Climat et pandémies : la droite nie-t-elle le lien avec les zoonoses ?

Par Aporie 16/05/2026 à 17:21
Climat et pandémies : la droite nie-t-elle le lien avec les zoonoses ?

Climat et pandémies : la droite nie-t-elle le lien avec les zoonoses ? Entre déforestation, élevage intensif et réchauffement climatique, les épidémies se multiplient. Scientifiques et ONG tirent la sonnette d’alarme.

Le réchauffement climatique, un accélérateur silencieux des pandémies

Alors que la France et l’Europe font face à une crise sanitaire persistante, marquée par l’émergence récurrente de nouvelles zoonoses, les voix critiques s’élèvent pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics. Dans un contexte où les épidémies se succèdent à un rythme inédit, les scientifiques alertent sur le rôle central de l’activité humaine dans cette prolifération. Pourtant, certains responsables politiques persistent à minimiser ce lien, voire à le nier. Une position qui interroge, alors que les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis l’an 2000, six pandémies majeures ont été recensées, contre une tous les siècles auparavant.

L’hantavirus, symptôme d’un déséquilibre écologique

C’est dans ce débat que s’inscrit la récente déclaration de Jean-Luc Mélenchon, qui a qualifié l’hantavirus de « nouvel exemple de maladie écologique ». Une affirmation qui, bien que souvent moquée par les défenseurs d’un libéralisme économique débridé, s’appuie sur des travaux scientifiques solides. Les zoonoses – ces maladies transmises de l’animal à l’homme – se multiplient en effet à mesure que les écosystèmes sont bouleversés par la déforestation, l’urbanisation massive et les pratiques agricoles intensives. Les forêts, autrefois barrières naturelles entre les réservoirs de pathogènes et les populations humaines, reculent sous la pression des mégapoles et des monocultures. Résultat : les pathogènes trouvent de nouvelles portes d’entrée, et les humains, de plus en plus exposés, deviennent les victimes collatérales d’un modèle de développement à bout de souffle.

Cette réalité n’est pas une vue de l’esprit. Une étude récente de l’INRAE souligne que « les activités économiques favorisent, en périphérie immédiate des grands centres urbains, l’émergence de microbes jusqu’alors peu ou jamais mis au contact d’humains ». Un constat qui devrait faire réfléchir ceux qui, à l’instar de certains membres du gouvernement, persistent à présenter la crise écologique comme un « luxe » réservé aux pays riches.

Le climat, un multiplicateur de risques sanitaires

Si le lien entre déforestation et zoonoses est aujourd’hui largement documenté, qu’en est-il du réchauffement climatique ? Pour l’hantavirus, les données restent limitées, mais les experts s’accordent sur un point : le dérèglement climatique agit comme un accélérateur. Loïc Epelboin, infectiologue au CHU de Cayenne, rappelle que « le réchauffement climatique provoque l’augmentation des vecteurs pour certaines maladies ». L’exemple du chikungunya en France, transmis par le moustique tigre Aedes albopictus, est emblématique. Avec des hivers de plus en plus doux et des étés toujours plus chauds, les conditions idéales pour la prolifération des moustiques sont réunies. Et le chikungunya n’est qu’un début : des bactéries comme Vibrio vulnificus, responsable de septicémies mortelles, profitent aussi de ces températures plus élevées.

Cette dynamique n’est pas anodine. Comme le souligne Serge Morand, biologiste au CNRS, « la destruction de la biodiversité et le changement climatique favorisent le passage des maladies de l’animal à l’homme ». Un phénomène que le rapport du GIEC publié en 2023 avait déjà mis en lumière, rappelant que les écosystèmes en bonne santé servent de remparts naturels contre les épidémies. Mais comment s’étonner que ces alertes soient systématiquement ignorées, alors que les lobbies industriels – qu’ils soient agricoles, pharmaceutiques ou énergétiques – pèsent de tout leur poids sur les décisions politiques ?

