CNC dans le collimateur du RN : la culture française sacrifiée au nom d’une idéologie ?

Par Anachronisme 18/05/2026 à 12:18
CNC dans le collimateur du RN : la culture française sacrifiée au nom d’une idéologie ?

Le RN veut supprimer le Centre national du cinéma, accusé de financer des films « trop engagés ». Mais derrière cette attaque se cache une volonté plus large : détruire un modèle culturel unique. Retour sur les enjeux d’une bataille qui dépasse le 7e art.

Le Centre national du cinéma, bouc émissaire d’une droite en quête de boucs émissaires culturels

Dans une offensive idéologique qui s’inscrit dans la lignée des attaques répétées contre les institutions culturelles jugées trop progressistes, le Rassemblement National (RN) menace de supprimer le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Une position défendue avec véhémence par le député Thomas Ménagé, qui accuse l’institution de financer des œuvres « très orientées, très wokes, très militantes ». Une rhétorique qui révèle une fois de plus la volonté de l’extrême droite de reconfigurer le paysage culturel français au mépris des réalités économiques et sociales.

Face à ces déclarations, Gaëtan Bruel, président du CNC, a réagi ce lundi 18 mai 2026 sur les ondes d’une radio publique, opposant des chiffres implacables à ce qu’il qualifie de « démagogie électorale ». « Supprimer le CNC, ce serait payer beaucoup plus pour obtenir beaucoup moins », a-t-il martelé, rappelant que l’institution, souvent réduite à son rôle de bailleur de fonds pour le cinéma, agit en réalité bien au-delà de ce périmètre.

Un modèle culturel unique en Europe, menacé par l’obscurantisme

Selon les dernières données disponibles, deux Français sur trois ont fréquenté les salles obscures en 2025, soit près de 45 millions de spectateurs. Plus de 40 % des billets achetés concernaient des films français, une part de marché « unique en Europe », souligne Bruel. Pourtant, cette vitalité du 7e art hexagonal est aujourd’hui remise en cause par une droite qui préfère diaboliser les œuvres plutôt que d’en défendre l’accès.

Le CNC, souvent réduit à sa fonction de financement des productions, ne se limite pourtant pas à cet aspect. Moins de 20 % de son budget est consacré au soutien direct aux films, rappelle son président. Le reste irrigue une filière industrielle de 260 000 emplois répartis sur l’ensemble du territoire, des tournages internationaux qui font rayonner la France, et surtout, un réseau de salles de cinéma accessible à 90 % des Français en moins de 30 minutes de trajet. Un maillage territorial que le RN, par idéologie, menace de détruire.

Parmi les exemples concrets de cette action discrète mais essentielle, Bruel cite le soutien à des séries populaires comme HPI ou Plus belle la vie, des productions qui, sans l’aide publique, n’auraient jamais vu le jour. Mais aussi l’attractivité des tournages étrangers en France : la quatrième saison de White Lotus, série phare d’HBO, est actuellement en tournage sur le sol français, générant des retombées économiques majeures pour les régions concernées.

« Sans le CNC, on va avoir du mal à garder nos 6 400 salles de cinéma. C’est grâce à lui que la France reste le troisième box-office mondial, derrière les États-Unis et la Chine, mais devant des pays comme le Japon ou l’Allemagne. »

Un modèle que le RN, par son refus de toute régulation culturelle, met délibérément en péril. Car derrière les attaques contre le « wokisme » se cache une volonté plus large : casser les mécanismes de solidarité qui permettent au cinéma français de résister face aux géants américains. Une stratégie qui, si elle aboutissait, se traduirait par une concentration accrue des écrans entre les mains des plateformes étrangères, au détriment de la diversité et de l’emploi local.

