée nationale, préférant rester dans les tiroirs ministériels. Quant à celle sur les temps de l’enfant, prévue pour 2025, les associations redoutent déjà qu’elle ne serve qu’à donner une image de démocratie participative, sans lendemain politique.

Pour Claire Thoury, il est temps de changer de méthode. Elle a annoncé vouloir « ancrer le Cese dans le temps réel, en s’alignant sur le calendrier politique pour que nos travaux ne soient plus des exercices académiques, mais des leviers d’action ». Une ambition qui suppose une remise en cause structurelle de l’institution, souvent perçue comme trop lente et trop éloignée des réalités du terrain.

Un appel à la société civile, mais dans quel cadre ?

La nomination de Claire Thoury intervient dans un paysage associatif français en pleine recomposition. Après des années de restrictions budgétaires et de remises en question des subventions publiques, les organisations de la société civile voient d’un œil critique l’arrivée d’une personnalité issue du Mouvement associatif, un réseau qui a longtemps bénéficié de financements publics avant de se radicaliser contre certaines politiques gouvernementales.

Certains y voient une tentative de récupération, d’autres une opportunité. La nouvelle présidente devra naviguer entre ces deux écueils : représenter les aspirations de la société civile sans tomber dans le piège d’une institutionnalisation qui la couperait de ses bases. Son profil, à la fois jeune et expérimentée dans le monde associatif, pourrait être un atout, à condition de ne pas se laisser enfermer dans les logiques d’un système qu’elle critique elle-même.

Dans un pays où les corps intermédiaires sont de plus en plus contestés – qu’il s’agisse des syndicats, des associations ou même de l’Église –, le Cese pourrait incarner une dernière chance pour une démocratie plus inclusive. Mais pour cela, il faudrait que ses avis soient audibles, audacieux et contraignants. Un pari osé dans une France où le pouvoir semble de moins en moins enclin à partager ses prérogatives.

La droite et l’extrême droite saluent, la gauche s’interroge

Si l’élection de Claire Thoury a été saluée par la majorité présidentielle et une partie de la gauche modérée, les réactions sont plus nuancées à droite et à l’extrême droite. Certains élus LR ont salué « une personnalité compétente, même si le Cese reste une institution coûteuse », tandis que des figures de la droite souverainiste ont ironisé sur « une nouvelle preuve du mépris de Macron pour les corps intermédiaires ».

À l’extrême droite, où l’on dénonce régulièrement les « élites technocratiques » et les « assemblées inutiles », certains y voient une manœuvre pour détourner l’attention des vraies crises – pouvoir d’achat, immigration, insécurité. Marine Le Pen, toujours prompte à critiquer les institutions « déconnectées », n’a pas encore réagi officiellement, mais ses proches ont d’ores et déjà qualifié le Cese de « dinosaure réformiste ».

Du côté de la gauche radicale, on se montre plus circonspect. Les partis comme La France Insoumise ou le Parti Communiste, qui ont longtemps porté l’idée de démocratisation de la vie publique, estiment que le Cese reste un outil trop faible pour peser face à un exécutif tout-puissant. Jean-Luc Mélenchon, dont les relations avec les institutions consultatives n’ont jamais été simples, a déclaré que

« tant que le Cese ne pourra pas proposer des lois et les faire adopter, il restera un paravent pour une République qui se passe de plus en plus de ses citoyens. »

Pourtant, certains observateurs soulignent que l’arrivée d’une femme jeune et engagée à la tête d’une institution aussi symbolique pourrait envoyer un signal fort à une jeunesse de plus en plus désillusionnée par la politique traditionnelle. Dans un pays où les femmes ne représentent que 20 % des maires et moins de 30 % des députés, cette élection est aussi un symbole.

Quel avenir pour une institution en crise ?

Le Cese a-t-il encore un avenir ? La question se pose avec une acuité particulière en 2026, alors que les critiques fusent de toutes parts. Entre les rapports jugés trop consensuels, les conventions citoyennes au bilan mitigé et un coût de fonctionnement de plus en plus contesté, l’institution semble à un carrefour.