L’inaction politique, un terreau fertile pour les épidémies

Face à cette situation, les gouvernements successifs ont-ils pris la mesure du danger ? Rien n’est moins sûr. En France, comme dans de nombreux pays occidentaux, les politiques environnementales restent timorées, quand elles ne sont pas tout simplement contre-productives. La PAC (Politique Agricole Commune), par exemple, continue de subventionner massivement des pratiques destructrices, comme la déforestation au profit de l’élevage intensif ou des cultures OGM. Une aberration écologique, mais aussi sanitaire : l’élevage industriel est l’un des principaux vecteurs de zoonoses, comme l’a montré l’épidémie de grippe aviaire ou de coronavirus.

À l’échelle européenne, les choses ne vont guère mieux. La Hongrie de Viktor Orbán, souvent en première ligne pour bloquer les mesures ambitieuses en matière de climat ou de biodiversité, incarne cette frilosité politique. Pourtant, les solutions existent. Des pays comme la Norvège ou l’Islande ont démontré qu’il était possible de concilier développement économique et préservation des écosystèmes. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique forte, capable de résister aux pressions des multinationales – une qualité que les dirigeants français, comme leur homologue américain, semblent bien incapables de mobiliser.

La France, un pays en première ligne

Avec ses DOM-TOM, véritables laboratoires du changement climatique, la France est en première ligne face à cette crise sanitaire. Les Antilles, par exemple, subissent de plein fouet la prolifération de moustiques vecteurs de maladies comme la dengue ou le chikungunya. Une situation que les gouvernements successifs ont bien du mal à endiguer, faute de moyens suffisants et de vision à long terme. Les infrastructures sanitaires, déjà fragilisées par des années de sous-financement, sont aujourd’hui débordées.

Et que dire des territoires ultramarins où la déforestation illégale, souvent liée à l’orpaillage ou à l’exploitation minière, favorise l’émergence de nouveaux pathogènes ? Les autorités locales, sous-financées et sous-équipées, peinent à faire face. Pourtant, ces régions pourraient être des modèles en matière de gestion durable des écosystèmes. Mais pour cela, il faudrait un changement radical de paradigme, loin des logiques court-termistes qui prévalent aujourd’hui.

Le rôle des institutions internationales : entre promesses et trahisons

Si la responsabilité des États est indéniable, celle des institutions internationales l’est tout autant. L’OMS, souvent présentée comme l’autorité sanitaire mondiale, a maintes fois été pointée du doigt pour son manque de réactivité. Lors de la pandémie de Covid-19, ses hésitations et ses conflits d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques ont été largement documentés. Une situation qui n’a pas fondamentalement changé, alors que les alertes sur les maladies émergentes se multiplient.

Quant à l’Union européenne, elle peine à imposer des normes strictes en matière de biodiversité ou de climat. Pourtant, des pays comme le Japon ou le Canada montrent l’exemple en adoptant des politiques ambitieuses. Mais l’Europe, sous la pression des lobbies et des États membres les plus réticents, reste prisonnière de compromis boiteux. Comment expliquer que la Hongrie, où la corruption et la déforestation illégale prospèrent, soit toujours membre de l’UE sans que Bruxelles ne réagisse ?

Cette impuissance institutionnelle est d’autant plus préoccupante que les épidémies ne connaissent pas de frontières. Une maladie émergente en Amazonie peut, en quelques jours, se propager dans les mégapoles européennes ou asiatiques. Pourtant, les mécanismes de surveillance et de prévention restent insuffisants, voire inexistants dans de nombreuses régions du monde. Les pays les plus pauvres, déjà fragilisés par le changement climatique et la dette, sont les premières victimes de cette négligence.

Que faire face à cette crise ?

Face à l’urgence, les solutions existent, mais elles supposent un renversement complet des priorités politiques. En premier lieu, il est impératif de stopper la déforestation et l’élevage intensif, deux activités qui favorisent directement l’émergence de zoonoses. Cela passe par la fin des subventions publiques aux industries polluantes, mais aussi par l’adoption de lois strictes contre la déforestation importée, comme l’a récemment fait l’Union européenne avec son règlement sur la déforestation.