La droite et l’extrême droite, unis dans la remise en cause des politiques culturelles

Les propos de Thomas Ménagé ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une stratégie plus large de l’opposition de droite et d’extrême droite pour remettre en cause les outils publics de soutien à la culture. En ciblant le CNC, le RN rejoint les positions d’une partie de la droite classique, qui, depuis des années, milite pour une réduction drastique des dépenses culturelles au nom de la rigueur budgétaire. Pourtant, les chiffres sont têtus : chaque euro investi dans le cinéma génère entre 3 et 5 euros de retombées économiques, selon les études du ministère de la Culture.

Mais pour l’opposition, ces arguments relèvent de la « propagande étatiste ». Dans un entretien récent, un membre du groupe LR à l’Assemblée nationale a ainsi déclaré que « le CNC est un outil de contrôle idéologique, pas de soutien à l’industrie ». Une affirmation qui ignore délibérément le rôle de l’institution dans le financement de films indépendants, de documentaires engagés ou de premières œuvres, qui n’auraient aucune chance de trouver des financements privés.

Le RN, lui, va plus loin. En promettant de « rediriger ces fonds vers d’autres visions de la culture », le parti d’extrême droite laisse planer le spectre d’un financement public réservé aux seuls contenus compatibles avec sa ligne idéologique. Une dérive autoritaire qui rappelle les pires heures de l’histoire culturelle française, lorsque l’État imposait une vision unique de l’art sous l’Occupation ou dans les années 1960.

Un risque systémique pour l’industrie et les territoires

Les conséquences d’une suppression du CNC seraient immédiates et dévastatrices. D’abord pour les emplois : 260 000 postes sont directement ou indirectement liés au secteur, des techniciens aux intermittents du spectacle en passant par les salariés des salles de cinéma. Ensuite pour les territoires : de nombreuses villes moyennes et rurales doivent leur attractivité culturelle à la présence d’une salle de cinéma, souvent subventionnée. Sans le CNC, des centaines de communes pourraient se retrouver sans accès au cinéma, aggravant la fracture territoriale et sociale.

Enfin, le risque est celui d’une dépendance accrue aux plateformes étrangères. Sans soutien public, les producteurs français devraient se tourner vers les géants du streaming comme Netflix ou Amazon, qui imposent leurs règles et leurs algorithmes. Une situation qui, à terme, aboutirait à une américanisation de la culture française, avec des films formatés pour plaire à un public international, au détriment de la diversité et de la création locale.

Le CNC, par son action, permet justement d’éviter ce scénario. En soutenant des films d’auteur, des documentaires engagés ou des séries régionales, il garantit que la culture française reste un rempart contre l’uniformisation culturelle. Une mission que le RN, dans sa quête de pouvoir, semble prêt à sacrifier sur l’autel de ses obsessions idéologiques.

La riposte culturelle : un enjeu de société

Face à cette offensive, les acteurs du secteur culturel se mobilisent. Syndicats, associations de salles et réalisateurs ont lancé un appel pour défendre le CNC, soulignant que « la culture n’est pas un luxe, mais un pilier de notre démocratie ». Des manifestations sont prévues dans plusieurs villes, tandis que des pétitions circulent pour alerter l’opinion publique.

Pourtant, le débat dépasse le simple cadre de la culture. Il s’agit de choisir entre deux visions de la France : celle d’un pays ouvert, pluriel et créatif, et celle d’un pays refermé sur lui-même, où l’art serait soumis à une censure déguisée au nom d’une prétendue « neutralité ». Une neutralité qui, dans les faits, n’est qu’un masque pour imposer une ligne éditoriale unique.

Alors que le gouvernement Lecornu II tente de trouver un équilibre entre rigueur budgétaire et soutien aux politiques publiques, la question du CNC cristallise les tensions entre modernité et réaction. Une chose est sûre : si le RN parvient à ses fins, ce ne sera pas seulement le cinéma français qui en pâtira. Ce sera toute une société qui perdra l’un de ses derniers remparts contre l’obscurantisme.