Claire Thoury a évoqué une réforme en profondeur, avec une refonte de ses méthodes de travail et une volonté de « produire des avis qui bousculent, qui challengent, qui obligent à trancher ». Une ambition qui suppose de rompre avec des décennies de fonctionnement routinier, où les rapports s’empilaient sans jamais déboucher sur des changements concrets.

Mais le vrai défi sera ailleurs : parviendra-t-elle à convaincre que le Cese mérite d’exister dans une démocratie moderne ? Alors que la France s’enfonce dans une crise de représentation sans précédent, où les partis traditionnels s’effritent et où l’abstention bat des records, le risque est grand de voir l’institution devenir un simple faire-valoir, un alibi pour une République qui se passe de plus en plus de ses citoyens.

Dans ce contexte, l’élection de Claire Thoury pourrait bien être un coup de poker politique – ou le dernier souffle d’une institution en train de mourir. Une chose est sûre : la nouvelle présidente n’aura pas droit à l’erreur.


Les réactions des partis politiques

Le Parti Socialiste a salué « une avancée pour la parité et la modernisation des institutions », tout en rappelant que le Cese devait désormais prouver son utilité concrète. Europe Écologie Les Verts a pour sa part souligné que « sans pouvoir contraignant, les avis du Cese ne seront jamais que des vœux pieux ».

À l’Assemblée nationale, la commission des Finances a rappelé que le Cese devait réduire ses dépenses, évoquant des économies possibles sur les indemnités des membres. De son côté, le Rassemblement National a ironisé sur « une nouvelle instance de plus pour noyer les Français sous des rapports inutiles », tout en critiquant le coût de l’institution.

Quant au gouvernement Lecornu II, il s’est contenté d’une réponse prudente, se disant « attentif aux propositions du Cese, dans la limite des contraintes budgétaires ». Une formule qui en dit long sur les attentes – ou le manque d’attentes – placées dans les travaux de l’assemblée consultative.

À propos de l'auteur

Aurélie Lefebvre

Lassée de ne pas avoirs d'informations fiables sur la politique française, j'ai décidé de créer avec Mathieu politique-france.info ! Je m'y consacre désormais à plein temps, pour vous narrer les grands faits politique du pays et d'ailleurs. Je lis aussi avec plaisir les articles de politique locale que VOUS écrivez :)

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Commentaires (6)

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C

Crépuscule

il y a 1 jour

Ah bah voilà, encore une institution qui va être vidée de sa substance avant la prochaine élection... Comme d'hab. Les gouvernements se succèdent, les critiques aussi, mais le fond du problème reste le même : personne ne sait quoi faire de ce Cese.

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TrailBlazer

il y a 1 jour

Franchement, jsp pk on en fait tout un plat... Une femme présidente, c'est bien non ? Même si c'est pour un truc qui sert à rien, au moins ça change des mecs en costume ! Ouaiiiis !!!

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P

Prologue48

il y a 1 jour

@trailblazer Tu confonds symbolique et efficacité... Le problème du Cese, c'est pas son genre, c'est son utilité. Un machin qui coûte 100M par an pour pondre des avis que personne ne lit, c'est ça le vrai scandale. Thoury a un boulot impossible.

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K

Kaysersberg

il y a 1 jour

Encore une nomination qui sent le coup politique à plein nez... Combien ça coûte déjà, ce machin, pour faire des rapports qui finissent dans un tiroir ? Le gouvernement Lecornu a mieux à faire, genre gérer le pouvoir d'achat !

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evercurious47

il y a 1 jour

Nooooon mais c'est une blague ??? Enfin une femme à la tête d'un truc qui sert à rien... Mdrr ça fait rire. Qu'est-ce qu'elle va bien pouvoir faire de plus que les mecs avant elle ???

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Entropie

il y a 1 jour

@evercurious47 Tu généralises un peu vite non ? Le Cese a peut-être ses défauts mais c'est pas une institution inutile *a priori*. Après, est-ce que Thoury va réussir à le réformer, ça c'est une autre question...

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