Une mobilisation lycéenne instrumentalisée par l’extrême gauche, selon le Rassemblement National
Depuis plus d’une semaine, les établissements scolaires français sont le théâtre de mouvements de contestation massifs, portés par des lycéens en colère contre les conditions de scolarité et les lacunes de l’Éducation nationale. Pourtant, pour la présidente du groupe Rassemblement National au Sénat, Edwige Diaz, ces manifestations ne seraient qu’un prétexte pour des groupes politiques radicaux cherchant à déstabiliser le pays.
Des revendications légitimes, mais une récupération dangereuse, assure-t-elle. « Les problèmes de surcharge des classes et de remplacements de professeurs absents sont réels, et nous les avons maintes fois dénoncés », rappelle-t-elle, évoquant son passé de députée de Gironde. « Mais ce qui pose question, c’est la mainmise de l’extrême gauche sur ce mouvement. On l’a vu avec les Gilets jaunes, puis les retraites, et aujourd’hui les lycéens : ces groupes savent s’infiltrer dans les luttes sociales pour en faire des instruments de chaos. »
Pour étayer son propos, elle cite les déclarations de Sébastien Lecornu, Premier ministre, qui évoquait hier à l’Assemblée nationale un « projet politique de La France Insoumise visant à bordéliser le pays ». Une analyse que partage Edwige Diaz, tout en pointant du doigt le laxisme judiciaire et la complaisance des autorités face à ces dérives.
Des violences policières ? Une « fake news » selon la sénatrice RN
Les images de heurts entre manifestants et forces de l’ordre, parfois violents, ont alimenté un débat national sur l’usage de la répression. Mais pour la dirigeante d’extrême droite, il n’y a pas matière à s’alarmer : « Il n’y a pas de répression policière », affirme-t-elle avec véhémence. « Au contraire, nos policiers sont des héros qui œuvrent dans des conditions extrêmement difficiles, sans soutien de leur hiérarchie et sous les attaques incessantes d’une extrême gauche qui vomit la police. »
Elle dénonce une « diabolisation systématique » des forces de l’ordre, qu’elle accuse de manquer de fermeté face à des « délinquants » infiltrés dans les rangs des manifestants. « Ce ne sont pas des lycéens qui cassent, brûlent et insultent la police, ce sont des criminels qui veulent casser la société. Et à force de ne pas les sanctionner, on donne une légitimité à ces agissements. »
Ses propos interviennent alors que plusieurs enquêtes sont en cours, notamment après des accusations d’agressions sexuelles par des policiers sur des manifestantes, ou encore l’utilisation controversée de grenades lacrymogènes ayant blessé gravement un adolescent. Des cas qui, selon elle, « décrédibilisent l’ensemble du mouvement ».
Donald Trump et l’immigration : une analyse « irresponsable »
La crise sociale a même dépassé les frontières françaises. L’ancien président américain Donald Trump a récemment déclaré que « l’islam et l’immigration étaient responsables » du mouvement lycéen en France. Une prise de position qui a suscité l’indignation. « Moi, je laisse Donald Trump à ses propos », rétorque Edwige Diaz, visiblement agacée. « En tant que responsable politique française, je préfère me concentrer sur des solutions concrètes. »
Parmi elles, le rétablissement strict du principe du « casseur-payeur », qu’elle oppose à l’actuelle « culture du bosseur-payeur ». Un système, selon elle, qui pénalise doublement les familles : d’abord par la dégradation des établissements scolaires, ensuite par le coût des réparations supporté par les contribuables. « Certaines collectivités refusent de porter plainte ou de se constituer partie civile, alors qu’elles devraient le faire. Résultat, les parents doivent garder leurs enfants, les élèves perdent des jours de cours, et l’État ne sanctionne personne. C’est une aberration. »
Propositions choc : allocations familiales suspendues et autorité rétablie
Pour endiguer la crise, Edwige Diaz et son parti prônent une réponse autoritaire : plus de professeurs dans les établissements, rétablissement de l’autorité des enseignants, et sanctions immédiates envers les familles défaillantes. « Dans certains cas, il faut savoir suspendre les allocations familiales », martèle-t-elle. Une mesure radicale, déjà proposée par le RN sous forme de loi, mais rejetée par la majorité présidentielle.
Interrogée sur le contre-budget présenté hier par Marine Le Pen, qui prévoit 140 milliards d’économies en cinq ans et une baisse d’impôts de 30 milliards, elle balaie les critiques de Jean-Luc Mélenchon. « Si les socialistes n’avaient pas sauvé le gouvernement l’an dernier, nous aurions pu préserver 4 000 postes d’enseignants », explique-t-elle. « Quant à Mélenchon, ses leçons d’économie sont risibles. Les Français savent pertinemment que son programme serait un désastre pour le pouvoir d’achat et la stabilité du pays. »
Marine Le Pen, quant à elle, a qualifié ce budget de « cure de redressement, pas d’austérité ». Une nuance que sa collègue au Sénat reprend à son compte : « La dette explose, la croissance est surestimée, et le gouvernement ment aux Français depuis des années. Il est temps d’assumer un discours de vérité. »
Un mouvement lycéen sous influence : entre colère sociale et instrumentalisation politique
Si les revendications des lycéens – surcharge des classes, manque de professeurs, conditions d’études dégradées – sont largement partagées, le mouvement a rapidement été phagocyté par des groupes radicaux. Des collectifs d’extrême gauche, des syndicats étudiants proches de La France Insoumise, et même des militants anti-système ont investi les cortèges, transformant des protestations initialement pacifiques en émeutes urbaines.