Des alternatives existent, mais l’extrême droite les ignore

Plutôt que de supprimer le CNC, des solutions existent pour renforcer son efficacité tout en garantissant une plus grande transparence. Plusieurs rapports, dont celui de la Cour des comptes en 2024, ont pointé du doigt des dysfonctionnements dans la répartition des aides. Plutôt que de jeter le bébé avec l’eau du bain, pourquoi ne pas réformer le système pour le rendre plus équitable ?

Mais pour le RN, la réponse est simple : détruire avant de construire. Une stratégie qui, dans d’autres domaines, a déjà montré ses limites. Que ce soit dans la santé, l’éducation ou l’environnement, l’extrême droite préfère les solutions radicales et simplistes aux réformes structurelles. Avec le CNC, elle s’attaque à un symbole fort de l’exception culturelle française, sans proposer d’alternative crédible.

Le combat pour la défense du CNC est donc bien plus qu’une question de financement. C’est un combat pour la démocratie culturelle, pour la diversité des voix, et pour une France qui refuse de se laisser dicter sa ligne éditoriale par des idéologues en quête de pouvoir.

Face à cette menace, les citoyens, les artistes et les élus ont une responsabilité : celle de défendre bec et ongles les institutions qui font la richesse de notre pays. Parce que la culture, après tout, n’est pas un coût. C’est un investissement.

Le précédent hongrois : un avertissement pour la France

L’histoire récente de la Hongrie offre un cas d’école des dangers d’une telle dérive. Depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orbán en 2010, le pays a vu son paysage culturel se transformer radicalement. Le gouvernement hongrois a progressivement muselé les médias indépendants, supprimé des financements aux arts « subversifs » et imposé une ligne éditoriale officielle. Résultat : une chute de 40 % des entrées en salles entre 2010 et 2025, et une fuite des talents vers l’étranger.

La France, avec son modèle unique de soutien public au cinéma, a longtemps été un rempart contre de telles dérives. Mais aujourd’hui, ce modèle est menacé. Et si le RN parvient à ses fins, la France pourrait bien suivre le même chemin que la Hongrie, avec des conséquences irréversibles pour sa créativité et son rayonnement.

La question n’est donc plus de savoir si le CNC doit être réformé. La question est de savoir si la France veut continuer à être un pays où l’art et la culture restent libres, ou si elle préfère rejoindre le club des nations où la création est soumise à une idéologie d’État.

À propos de l'auteur

Anachronisme

On nous vend une modernité qui n'est qu'un retour en arrière déguisé. Destruction des services publics, casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale : tout ce que nos grands-parents ont construit est méthodiquement détruit au nom du "progrès". Je refuse cette arnaque. Mon travail consiste à rappeler d'où nous venons pour comprendre où on nous emmène. Et croyez-moi, la destination ne me plaît pas. Je continuerai à documenter ce hold-up démocratique tant que ce sera possible.

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Commentaires (4)

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C

Crépuscule

il y a 18 heures

Bon... encore une bataille idéologique qui se fait sur le dos de la culture. Vous croyez vraiment que supprimer le CNC va arrêter les films 'engagés' ? Ils vont simplement les financer ailleurs, en mode underground. L'ironie, c'est que ça va surtout faire mal aux petits budgets qui dépendent de ces aides...

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A

Alexis_767

il y a 17 heures

Ce qui est inquiétant, c'est que cette mesure s'inscrit dans une tendance plus large : la remise en cause systématique des institutions culturelles perçues comme 'élitistes'. Pourtant, le CNC est un modèle unique au monde, avec un retour sur investissement économique prouvé. Pourquoi détruire un système qui marche ? La question mérite d'être posée...

0
O

Ophélie

il y a 19 heures

Mais c'est quoi ce délire ????? Le RN veut tuer la culture maintenant ???? sa fait peurrrr.... Franchement, ils sont sérieux ??? nooooon ptdr

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P

Patrick du 67

il y a 16 heures

Le RN veut jouer les censeurs en mode amateurs. Comme d'hab. Et vous trouvez ça normal ?

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