Plaider-coupable criminel : Darmanin enterre définitivement les crimes sexuels et les assises sous la pression des avocats et des féministes
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a confirmé mardi 13 mai 2026 un revirement spectaculaire en excluant tous les crimes sexuels, y compris les viols, ainsi que l’ensemble des infractions passibles de la cour d’assises de son projet de plaider-coupable criminel (PJCR). Cette décision, actée après des semaines de mobilisation sans précédent, intervient alors que le gouvernement reconnaissait publiquement l’absence de soutien parlementaire pour son texte initial. Les syndicats de magistrats, les associations féministes et la grève historique des avocats ont forcé l’exécutif à reculer sur une réforme jugée expéditive et attentatoire aux droits des victimes.
« Je pense que c’est le rôle d’un homme politique d’évoluer et de proposer un compromis. Avec les avocats, nous avons discuté pour dire que nous devions restreindre très fortement le plaider-coupable. »
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, sur France Inter (13 mai 2026)
Le ministre a justifié cette volte-face par l’impossibilité de faire adopter son texte « telle qu’elle est écrite », reconnaissant avoir été sensible aux « interpellations sincères » sur la nécessité de préserver les procès publics pour les crimes les plus graves. « Nous avons entendu beaucoup d’interpellations et beaucoup de remarques sur la nécessité d’avoir un procès concernant notamment les crimes sexuels », a-t-il ajouté, soulignant que certaines de ces critiques étaient « à la fois extrêmement sincères et parfois justes ». Une admission qui confirme l’échec d’un projet phare du gouvernement pour désengorger les tribunaux, désormais réduit à une coquille vide ne concernant plus que quelques centaines d’affaires par an, principalement des coups mortels et des braquages.
Cette exclusion radicale intervient dans un contexte où 40 % des affaires criminelles en 2025 concernaient des violences sexuelles ou des homicides, désormais exclus de cette procédure. Les associations féministes y voient une « victoire historique », mais alertent sur ses limites face à l’engorgement persistant des tribunaux et à la défiance croissante des Français envers la justice. « Les victimes ont besoin de voir leurs témoignages entendus en public, d’avoir accès à un procès qui donne du sens à leur souffrance », insiste une avocate pénaliste, évoquant le cas d’un baby-sitter mis en examen pour des violences sexuelles sur 18 enfants : « Comment imaginer que ce type de dossier soit traité en catimini par un plaider-coupable ? »
Une concession politique sous pression syndicale et militante
Les syndicats de magistrats, bien qu’applaudissant cette exclusion, dénoncent un gouvernement « en panne de vision ». « Ce n’est pas une réforme, c’est un renoncement », résume un représentant, illustrant le scepticisme persistant face à une justice perçue comme déconnectée des réalités. 24 mois d’attente moyenne sont devenus la norme pour les affaires criminelles, et les associations redoutent que ce revirement ne soit qu’une manœuvre politique pour désamorcer la crise sans s’attaquer aux causes profondes de l’engorgement. Le ministre a d’ailleurs reconnu publiquement : « Nous n’avons pas de majorité à l’Assemblée nationale pour l’instant pour cette mesure telle qu’elle est écrite ». Une acknowledgement qui consacre l’échec politique d’un projet initialement présenté comme une solution miracle pour les tribunaux surchargés.
Le revirement de Darmanin s’inscrit dans un contexte de mobilisation inédite. Les avocats, en grève depuis plusieurs semaines, avaient brandi la menace d’un blocage total des tribunaux, tandis que les associations féministes organisaient des rassemblements devant les palais de justice. « Exclure les crimes sexuels de la PJCR est une avancée, mais cela ne change rien au fait que 90 % des victimes de violences sexuelles ne voient jamais leur agresseur condamné », souligne Marianne Niosi, porte-parole d’Osez le Féminisme. Une réalité que le gouvernement semble enfin prendre en compte, après avoir longtemps minimisé les alertes des professionnels du droit.
« Ce n’est pas une réforme, c’est un renoncement. »
Un syndicat de magistrats
Cette volte-face illustre les difficultés de l’exécutif à faire adopter ses réformes dans un contexte de mobilisation citoyenne sans précédent. Après avoir ignoré les alertes des professionnels du droit, Darmanin a finalement cédé sous la pression. Une concession qui, si elle sauve les apparences, ne suffit pas à restaurer la confiance dans une justice perçue comme de plus en plus déconnectée des réalités.
