Culture française en danger : Toubon appelle à l’union face à la marchandisation

Par SilverLining 03/06/2026 à 18:16
Culture française en danger : Toubon appelle à l’union face à la marchandisation

Jacques Toubon, figure de l’exception culturelle française, alerte sur sa disparition face aux géants du numérique et aux monopoles médiatiques. Son appel à une alliance politique pour la sauver tombe à pic en pleine crise démocratique.

L’héritage Chirac défendu par Toubon face à l’offensive libérale

Dans un contexte de concentration sans précédent des industries culturelles, l’ancien ministre de la Culture Jacques Toubon, figure historique du Rassemblement pour la République (RPR) et proche de Jacques Chirac, alerte sur les menaces qui pèsent sur l’exception culturelle française. Depuis son passage au gouvernement entre 1993 et 1995 sous Édouard Balladur, où il a joué un rôle clé dans la défense du principe d’exception culturelle lors des négociations du GATT, Toubon n’a cessé de militer pour que la culture ne soit pas réduite à une simple marchandise. Aujourd’hui, alors que les géants du numérique et les multinationales s’immiscent toujours plus dans la production artistique, l’ancien Défenseur des droits (2014-2020) appelle à une alliance politique inédite pour préserver la diversité culturelle.

Une exception culturelle en sursis face à la mondialisation

L’exception culturelle, concept forgé pour protéger les secteurs artistiques des logiques de marché, est aujourd’hui sous pression. Les plateformes de streaming, les fusions entre groupes médiatiques et l’influence croissante des algorithmes étrangers menacent le pluralisme et la création française. « Le temps est venu de faire une alliance politique pour reconstruire l’exception culturelle », a-t-il déclaré lors d’un entretien exclusif. Pour Toubon, cette défense ne peut plus se limiter à des déclarations d’intention : elle exige une mobilisation coordonnée des acteurs publics et privés, ainsi qu’une volonté politique forte.

Parmi les menaces identifiées, la concentration des médias en France – où quelques groupes contrôlent désormais l’essentiel de la presse, de l’audiovisuel et de l’édition – pose un risque majeur pour le débat démocratique. Selon des rapports récents, trois conglomérats seulement détiennent plus de 60 % des parts de marché dans ces secteurs. Cette situation, couplée à la domination des plateformes américaines et asiatiques, fragilise la production locale et réduit la place des voix indépendantes.

« La culture n’est pas un produit comme les autres. Elle est le socle de notre identité collective. Sans des règles strictes, ce sont les logiques de profit qui dicteront ce que nous voyons, lisons ou écoutons. »

Le rôle central de l’État face à l’érosion des valeurs républicaines

Face à ce constat, Jacques Toubon dénonce l’inaction des gouvernements successifs, qu’ils soient de droite ou de gauche. « Les gouvernements de droite ont souvent cédé aux pressions des lobbies économiques, tandis que la gauche, divisée sur les questions culturelles, n’a pas su proposer de vision cohérente », analyse-t-il. Pourtant, la défense de l’exception culturelle pourrait constituer un point de ralliement pour des forces politiques souvent opposées.

Dans ce contexte, l’Union européenne apparaît comme un rempart essentiel. Les directives adoptées ces dernières années, comme la loi européenne sur les services numériques (DSA) ou le règlement sur la transparence des algorithmes, offrent des outils pour encadrer l’influence des géants du numérique. « Sans l’UE, la France serait seule face à des multinationales bien plus puissantes. Il faut renforcer ces mécanismes et les étendre à d’autres pays européens », plaide Toubon. Une position qui s’inscrit dans la ligne d’une Europe souveraine, capable de résister aux pressions américaines et chinoises.

Une alliance politique pour quel projet ?

