En Dordogne, la colère des ruraux propulse le RN après les émeutes

Par Decrescendo 21/10/2026 à 10:25
En Dordogne, la colère des ruraux propulse le RN après les émeutes

En Dordogne, les émeutes d’octobre 2026 accélèrent la bascule vers le RN. Entre colère sociale, abandon des territoires et peur de l’insécurité, l’extrême droite séduit là où la majorité a échoué. Analyse d’un basculement politique en marche.

Dans les campagnes de Dordogne, l’ordre et le pouvoir d’achat deviennent les nouveaux mantras

À Montpon-Ménestérol, petite ville de Dordogne coincée entre Bordeaux et Limoges, les écrans des cafés diffusent en boucle les images de la mairie de Limoges en flammes. Octave, attablé avec son épouse Ghislaine, serre le journal Sud-Ouest entre ses mains. « Après le chaos, la colère », titre le quotidien. « Forcément, ça me touche, commente-t-il. J’ai cru revoir Notre-Dame s’écrouler une deuxième fois. » Ghislaine hoche la tête, le regard sombre. « Et là, ce sont des casseurs qui ont brûlé. C’est encore pire. Qui va payer ? C’est encore nous. »

Autour d’eux, l’atmosphère est électrique. Un voisin, la voix tremblante de rage, frappe la table du plat de la main. « Je suis énervé, putain ! Ces casseurs n’en ont rien à faire de nous. Pour la première fois, je vais voter Front National. Parce que ce sont les seuls à promettre d’y mettre de l’ordre. À un moment, si on ne rétablit pas l’autorité dans ce pays, ça ne marchera jamais. »

Octave, lui, a déjà fait son choix. Depuis que sa menuiserie a fermé ses portes, sa vie s’est réduite comme une peau de chagrin. Ghislaine enchaîne les ménages, mais entre la flambée des prix à la pompe et l’inflation galopante, chaque euro compte. « Je circule moins. Je regarde par deux fois avant de venir ici. Avant, je venais tous les jours boire mon café. L’aller-retour, ça fait dix kilomètres. Maintenant, je reste chez moi, devant la télé, ou je marche autour de la maison. On meuble nos journées comme on peut. »

Pour lui, voter pour Marine Le Pen n’est pas un rejet des autres candidats. C’est un espoir. « Une France meilleure, assure-t-il. Retrouver l’ordre, le droit, et le pouvoir d’achat, forcément derrière. » Les démêlés judiciaires de la présidente du Rassemblement National ? « On s’en fout. Qui n’a pas détourné d’argent ? Elle peut gouverner avec un bracelet à la cheville, ça ne changera rien. »

Des émeutes qui cristallisent les frustrations

Les violences des 17 et 18 octobre ont agi comme un détonateur dans ces territoires oubliés. À La Roche-Chalais, une petite ville voisine, le maire, sans étiquette mais proche des idées républicaines, organise un rassemblement pour dénoncer les dégradations. Jean-Michel Sautreau, ancien instituteur, prend la parole sous son écharpe tricolore : « Paris, Limoges, Lyon, Marseille, Bordeaux, La Roche-Chalais… l’écharpe tricolore est la même partout. Heureusement, notre mairie n’a pas été brûlée. Mais de braves gens comptent leurs économies chaque mois. L’horreur de la casse étouffe ce que le peuple veut exprimer. »

Une trentaine de personnes seulement répondent à l’appel. Parmi elles, Marie-Christine, maîtresse de maternelle à la retraite, embrasse le maire. « Il fallait qu’on soit là », dit-elle d’une voix ferme. Pour elle, l’arrivée du RN au pouvoir serait une catastrophe. « Ça me fait peur. Marine Le Pen, c’est le rejet. Malheureusement, ce que fait le gouvernement aujourd’hui apporte de l’eau à son moulin. Depuis dix ans de macronisme, les Français sont mis de côté. On ne parle que de Trump, de Poutine… Quand est-ce qu’on parlera enfin des Français ? »

À la station-service en contrebas, l’ambiance est tout aussi morose. Nacéra, la cinquantaine, surveille les euros défiler sur l’écran de la pompe. « Je mets 20 euros, c’est tout. On n’a plus les moyens de faire le plein », avoue-t-elle. Militante de gauche, vendeuse de chaussures sur les marchés, elle désespère de voir le RN progresser dans sa région. « Marine Le Pen, tout ce qu’elle vote, c’est pour les patrons. C’est une libérale. Ce n’est pas en votant RN qu’on retrouvera des médecins, des dentistes ou une éducation digne de ce nom. Moi, je ne vais pas me tirer une balle dans le pied : je vote pour mon camp. Comme la droite, ceux qui sont riches votent pour leur camp. Ne vous trompez pas de camp, messieurs dames. »

L’extrême droite, dernier recours d’une France en miettes

Dans la voiture garée derrière, Brigitte et François semblent désorientés. Lui, professeur d’usinage à la retraite, elle, ancienne secrétaire au CNRS, déclarent avoir pleuré le jour où François Mitterrand est mort. Pourtant, ils voteront Marine Le Pen « un peu la mort dans l’âme ». « Je préférerais vivre à une époque où je votais à gauche, confie François. Mais mon pays a changé. Ce n’est pas moi. Les gens que j’ai contribué à mettre au pouvoir n’ont pas su résoudre les problèmes qui se sont aggravés. Il faut essayer autre chose. »

Les événements du 17 octobre l’ont cependant fait réfléchir. « Je crains le soir des élections. Si Le Pen est élue, ça pourrait être le début de quelque chose de bien plus grave. Et plus grave que ça, ça s’appelle la guerre civile ? Je ne sais pas, mais j’appréhende vraiment ce moment. » Cela ne l’empêchera pas de glisser son bulletin dans l’urne, mais il a l’impression d’avoir basculé dans l’inconnu.