Féministes divisées : entre soulagement et exigence de réformes structurelles
Emmanuelle Piet, présidente du Collectif Féminisme Contre le Viol, salue une avancée « pour les victimes et pour la démocratie ». Elle rappelle que 80 % des victimes de violences sexuelles renoncent à porter plainte, souvent découragées par des procédures interminables et un face-à-face traumatisant avec leur agresseur. « Le procès public reste un rituel indispensable », souligne-t-elle, tout en reconnaissant que cette exclusion ne suffit pas. Marianne Niosi, porte-parole d’Osez le Féminisme, partage ce soulagement, mais met en garde : « C’est une bonne chose, mais cela ne suffit pas ». Elle exige des « moyens concrets pour accélérer les procédures » et s’inquiète d’autres mesures controversées encore en débat, comme la réduction des délais de prescription pour les crimes sexuels.
Les réactions dans la rue restent contrastées. Élodie Paillet, avocate au barreau de Paris, critique un gouvernement qui « a reculé sur un point, mais maintient l’essentiel de sa logique expéditive ». « 68 % des Français estiment que le gouvernement ne protège pas suffisamment les victimes », selon le sondage Odoxa publié le 15 mai 2026, un chiffre qui reflète l’ampleur de la crise de confiance dans les institutions judiciaires. Christophe Régnard, observateur judiciaire, analyse : « Exclure les crimes sexuels est une bonne chose, mais cela ne remplace pas une véritable réforme de fond. Il faut des moyens humains et financiers pour réduire les délais, former davantage de magistrats, et surtout, garantir que les victimes seront enfin entendues dans des conditions dignes. »
Les prochains mois s’annoncent décisifs. Alors que Darmanin tente de sauver ce qui peut encore l’être, les associations féministes et les syndicats de magistrats maintiennent la pression. « Il faut des actes, pas des symboles », martèle Emmanuelle Piet. La question reste entière : cette exclusion des crimes sexuels suffira-t-elle à restaurer la confiance dans une justice en crise, ou ne sera-t-elle qu’une victoire à court terme dans un combat bien plus large ?
Cette exclusion radicale des crimes sexuels et des infractions passibles des assises marque un tournant dans le débat sur la réforme de la justice criminelle. Mais pour les observateurs, elle soulève une question cruciale : cette mesure suffira-t-elle à apaiser les tensions, ou ne sera-t-elle qu’un leurre face à l’urgence d’une refonte globale du système judiciaire ? Les associations féministes rappellent que le taux de classement sans suite pour les viols reste alarmant, avec seulement 10 % des plaintes aboutissant à une condamnation. Une réalité qui rappelle que l’exclusion des crimes sexuels de la PJCR, bien que nécessaire, ne résout en rien les dysfonctionnements structurels de la justice française.
Alors que le calendrier législatif s’accélère, les prochains amendements, attendus d’ici juin, pourraient encore modifier la donne. Mais pour beaucoup, l’essentiel est déjà joué : la PJCR, née dans l’opacité et la controverse, meurt faute de soutien et de légitimité. Reste à savoir si cette exclusion des crimes sexuels marquera le début d’une refonte plus ambitieuse… ou simplement l’enterrement d’un texte déjà condamné.
Le baby-sitter mis en examen pour des violences sexuelles sur 18 enfants illustre brutalement les enjeux sous-jacents. Les associations féministes rappellent que les crimes sexuels représentent près de 40 % des infractions criminelles, et que leur exclusion de la PJCR, bien que nécessaire, ne résout pas la crise structurelle de la justice criminelle. Les délais d’attente s’allongent dangereusement pour des affaires déjà complexes, et la défiance des Français envers les institutions judiciaires atteint des niveaux critiques. Selon les dernières données, près de 70 % des affaires criminelles prennent plus de deux ans avant d’être jugées, un chiffre qui illustre l’ampleur de la crise.
« Ce n’est pas une réforme, c’est un renoncement. »
Un syndicat de magistrats
Les prochains mois s’annoncent décisifs. Alors que le gouvernement tente de sauver ce qui peut encore l’être, la question reste entière : cette exclusion des crimes sexuels suffira-t-elle à apaiser les tensions, ou ne sera-t-elle qu’un leurre face à l’urgence d’une refonte globale du système judiciaire ?