Fabien Roussel lance un appel à la mobilisation contre la flambée des prix, évoquant un « déclassement » de la France
Dans un entretien télévisé diffusé ce vendredi 11 septembre 2026, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français et candidat à l’élection présidentielle, a tiré à boulets rouges sur la politique économique du gouvernement, accusant l’exécutif de précipiter le pays dans une crise sans précédent. Face à Francis Letellier, présentateur des « 4 Vérités », le leader de gauche a dénoncé un « déclassement » de la France, pointant du doigt les conséquences de la guerre en Ukraine et des choix budgétaires controversés du gouvernement Lecornu II.
Selon l’INSEE, la croissance française s’essouffle, le chômage repart à la hausse et la consommation des ménages s’effondre, tandis que nos voisins européens, notamment l’Allemagne et les pays nordiques, parviennent à préserver leur pouvoir d’achat. Une situation que Roussel attribue directement aux décisions hasardeuses de l’exécutif, mais aussi aux conséquences géopolitiques de la guerre en Ukraine, qui pèsent lourdement sur les finances publiques et le portefeuille des Français.
La guerre en Ukraine, bouc émissaire commode d’un gouvernement en difficulté
Pour le candidat communiste, la responsabilité de la hausse des prix de l’énergie incombe en premier lieu aux États-Unis et à leur soutien inconditionnel à Kiev, ainsi qu’à l’Union européenne, dont les sanctions contre Moscou ont privé l’Europe de ressources historiques à bas coût. « Le coût de la guerre, ce sont les six milliards supplémentaires injectés dans le budget des armées », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Le coût de la guerre, c’est le gaz russe dont nous sommes privés, et qui fait que les Français vont subir une troisième hausse du gaz en trois ans. »
Roussel a également pointé du doigt l’alignement inconditionnel de Paris sur les positions de Washington, dénonçant une diplomatie française « soumise » aux intérêts américains. « Je n’ai aucune confiance dans les États-Unis pour négocier avec Poutine », a-t-il lancé, avant de plaider pour une initiative européenne indépendante en faveur d’un cessez-le-feu. « Il faut mettre tous les moyens diplomatiques possibles pour arrêter cette guerre », a-t-il insisté, estimant que seul un retour à la paix permettrait de « retrouver des marges de manœuvre » en France.
Une position qui contraste avec la ligne officielle du Quai d’Orsay, toujours aussi ferme sur le soutien à l’Ukraine, et qui place Roussel en rupture avec une partie de la gauche, divisée sur la question ukrainienne.
Carburants à 2,20 € le litre : Roussel exige des mesures d’urgence
Le candidat communiste a réservé ses flèches les plus acérées à la hausse vertigineuse du prix des carburants, qui frôle désormais les 2,20 € le litre pour le diesel, un niveau « insupportable » pour les ménages populaires. « Des familles ont acheté une voiture diesel en pensant faire une bonne affaire, et maintenant elles paient le prix fort », a-t-il dénoncé, rappelant que les files d’attente devant les stations-service, disparues depuis des années, font leur retour dans certaines régions.
Pour y remédier, Roussel a proposé une série de mesures choc, ciblant à la fois les grands groupes pétroliers et les niches fiscales dont profitent les plus aisés. Parmi ses propositions :
- La suppression immédiate des certificats d’économie d’énergie, une taxe de 15 centimes par litre instaurée en janvier 2026, jugée « injuste » et « inefficace ».
- La baisse de la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %, ce qui ramènerait le prix du litre à 30 centimes de moins dès demain matin.
- Un encadrement strict des marges des groupes Total et Rubis, dont les profits « illégitimes » alimentent les spéculations sur le marché de l’essence.
Mais Roussel va plus loin : il menace de déclencher une mobilisation massive si le gouvernement ne cède pas sous la pression. « Si le gouvernement n’agit pas dans les jours qui viennent, j’appelle les Français à se mobiliser, comme nous l’avons fait en 2018 avec les Gilets jaunes », a-t-il lancé, avant d’appeler à des rassemblements devant les préfectures, les sous-préfectures et même l’Élysée. « N’attendez pas les élections présidentielles. C’est maintenant qu’il faut agir. »
Une stratégie risquée, alors que les appels à manifester se multiplient sur les réseaux sociaux, avec une date symbolique fixée au 17 octobre. Roussel entend pourtant devancer ce mouvement, en appelant dès le 15 septembre à une mobilisation conjointe avec les syndicats et les autres forces politiques de gauche.