La protection des écosystèmes doit devenir une priorité absolue. Les zones humides, les forêts primaires et les récifs coralliens ne sont pas de simples « réserves naturelles » : ce sont des barrières naturelles contre les pandémies. Leur préservation doit être intégrée dans toutes les politiques publiques, qu’elles soient sanitaires, agricoles ou urbaines.

Enfin, il est urgent de renforcer les systèmes de surveillance épidémiologique, notamment dans les régions tropicales et subtropicales, où les pathogènes émergent le plus souvent. Cela suppose un financement accru de la recherche et une coopération internationale renforcée. Mais comment y parvenir, alors que les budgets alloués à la santé publique et à l’écologie fondent comme neige au soleil ?

Un modèle économique à bout de souffle

Derrière cette crise sanitaire se cache une crise plus profonde : celle d’un modèle économique basé sur l’exploitation sans limites des ressources naturelles. Les zoonoses, comme les pandémies, sont les symptômes d’un système qui a oublié les limites de la planète. Pour y remédier, il faudrait repenser radicalement notre rapport à la nature, mais aussi à la croissance.

Les pays qui ont choisi de placer l’écologie au cœur de leurs politiques – comme la Norvège ou le Costa Rica – montrent que une autre voie est possible. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique forte, capable de résister aux pressions des lobbies. Une tâche ardue, surtout dans un contexte où les gouvernements semblent plus préoccupés par les marchés financiers que par la santé des populations.

Dans ce paysage désolant, une lueur d’espoir subsiste : la mobilisation citoyenne. Partout dans le monde, des associations, des scientifiques et des citoyens se battent pour alerter sur les dangers de l’inaction climatique. En France, des collectifs comme « Alternatiba » ou « Les Soulèvements de la Terre » organisent des actions de résistance contre les projets destructeurs. Leur combat est celui de la survie : sans une planète en bonne santé, il n’y a pas de société en bonne santé.

Le choix est simple : soit nous agissons maintenant, soit nous subissons demain les conséquences d’un effondrement annoncé.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (6)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

F

FreeThinker

il y a 19 minutes

mdr ils vont encore nous sortir 'la nature se régule toute seule' comme les antivax avec les vaccins... sérieux ??? ptdr... bon allez, on retourne à nos petits steaks et nos 4x4...

0
V

val-87

il y a 57 minutes

sa veut dire quoi ces conneries ?? de la déforestation à l'élevage intensif en passant par le réchauffement, c'est notre mode de vie qui est en cause là... et personne ose le dire franchement...

0
N

Nolwenn de Nivernais

il y a 35 minutes

@val-87 Tu as raison sur le fond, mais attention à ne pas tout mélanger. Le réchauffement climatique est un accélérateur majeur, mais la déforestation et l'élevage intensif sont des problèmes en soi. 75% des nouvelles maladies infectieuses viennent des animaux selon l'OMS. C'est un sujet de santé globale, pas juste écologiste...

0
I

ironiste-patente

il y a 1 heure

Ahah... 'Le lien existe mais c’est compliqué'. Traduction : 'On va pas faire grand chose, hein ?'.

5
H

Hortense du 38

il y a 1 heure

Je ne nie pas le lien entre biodiversité et santé publique, mais franchement, réduire ça à un simple 'la droite nie' ça manque de nuances. Les zoonoses existent depuis des siècles, le vrai pb c’est l’urbanisation massive et notre rapport à la nature. On ne peut pas tout mettre sur le dos d’un seul camp politique non plus...

8
R

Résonance

il y a 1 heure

nooooon mais c’est quoi ce délire sérieu??? encore une fois on nous parle du climat comme si c’était une option!!! ptdr... et après on s’étonne que les virus nous tombent dessus comme des mouches ??? mdrl...

6
Publicité