L’appel de Jacques Toubon intervient à un moment où la crise de représentation touche particulièrement le secteur culturel. Les artistes, les créateurs et les citoyens s’interrogent sur la place que leur accorde une société de plus en plus tournée vers le profit. Pour l’ancien ministre, une telle alliance devrait reposer sur trois piliers :

  • Un renforcement des financements publics pour les secteurs fragiles (cinéma indépendant, théâtre, musique classique) ;
  • Des règles strictes contre les monopoles médiatiques, inspirées des modèles nordiques ;
  • Une fiscalité incitative pour les entreprises qui investissent dans la création locale.

Pourtant, les obstacles restent nombreux. La montée de l’extrême droite, qui instrumentalise parfois les questions identitaires au détriment du pluralisme, et la dérive sécuritaire qui menace les libertés artistiques compliquent toute initiative transversale. « Il faut dépasser les clivages traditionnels. La défense de la culture n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est une question de survie démocratique », martèle Toubon.

Vers un nouveau modèle culturel européen ?

L’exception culturelle française, souvent présentée comme un modèle, pourrait inspirer une approche plus large au niveau continental. Plusieurs pays nordiques, comme la Norvège ou l’Islande, ont déjà mis en place des systèmes de financement public ambitieux pour soutenir leurs industries culturelles. « La France a un rôle à jouer pour fédérer ces initiatives et construire une réponse européenne face à la domination des géants américains et chinois », souligne Toubon.

Cependant, cette ambition se heurte à la réalité des divisions internes à l’UE. Certains États membres, comme la Hongrie ou la Pologne, rejettent les principes de pluralisme et de liberté de création, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, privilégient une approche plus libérale. Dans ce paysage fragmenté, la France pourrait devenir un leader naturel en matière de politique culturelle, à condition de surmonter ses propres contradictions.

L’enjeu est double : préserver la souveraineté culturelle française tout en proposant une vision européenne. Pour Jacques Toubon, le moment est venu d’agir. « Si nous échouons à nous unir aujourd’hui, demain, ce ne sera plus la culture française qui sera menacée, mais la démocratie elle-même. »

Les défis immédiats : entre répression et résistance

Alors que le gouvernement Lecornu II peine à trouver une réponse claire aux crises des services publics et à la crise des finances publiques, la question culturelle semble reléguée au second plan. Pourtant, elle est indissociable des grands débats de société. Comment concilier souveraineté culturelle et ouverture au monde ? Comment protéger les artistes des pressions économiques sans tomber dans l’isolement ?

Les récents épisodes de canicule en France ont rappelé l’importance des médias dans la diffusion d’informations vitales. Pourtant, les rédactions sont de plus en plus fragilisées par la baisse des recettes publicitaires et la concentration des actionnaires. « Une société sans culture est une société sans âme. Et une société sans âme est une société sans avenir », avertit Toubon.

Face à ces défis, l’ancien Défenseur des droits appelle à une mobilisation citoyenne. « La défense de l’exception culturelle ne peut plus être l’affaire de quelques-uns. Elle doit devenir une priorité pour tous ceux qui croient en la démocratie. »

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (3)

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F

FXR_569

il y a 1 minute

Toubon a raison de sonner l’alarme. L’exception culturelle française, c’est 1959 et la création du ministère de la Culture sous Malraux. Depuis, on a vu Netflix devenir le premier distributeur de films en France, avec 40% de parts de marché. Les géants du numérique ne respectent rien, même pas nos quotas de diffusion. Et les monopoles médiatiques, comme Bolloré ou Niel, font passer leurs intérêts avant l’intérêt général. La solution ? Une alliance transversale, oui, mais avec des moyens concrets : fiscalité différenciée pour les plateformes, soutien renforcé aux créateurs indépendants, et surtout, une régulation européenne qui ne soit pas une coquille vide. Parce que sans ça, dans 20 ans, il ne restera que des usines à contenus formatés pour les algorithmes.

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A

Anamnèse

il y a 45 minutes

Quand l’exception culturelle devient un produit de consommation, elle n’existe plus.

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C

corte

il y a 1 heure

nooooon mais c’est pas possible ça !!! ils vont nous la tuer la culture française à force de tout vendre à des mecs de la silicon valley… ptdr c’est triste…

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