École : le Conseil d’évaluation, une coquille vide au service du ministère ?

Par SilverLining 28/04/2026 à 07:24
École : le Conseil d’évaluation, une coquille vide au service du ministère ?

Évaluation scolaire : le Conseil d’évaluation, créé en 2020, n’a jamais été indépendant. Sous Macron et Lecornu, il reste un rouage ministériel sans moyens ni pouvoir réel. Un échec démocratique aux conséquences lourdes pour l’école.

Un Conseil sous tutelle ministérielle, loin de l’indépendance promise

Créé en 2020 sous la présidence d’Emmanuel Macron, le Conseil d’évaluation de l’école (CEE) achève sa première mandature dans un silence quasi général. Pourtant, son bilan interroge : conçu pour évaluer les politiques éducatives de manière indépendante, l’instance n’a jamais réussi à s’affranchir des logiques administratives qui l’ont rendue inopérante. Un paradoxe criant pour une structure censée incarner la transparence dans un système scolaire en crise de confiance.

Parmi les anciens membres du CEE, certains ont choisi de tirer la sonnette d’alarme. « On nous avait vendu une instance souveraine, mais en réalité, nous étions des figurants. Les arbitrages se jouaient ailleurs, bien souvent en dehors de tout débat public », confie l’une de ses anciennes « personnalités qualifiées », qui a démissionné quelques mois avant la fin de son mandat. Son constat rejoint celui de plusieurs observateurs : le CEE n’a jamais disposé des moyens de ses ambitions.

Un budget fantôme et des chercheurs sous cloche

Dès sa création, le CEE a été privé des outils essentiels à son fonctionnement. Sans budget propre, sans équipe administrative dédiée, il dépendait entièrement des bonnes grâces du ministère de l’Éducation nationale. Pis : son président, nommé par Matignon, devait composer avec une équipe mise à disposition par l’administration centrale – des fonctionnaires dont les carrières dépendent des mêmes hiérarques qu’il était censé évaluer.

Cette dépendance structurelle a eu des conséquences concrètes. En 2024, malgré des demandes répétées, le Conseil n’a jamais pu lancer d’appel à projets de recherche, pourtant crucial pour éclairer des enjeux comme la mixité scolaire ou l’équité territoriale. « Les données existent, mais elles sont verrouillées par une direction ministérielle qui préfère garder le contrôle plutôt que de laisser émerger des contre-pouvoirs », dénonce un ancien membre. Une situation d’autant plus absurde que dans la plupart des démocraties européennes, les conseils d’évaluation disposent d’une autonomie budgétaire pour financer des travaux indépendants.

L’ombre de l’État dans l’État : quand l’évaluateur évalue… lui-même

Le problème ne s’arrête pas là. Le CEE comptait dans ses rangs des directeurs du ministère de l’Éducation nationale, membres de droit. Autrement dit, ceux qui conçoivent les politiques publiques éducatives se retrouvaient en position de les évaluer. Une situation ubuesque, analysée par un haut fonctionnaire ayant participé aux discussions : « C’est comme si l’on demandait à un constructeur automobile de contrôler la qualité de ses propres véhicules. La transparence ? Une farce. »

Cette confusion des rôles a atteint son paroxysme avec la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), bras statistique du ministère. Malgré son nom, cette entité a systématiquement bloqué toute velléité d’innovation dans la définition d’indicateurs éducatifs. En coulisses, des notes internes ont été distribuées pour freiner le CEE, allant jusqu’à contester – sans base légale – son accès aux données publiques. « Une stratégie de sabotage institutionnel, menée au nom de la défense des prérogatives ministérielles », estime un chercheur en sciences de l’éducation.

Macron et Lecornu : une réforme vidée de sa substance

Le président du CEE actuel, le mathématicien Charles Torossian, semble avoir intériorisé cette logique de soumission. Malgré son indépendance affichée, il n’a jamais obtenu gain de cause sur les demandes les plus élémentaires : des moyens pour travailler, une réelle capacité d’influence, ou simplement la possibilité de rendre publics des rapports sans filtrage préalable. En six ans, le Conseil n’a produit qu’un nombre limité d’analyses, souvent diluées dans des documents techniques, loin des débats citoyens.

Cette passivité interroge dans le contexte actuel. Avec une école française en proie à des inégalités territoriales criantes et à un décrochage scolaire qui s’aggrave, l’évaluation des politiques éducatives devrait être une priorité démocratique. Pourtant, sous le gouvernement Lecornu II, le CEE n’a jamais été associé aux grandes orientations. Les arbitrages se prennent ailleurs, dans des cercles restreints où les lobbies de l’Éducation nationale et les cabinets ministériels dictent les règles.

Le cas du CEE illustre un phénomène plus large : l’incapacité de l’exécutif à accepter un contre-pouvoir institutionnel, surtout quand il menace les intérêts de l’administration. Une tendance que l’on observe également dans d’autres secteurs, comme la santé ou l’écologie, où les « autorités indépendantes » sont souvent des coquilles vides.