Dans les campagnes de Dordogne, comme dans tant d’autres régions rurales, la colère gronde. Entre l’effondrement du pouvoir d’achat, la peur des violences urbaines et le sentiment d’abandon des pouvoirs publics, une partie de la population cherche désespérément un sauveur. Et pour beaucoup, ce sauveur a désormais un nom : Marine Le Pen.

Un pays fracturé entre deux France

Les émeutes d’octobre ont révélé une fracture profonde dans la société française. D’un côté, les métropoles, où se concentrent les tensions sociales et les violences urbaines. De l’autre, les campagnes et les petites villes, où les habitants subissent de plein fouet les conséquences des politiques économiques et sécuritaires. Dans ce contexte, le Rassemblement National, longtemps cantonné à un rôle de figurant, devient une force incontournable.

« Ils nous parlent de démocratie, mais où est-elle quand des casseurs brûlent des mairies et que le gouvernement ne réagit pas ? », s’interroge un habitant de Montpon-Ménestérol, sous couvert d’anonymat. « On nous dit de voter utile, mais utile pour qui ? Pour ceux qui nous ont oubliés ? »

Les sondages, déjà inquiétants pour la majorité présidentielle, se dégradent encore. Dans les zones rurales, Marine Le Pen caracole en tête, portée par un discours simple : rétablir l’ordre, protéger les frontières, et redonner du pouvoir d’achat. Un discours qui résonne d’autant plus fort que les alternatives paraissent épuisées.

Pourtant, dans le même temps, des voix s’élèvent pour mettre en garde contre les dangers d’une telle ascension. « Le RN, c’est l’extrémisme de droite, une idéologie qui menace les valeurs mêmes de la République », rappelle un élu local, sous le couvert de l’anonymat. « Mais comment leur reprocher de capitaliser sur le mécontentement quand les politiques publiques ont échoué à répondre aux attentes des citoyens ? »

La gauche en pleine tourmente

Face à cette montée en puissance de l’extrême droite, la gauche, elle, semble paralysée. Divisée entre une frange radicale et une aile plus modérée, elle peine à proposer une alternative crédible. Les appels à l’unité sonnent creux, tant les divergences idéologiques restent profondes. « La gauche doit se réinventer, mais comment le faire quand une partie de l’électorat populaire lui tourne le dos ? », s’interroge un ancien député socialiste.

Les violences d’octobre ont aussi révélé l’ampleur de la défiance envers les institutions. « Le gouvernement a réagi trop tard, trop mollement, commente un observateur politique. Les citoyens attendent des solutions, pas des discours. »

Dans ce contexte, les prochaines échéances électorales s’annoncent explosives. Entre le RN qui mise sur la peur, la gauche qui tente de se reconstruire, et la majorité présidentielle en difficulté, la France semble plus que jamais à la croisée des chemins.

Un appel à l’unité nationale ?

Face à cette situation, certains appellent à un sursaut républicain. « Il faut retrouver le dialogue, écouter les colères, et proposer des solutions concrètes », plaide un maire centriste de la région. « Mais comment le faire quand les divisions sont si profondes ? »

Les prochains jours seront décisifs. Entre couvre-feux, appels à manifester et montée des tensions, la France semble plus que jamais au bord de l’implosion. Et dans les campagnes de Dordogne, comme ailleurs, une question persiste : qui pourra encore sauver ce qui peut l’être ?

Les émeutes d’octobre : un tournant dans l’histoire politique française ?

Les événements des 17 et 18 octobre 2026 resteront sans doute dans l’histoire comme un tournant. Plus que les violences elles-mêmes, c’est leur impact politique qui marque les esprits. Pour la première fois depuis des décennies, l’extrême droite apparaît comme une force capable de fédérer au-delà de ses bases traditionnelles.

« Avant, le RN était un parti de protestation. Aujourd’hui, il devient un parti d’alternative », analyse un politologue. « Et ça, c’est nouveau. »

Dans les cafés, les stations-service et les mairies de Dordogne, les débats font rage. Certains y voient une lueur d’espoir, d’autres un danger pour la démocratie. Une chose est sûre : la France de 2026 n’est plus celle de 2017. Et les prochaines élections s’annoncent comme les plus incertaines de la Ve République.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (3)

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Geoffroy de Hyères

il y a 1 heure

Mouais. La Dordogne, c'est le nouveau terrain de jeu du RN pour tester leur discours 'anti-élites' version terroir. Ils parlent sécurité et services publics, mais une fois au pouvoir... bon, on verra bien. En attendant, c'est toujours ça de pris pour les médias qui adorent les histoires de 'désert politique'.

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Prisme

il y a 1 heure

Ce qui frappe ici, c'est la corrélation entre le déclin des services publics en ruralité et le vote RN. En Dordogne, 12% des bureaux de poste ont fermé depuis 2012, et les délais pour un rendez-vous à la CPAM sont passés de 15 jours à 2 mois. Les électeurs sanctionnent moins le RN qu'ils ne désespèrent de l'État. Chiffres INSEE 2025 à l'appui.

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Corte

il y a 27 minutes

Alors on va voter pour des fachos parce que la mairie a fermé la bibliothèque ? Pathétique. Et après on s'étonne que l'Europe nous lâche.

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