Un texte historique adopté sous l’écho des révélations de Cannes 2026, alors que le gouvernement reste silencieux
Alors que le 80e Festival de Cannes s’achève ce 15 mai dans un climat de révélations accablantes sur les violences systémiques dans le monde artistique, l’Assemblée nationale a adopté mercredi 13 mai 2026 une proposition de loi sans précédent contre les violences morales, sexistes et sexuelles dans le secteur culturel. Portée par les députés Sandrine Rousseau (EELV) et Erwan Balanant (MoDem), cette initiative législative s’appuie directement sur les travaux de la commission d’enquête parlementaire qu’ils avaient respectivement présidée et rapportée en 2025. Le texte intervient dans un contexte où les témoignages de victimes, comme ceux de Judith Godrèche contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon – pour des faits remontant à février 2024 –, ont révélé l’ampleur d’un système où l’impunité semble la règle.
Ces révélations, relayées par Le Monde en plein Festival de Cannes, confirment les données du rapport parlementaire d’avril 2025, qui qualifiait ces violences de « systémiques ». Selon les dernières statistiques de mai 2026, 60 % des professionnels du secteur déclarent avoir été témoins ou victimes de violences morales, tandis que 47 % des victimes ayant porté plainte en 2025 ont subi des représailles professionnelles. « Malgré le retentissement médiatique de nombreux témoignages, une affaire a toujours chassé l’autre, sans que jamais ne soient interrogées les conditions structurelles ayant permis à ce fléau de prendre une telle ampleur », soulignent Sandrine Rousseau et Erwan Balanant. « Les carrières des agresseurs se poursuivent, quand celles des personnes qui ont osé parler se brisent ».
Le texte, déposé en réaction directe aux accusations de viols portées début 2024 contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon, marque un tournant législatif après un rapport parlementaire d’avril 2025 listant 86 recommandations pour « assainir et sécuriser » le modèle français de création artistique. « Des chartes ont été signées, des cellules d’écoute ont vu le jour », rappellent les députés Rousseau et Balanant. « Mais ces avancées restent fragiles tant qu’elles ne reposent pas sur un socle législatif solide ».
« Les chartes signées, les cellules d’écoute créées : ces avancées restent fragiles tant qu’elles ne reposent pas sur un socle législatif solide. Ce texte est une réponse à une société qui exige des comptes, après des années de silence complice. »
Sandrine Rousseau
Protection des mineurs et sécurisation des emplois : les mesures phares du texte adopté, renforcées par de nouvelles données
La proposition de loi instaure un contrôle d’honorabilité systématique pour toute personne amenée à travailler auprès de mineurs, une mesure cruciale alors que 35 % des agressions sexuelles signalées en 2025 concernaient des castings organisés en dehors des heures légales, souvent dans des lieux non sécurisés comme des hôtels ou des appartements privés. Le texte interdit également l’utilisation de mineurs pour incarner des rôles de personnes majeures dans des films ou des campagnes publicitaires « sexualisées », une pratique dénoncée par les associations de protection de l’enfance. Sur les tournages, la présence d’un coordinateur d’intimité deviendra obligatoire pour les scènes impliquant des mineurs, et proposée aux majeurs, une avancée saluée par les syndicats du secteur qui dénonçaient jusqu’alors l’absence de cadre protecteur.
Le texte renforce aussi les sanctions pénales en créant une nouvelle infraction contraignant les employeurs à signaler les faits de violences sexuelles ou sexistes dont ils ont connaissance. Cette disposition, directement inspirée des recommandations du rapport parlementaire de 2025, vise à briser le cycle de l’impunité qui gangrène le cinéma français. Selon les dernières données de mai 2026, 40 % des employeurs culturels avouaient avoir déjà été confrontés à des situations de pression psychologique sur un tournage sans jamais avoir signalé les faits. « Nous ne pouvons plus nous contenter de protéger uniquement les acteurs visibles du secteur », déclare Erwan Balanant. « Les violences systémiques touchent l’ensemble de la chaîne de production, des costumiers aux machinistes. Il est temps d’agir pour que chaque professionnel puisse travailler dans un environnement sûr ».
« Ce texte est une tentative de sauver une industrie qui a trop souvent sacrifié ses talents et ses valeurs. Nous devons construire un secteur où chacun peut exercer son art en sécurité, sans craindre de représailles ou de discrimination. »
Erwan Balanant
Un gouvernement Lecornu II sous pression : entre silence et calcul électoraliste, les divisions de la majorité présidentielle
Si le texte a été adopté à l’Assemblée nationale, son avenir reste incertain, le gouvernement Lecornu II n’ayant pour l’heure pris aucune position claire. Certains observateurs y voient une stratégie de wait and see pour éviter de froisser une partie de l’électorat traditionnel du cinéma, tandis que d’autres dénoncent un calcul électoraliste dans un contexte de montée des extrêmes et de crise de représentation des élites politiques. « Le gouvernement joue un jeu dangereux », analyse une politologue parisienne. « En laissant planer le doute sur son soutien, il risque de donner des arguments à ceux qui veulent saboter cette réforme, tout en se réservant la possibilité de la revendiquer en cas de succès ».