Des scènes de violence ont éclaté dans plusieurs villes, avec des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, des dégradations de biens publics, et des tensions communautaires exacerbées. À Perpignan, une enquête a été ouverte après qu’un policier a été accusé de tenir des propos racistes et sexistes envers des élèves. À Paris, des images ont montré des adolescents encerclant des enseignants pour les empêcher d’accéder à leur établissement. À Lyon, un lycéen a été grièvement blessé par un tir de lance-grenade.
Face à cette escalade, le Premier ministre Sébastien Lecornu a parlé d’« ultraviolence ayant frappé à la porte des lycées », tandis que des associations dénonçaient un « déni de démocratie » dans la gestion de la crise.
Pourtant, pour Edwige Diaz, ces incidents ne sont que la conséquence d’un manque de fermeté de l’État. « Le gouvernement a laissé faire, et maintenant ils pleurent. Ils parlent de démocratie interne, mais quid des professeurs remplacés ? Quid des élèves entassés dans des classes surchargées ? La vraie démocratie, c’est d’abord garantir un enseignement de qualité à tous les enfants de France. »
Une crise révélatrice des failles de l’Éducation nationale
Derrière les slogans et les violences, se cache une réalité plus profonde : l’effondrement du service public d’éducation. Depuis des années, les suppressions de postes, le manque de moyens, et la précarisation du métier d’enseignant ont creusé un fossé entre les attentes des familles et la réalité des établissements.
En 2025, près de 12 % des postes d’enseignants étaient non pourvus, selon les chiffres du ministère. Dans les zones rurales et les quartiers populaires, la situation est encore plus critique : des classes de 35 élèves, des professeurs absents pendant des semaines sans solution de remplacement, et des locaux insalubres. Une situation qui pousse les familles à se tourner vers le privé ou à déscolariser leurs enfants.
« Nous avons alerté à maintes reprises, mais le gouvernement a préféré ignorer ces alertes », rappelle Edwige Diaz. « Aujourd’hui, avec notre contre-budget, nous proposons de redonner des moyens à l’Éducation nationale, mais aussi de sanctionner ceux qui sabotent le système. Un élève qui bloque une école, un parent qui ne fait pas respecter l’autorité, un professeur qui abandonne son poste : tous doivent être tenus pour responsables. »
Le Rassemblement National mise sur la fermeté pour séduire l’électorat
Alors que les tensions sociales s’exacerbent et que la gauche se fragmente, le RN voit dans cette crise une opportunité de renforcer son discours sécuritaire et anti-système. Marine Le Pen, qui a récemment présenté son contre-budget, mise sur un électorat déçu par la gestion macroniste et en quête de solutions radicales.
« Notre budget n’est pas un budget d’austérité, c’est un budget de bon sens », avait-elle déclaré lors d’une conférence de presse. « La Macronie a menti sur la croissance, sur la dette, sur le déficit. Il est temps de rétablir la vérité et de protéger les Français. »
Des propositions qui séduisent une partie de l’opinion publique, lassée par les promesses non tenues et les réformes inabouties. Pourtant, pour ses détracteurs, ces mesures relèvent davantage d’une stratégie électorale que d’une véritable volonté de résoudre la crise éducative.
Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise, a d’ailleurs fustigé un « programme dangereux » qui, selon lui, « aggraverait les inégalités et précariserait encore davantage les familles ». « Plutôt que de sanctionner les pauvres, le RN devrait proposer des investissements massifs dans l’éducation et la jeunesse », a-t-il réagi sur les réseaux sociaux.
Une jeunesse en colère, mais divisée
Malgré les violences, une partie des lycéens reste mobilisée pour des revendications purement sociales. Des témoignages recueillis dans les cortèges révèlent une colère sincère et une frustration légitime. « On nous parle sans cesse d’égalité des chances, mais comment étudier dans ces conditions ? », s’insurge une élève de Seine-Saint-Denis. « Les profs sont épuisés, les salles de classe sont des taudis, et on nous demande de nous taire. »
Pourtant, ces mêmes jeunes dénoncent aussi l’instrumentalisation de leur mouvement. « Certains adultes nous poussent à faire n’importe quoi, juste pour leurs intérêts politiques », confie un lycéen du 93. « Moi, je veux juste étudier, pas casser. »
Une dichotomie que reflète l’absence de leadership clair au sein de la mobilisation. Les syndicats lycéens, divisés entre modérés et radicaux, peinent à canaliser la colère. Quant aux partis politiques, ils se livrent une bataille sans merci pour récupérer ce mouvement à leur profit.
Dans ce contexte, la question se pose : la France est-elle en train de vivre une nouvelle crise des Gilets jaunes, mais cette fois-ci centrée sur l’éducation ?
Une chose est sûre : sans réponse rapide et crédible de l’État, le risque d’embrasement social reste élevé. Et alors que le gouvernement semble paralysé, une partie de la classe politique, à commencer par le Rassemblement National, mise sur la radicalisation des débats pour gagner en influence.
Une stratégie risquée, qui pourrait bien se retourner contre ses auteurs si la colère des lycéens, aujourd’hui exploitée, venait à se retourner contre ceux qui l’ont instrumentalisée.