L’Europe observe… et s’interroge

Cette dérive française n’échappe pas à ses partenaires européens. Dans les capitales de l’Union, où les conseils d’évaluation jouissent d’une réelle autonomie (comme en Finlande ou aux Pays-Bas), la situation du CEE est perçue comme un aveu d’échec. « La France aime se présenter comme le phare des démocraties, mais quand il s’agit de transparence réelle, elle préfère les apparences aux résultats », observe une experte de l’OCDE spécialisée dans les politiques éducatives.

Pourtant, des solutions existent. Plusieurs pays, comme la Suède ou la Norvège, ont construit des instances d’évaluation dotées de budgets propres et dirigées par des personnalités extérieures au système éducatif. Des modèles qui pourraient inspirer une refonte du CEE – si la volonté politique était au rendez-vous. Mais à ce stade, le gouvernement français semble plus soucieux de préserver les privilèges de l’administration que de garantir une éducation publique de qualité.

Et maintenant ? Le CEE, une coquille vide pour les années à venir ?

Alors que la mandature du Conseil touche à sa fin, les questions restent entières. Faut-il supprimer purement et simplement cette instance, au motif qu’elle n’a jamais servi à rien ? Ou pire : faut-il la maintenir en l’état, sous prétexte qu’un symbole de transparence vaut mieux que rien ? Une chose est sûre : sans une refonte profonde, sans une véritable indépendance et sans des moyens à la hauteur des enjeux, le CEE restera ce qu’il a toujours été : une façade, un leurre.

Dans l’attente d’un sursaut politique qui ne vient pas, l’école française, elle, continue de payer le prix de cette hypocrisie institutionnelle.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (12)

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L

Lacannerie

il y a 3 jours

Bon... encore un article qui nous explique que le ministère fait semblant de bouger. La prochaine fois, on va avoir un communiqué disant qu’on a trouvé la solution : supprimer le conseil. Comme ça, problème réglé. Bref.

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A

Apollon 6

il y a 3 jours

Pourquoi personne ne parle du fait que ce conseil était censé être indépendant mais a été nommé par le ministère ??? C’est ça le vrai scandale. On nous prend pour des jambons...

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T

ThirdEye

il y a 3 jours

Si ce conseil est une coquille vide, c’est parce que le vrai pouvoir est dans les mains de qui ? Des technocrates ? Des lobbies de l’éducation privée ? Ou juste de Macron qui veut tout contrôler ? Parce que la réponse n’est pas dans l’article...

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Y

Yvon du 39

il y a 3 jours

Ce qui est intéressant, c’est que ce conseil a été créé après les Gilets Jaunes, pour montrer qu’on "réformait". Résultat : rien. Même scénario qu’avec la LOLF en 2001. On crée des machins, on les enterre, et on passe à autre chose. La vraie réforme serait de virer Lecornu.

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P

Prisme

il y a 4 jours

Les chiffres montrent que depuis 2020, le budget alloué au Conseil d’évaluation a baissé de 18% par an. Comment voulez-vous qu’un organisme fonctionne sans moyens ? Le problème n’est pas seulement politique, c’est structurel. On parle de 3,2 millions d’euros en moins sur 4 ans...

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E

Elizondo

il y a 3 jours

Comparaison avec l’Allemagne : chez eux, l’équivalent du Conseil a un budget de 12M et une autonomie totale. Ici, on joue à la dîne de cons. Le système éducatif français est un gâchis organisé.

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Malo du 40

il y a 3 jours

@elizondo Tu compares la France et l’Allemagne ? Mais t’es sérieux ??? Déjà l’Allemagne a un fédéralisme qui marche (un peu), nous on a un bordel administratif... Ici on traduit en 1 mois ce que les Allemands font en 1 an, et c’est déjà un exploit.

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E

EdgeWalker3

il y a 4 jours

Comme d'hab. Un organisme créé pour la forme, sans budget, sans indépendance. On voit bien où est la priorité du ministère...

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P

Poséidon

il y a 4 jours

Encore une preuve que la démocratie française, c'est du théâtre. Le vrai pouvoir est ailleurs, comme d'hab.

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B

Buse Variable

il y a 4 jours

Coquille vide = Macron. Tout est faux sous ce gouvernement, même l’évaluation.

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O

Ophélie

il y a 4 jours

Nooooon mais c'est quoi cette mascarade ??? Ils nous prennent pour des abrutis à la fin ou quoi !!! Le conseil d'éval a PAS de pouvoir et PAS de moyens... On marche sur la tête...

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V

val-87

il y a 4 jours

Sa me donne envie de vomir... En 2024 et toujours des mecs qui jouent aux cons avec l'éducation... mdr pas capable de gérer un truc simple...

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