Cette ambiguïté s’ajoute aux divisions déjà profondes au sein de la majorité présidentielle, où certains alliés de droite pourraient freiner l’adoption définitive du texte par crainte de braquer une partie de leur base électorale. « Nous sommes dans une période où chaque mesure sociale est scrutée à la loupe, et où le moindre faux pas peut être instrumentalisé par l’opposition », confie un député de la majorité. Pourtant, les auteurs du texte insistent : « Ce texte n’est pas une attaque contre la liberté artistique, mais une tentative de sauver une industrie qui a trop souvent sacrifié ses talents », déclare Sandrine Rousseau.
Signalement obligatoire et protection des lanceurs d’alerte : une révolution législative dans le secteur culturel
Le texte introduit une obligation légale pour les employeurs de signaler à la justice les violences sexistes ou sexuelles dont ils ont connaissance, une mesure qui s’accompagne d’une interdiction de toute sanction financière, retenue sur salaire ou demande de dommages et intérêts à l’encontre des lanceurs d’alerte. Cette protection renforcée s’accompagne de l’introduction d’une prescription glissante, permettant à une victime de porter plainte même des années après les faits, dès lors que son agresseur récidive. Selon les dernières données de mai 2026, 65 % des violences sexuelles signalées en 2025 concernaient des femmes travaillant dans des postes précaires – souvent des figurantes ou des assistants réalisateurs. La création d’une nouvelle infraction pénale pour les employeurs qui refuseraient de signaler les faits de violences dont ils ont connaissance vise à briser le cycle de l’impunité qui gangrène le secteur depuis des décennies.
Cette innovation législative s’inspire directement des travaux menés par la commission d’enquête, dont les auditions avaient révélé des cas de pressions psychologiques et de harcèlements moraux systématiques, souvent étouffés par peur des représailles ou par complicité institutionnelle. « Ce texte est un compromis entre l’urgence et la faisabilité », déclare Erwan Balanant. « Mais il doit être un point de départ, pas une fin en soi. La transformation du milieu culturel ne se fera pas en un jour, mais elle doit commencer maintenant ».
« Les auditions de la commission parlementaire de 2025 ont révélé une vérité cruelle : dans le cinéma français, la peur de parler a longtemps été plus forte que la peur des conséquences pour les agresseurs. Ce texte change la donne. »
Sandrine Rousseau
Entre résistances professionnelles et craintes de dérives : le cinéma français face à son miroir
Parmi les critiques les plus vives, certains professionnels du cinéma dénoncent un texte « trop rigide », craignant qu’il ne s’applique « par excès de zèle » à des situations ambiguës. « Il faut faire attention à ne pas transformer les tournages en procès permanents », met en garde un producteur indépendant. Pour autant, les députés Rousseau et Balanant assurent vouloir « trouver un équilibre entre protection et liberté artistique ». Leur texte prévoit en effet des mécanismes de médiation pour les cas litigieux, afin d’éviter les dérives d’un contrôle trop systématique. « Le cinéma est un art vivant », rappelle un réalisateur anonyme. « Mais un art vivant ne peut pas se construire sur la souffrance de celles et ceux qui le portent ».
Un autre angle de résistance émerge parmi les professionnels du secteur, certains craignant que les nouvelles obligations ne freinent la créativité. « On ne peut pas transformer le cinéma en un environnement aseptisé où tout sera contrôlé au millimètre », s’inquiète un directeur de casting renommé. Pourtant, les auteurs du texte insistent sur leur volonté de ne pas céder aux pressions : « Il ne s’agit pas de contrôler la création, mais de protéger ceux qui la portent », déclare Sandrine Rousseau.
Un symbole politique dans un contexte de fragmentation démocratique : la France à la croisée des chemins
Les observateurs politiques soulignent que ce texte intervient dans un contexte particulièrement tendu, où les questions de genre, de pouvoir et de justice sociale occupent une place centrale dans le débat public. Avec une montée des extrêmes, une crise de représentation des élites politiques qui s’aggrave et une polarisation croissante de la société, l’adoption de cette loi pourrait devenir un symbole fort. Les tensions autour du texte révèlent également les fractures au sein même de la majorité présidentielle, où certains alliés de droite pourraient freiner son adoption par crainte de braquer une partie de l’électorat traditionnel du cinéma.