Budget 2027 : le gouvernement propose des « rustines » pour les plus pauvres
Interrogé sur les pistes budgétaires dévoilées par le ministre de l’Économie, Sébastien Lecornu a évoqué deux mesures phares : la baisse de la taxe exceptionnelle sur les superprofits des grandes entreprises et un gel des retraites des plus aisés. Des annonces que Roussel a balayées d’un revers de main, dénonçant une politique « injuste et démagogique ».
« Ces mesures vont encore une fois faire payer les plus modestes et les retraités moyens », a-t-il fustigé, avant de rappeler que, selon les critères du gouvernement, un retraité touchant 3 000 € par mois est considéré comme « riche ». « Moi, je veux taxer les 1 % les plus riches », a-t-il martelé, citant en exemple le PDG de Total, Patrick Pouyanné, dont le salaire mensuel atteint 1 million d’euros, tandis que son groupe réalise 20 milliards d’euros de bénéfices en 2026.
« Ces profits sont illicites. Pouyanné devrait être devant un tribunal, pas devant ses actionnaires. » Pour Roussel, ces sommes colossales pourraient financer une baisse immédiate de la TVA sur les carburants, sans grever le budget de l’État. Une proposition qui place le candidat communiste en opposition frontale avec les milieux patronaux, mais aussi avec une partie de la gauche modérée, réticente à une fiscalité aussi ciblée sur les ultra-riches.
Une gauche divisée face à la crise sociale
Si le discours de Roussel trouve un écho certain auprès des classes populaires, il cristallise aussi les tensions au sein de la gauche française. Entre ceux qui prônent une alliance avec les écologistes et ceux qui rejettent toute compromission avec le centre, le paysage politique semble plus fragmenté que jamais.
Les appels à l’union, lancés par Roussel, peinent à convaincre. Les syndicats, divisés entre la CGT, proche du PCF, et la CFDT, plus réformiste, hésitent à s’engager dans une mobilisation qui pourrait rapidement échapper à leur contrôle. Quant aux autres formations de gauche, comme le Parti socialiste ou LFI, elles oscillent entre soutien critique et distance prudente, de peur de se faire voler la vedette par un Roussel en pleine ascension dans les sondages.
Pourtant, la colère sociale est palpable. Les prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des loyers continuent de flamber, tandis que le gouvernement, accaparé par les débats budgétaires, semble sourd aux revendications des Français. Dans ce contexte, l’appel à la mobilisation lancé par Roussel pourrait bien sonner comme un électrochoc, ou au contraire, s’essouffler avant même d’avoir commencé.
Et maintenant ? La France à un carrefour
Avec une inflation qui dépasse les 6 % et un pouvoir d’achat en berne, les Français n’ont plus les moyens d’attendre. La question n’est plus de savoir qui a raison, mais bien de savoir qui osera agir. Le gouvernement Lecornu II, aux abois, tente de sauver les meubles avec des mesures cosmétiques, tandis que la gauche, dans son ensemble, peine à proposer un front commun.
Dans ce paysage politique troublé, Fabien Roussel se positionne en héraut d’une France en colère, prête à en découdre avec les élites économiques et politiques. Son appel à la mobilisation sonne comme un avertissement : si rien ne change, le pays pourrait basculer dans une crise sociale d’une ampleur inédite depuis 2018. Et cette fois, les Gilets jaunes ne seront peut-être plus les seuls à descendre dans la rue.
La balle est désormais dans le camp des Français. Et dans celui du gouvernement, qui a jusqu’à la fin du mois pour éviter l’embrasement.
Les réactions de la classe politique
Si Roussel a reçu le soutien de certains maires communistes et d’associations de consommateurs, ses propositions ont également suscité des critiques acerbes. À droite, on lui reproche son « populisme économique » et son refus de voir les réalités géopolitiques. « Taxer les pétroliers, c’est prendre le risque de voir les investissements s’envoler », a réagi un député LR, sous couvert d’anonymat. À l’extrême droite, Marine Le Pen a tenté de capitaliser sur la crise, appelant à une « révolte fiscale » contre Bruxelles, sans pour autant proposer de mesures concrètes.
Quant à l’Élysée, on minimise les propos de Roussel, les qualifiant de « rhetorique de meeting ». Pourtant, dans les couloirs de Matignon, l’inquiétude est palpable. Les sondages donnent désormais Roussel en tête de la gauche pour 2027, et certains conseillers craignent que ses propositions ne séduisent bien au-delà des rangs communistes.
Une chose est sûre : dans les semaines à venir, la France va vivre des heures décisives. Entre la menace d’une nouvelle crise sociale et les divisions de la classe politique, le pays semble plus que jamais à la croisée des chemins.