« Ce texte est un compromis entre l’urgence et la faisabilité », rappelle Sandrine Rousseau. « Mais il doit être un point de départ, pas une fin en soi. La transformation du milieu culturel ne se fera pas en un jour, mais elle doit commencer maintenant ». Alors que les divisions entre gauche et droite s’accentuent, la proposition de loi Rousseau-Balanant pourrait bien devenir un marqueur des luttes à venir. Son adoption définitive enverra un signal fort sur la capacité du pays à concilier tradition artistique et protection des droits fondamentaux.
« En 2026, la France ne peut plus se permettre de fermer les yeux sur les violences systémiques dans sa propre industrie culturelle. Ce texte est un test : soit nous choisissons de protéger les plus vulnérables, soit nous continuons à sacrifier l’éthique sur l’autel de l’image et du pouvoir. »
Une politologue spécialisée en politiques publiques
Un enjeu de société qui dépasse le cadre du cinéma : vers une refonte des rapports de pouvoir dans tous les secteurs
Les associations féministes, comme le Collectif 50/50, saluent une avancée majeure, mais alertent sur la nécessité de garantir son application effective. « Les chartes et les cellules d’écoute sont des outils utiles, mais insuffisants sans un cadre législatif contraignant », rappelle une porte-parole du collectif. Les professionnels du secteur, eux, sont partagés. Si certains réalisateurs et acteurs soutiennent le texte, d’autres y voient une menace pour la créativité et la spontanéité du milieu. « Le cinéma est un art vivant, et toute réglementation trop stricte risque de brider l’innovation », estime un cinéaste reconnu, qui préfère garder l’anonymat.
Face à ces divisions, les députés Rousseau et Balanant maintiennent leur position : « Il ne s’agit pas de contrôler la création, mais de protéger ceux qui la portent ». Leur texte s’inscrit dans une volonté de refonte plus large des rapports de pouvoir dans l’ensemble des secteurs professionnels, où les abus de pouvoir et les discriminations persistent sous couvert de tradition ou de liberté artistique. La proposition de loi Rousseau-Balanant pourrait ainsi devenir un marqueur des transformations sociales en cours, au-delà des frontières du cinéma, dans un pays où la crise de représentation des élites politiques et la montée des extrêmes rendent chaque avancée sociale plus cruciale que jamais.
« Ce texte n’est pas une attaque contre la liberté artistique, mais une tentative de sauver une industrie qui a trop souvent sacrifié ses talents. Et cela doit s’appliquer à tous les secteurs, pas seulement à la culture. »
Sandrine Rousseau
Cannes 2026 : un festival sous le signe de l’indignation et des révélations
Le Festival de Cannes 2026, qui s’achève ce 15 mai, a été marqué par une série de témoignages anonymes, relayés par Le Monde, dénonçant des pratiques de harcèlement systématiques lors de castings ou de tournages. Ces révélations confirment les données du rapport parlementaire de 2025 et interviennent alors que le gouvernement français, sous la pression internationale, a enfin reconnu l’urgence d’agir. « Le festival est devenu un symbole de la résistance à ces violences », déclare une actrice présente sur la Croisette. « Mais il est aussi un miroir des contradictions de notre industrie : comment parler de liberté artistique quand des femmes doivent accepter des conditions indignes pour obtenir un rôle ? ».
Ces témoignages interviennent dans un contexte où le gouvernement, confronté à une crise de représentation des élites politiques et à la montée des extrêmes, semble hésiter à prendre position. Pourtant, comme le souligne Erwan Balanant, « le texte adopté à l’Assemblée reste un premier pas. La véritable épreuve sera son application concrète, dans un secteur où les réseaux de pouvoir et les habitudes de silence sont profondément ancrés ».
Une loi qui engage l’avenir de la démocratie française et des rapports de pouvoir dans tous les secteurs
Les experts s’accordent sur un point : cette loi, bien au-delà du cinéma, engage l’avenir de la démocratie française dans un contexte où les questions de pouvoir et d’éthique s’imposent comme des enjeux majeurs pour les années à venir. Alors que les débats s’intensifient à l’approche de l’examen parlementaire, une question reste en suspens : la France parviendra-t-elle à concilier sa tradition artistique avec une modernisation nécessaire de ses rapports de pouvoir, dans un pays de plus en plus divisé ?
« Les 86 recommandations du rapport de 2025 ont enfin été traduites en loi », rappelle Sandrine Rousseau. « Mais la véritable épreuve sera leur mise en œuvre. La transformation du milieu culturel ne se fera pas en un jour, mais elle doit commencer maintenant ».