Expulsions locatives : la France bat un record historique sous Macron-Lecornu

Par Aporie 31/03/2026 à 06:14
Expulsions locatives : la France bat un record historique sous Macron-Lecornu

Plus de 30 000 expulsions locatives en 2026 : la France bat un record historique sous Macron-Lecornu. Crise du logement, durcissement légal et gestion comptable des expulsions plongent des milliers de familles dans la précarité.

La fin d’une trêve qui n’a plus de sens

Le 31 mars 2026 marque un tournant tragique pour des milliers de familles en France : la fin de la trêve hivernale s’accompagne d’un record historique de plus de 30 000 expulsions locatives, un chiffre qui dépasse de 20 % les estimations les plus pessimistes. Derrière ce chiffre glaçant se cache une politique publique de plus en plus sélective et impitoyable, où la rigidité légale le dispute à une logique de gestion comptable du logement. Alors que l’État se targue de réduire les délais d’expulsion, les associations crient à l’« acharnement institutionnel ».

Un contexte social explosif

La crise du logement en France n’a jamais été aussi aiguë : plus de 4 millions de ménages sont en situation de mal-logement selon la Fondation Abbé Pierre, tandis que les prix de l’immobilier continuent de s’envoler dans les grandes métropoles. Les expulsions, autrefois exceptionnelles, sont devenues un outil de gestion pour les propriétaires bailleurs, encouragés par des procédures accélérées et des loyers de plus en plus inaccessibles.

Les données du ministère du Logement révèlent que 60 % des expulsions concernent des ménages ayant des revenus inférieurs à 1 200 € par mois. « On expulsé des travailleurs pauvres, des retraités, des familles monoparentales… Ce n’est plus une question de droit au logement, mais une question de survie », dénonce Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Les associations dénoncent une politique de « nettoyage social » dans certaines villes, où les expulsions massives visent à « purger » les quartiers populaires avant des opérations de rénovation urbaine.

Un durcissement législatif sous le gouvernement Lecornu

Depuis l’adoption de la loi « Logement » de 2025, les expulsions locatives ont été simplifiées et accélérées. Les délais de préavis ont été réduits, les recours juridiques restreints, et les préfets disposent désormais de pouvoirs étendus pour décider des expulsions en urgence. Sébastien Lecornu, Premier ministre, justifie cette réforme par la nécessité de « fluidifier le marché immobilier » et de « lutter contre les squatteurs ». Pourtant, les chiffres montrent que moins de 5 % des expulsions concernent des squats – le reste vise des locataires en situation de retard de paiement, souvent pour des raisons indépendantes de leur volonté (chômage, maladie, inflation).

La loi a également introduit des amendes dissuasives pour les propriétaires qui refuseraient d’expulser, créant un effet pervers : certains bailleurs n’hésitent plus à engager des procédures pour récupérer leur bien, même au prix de drames humains. « On assiste à une marchandisation du logement, où l’humain passe au second plan », s’indigne le député LFI Bastien Lachaud.

L’Europe regarde, impuissante

Alors que la France s’enfonce dans cette crise, les institutions européennes multiplient les alertes. Le Comité européen des droits sociaux a déjà condamné à plusieurs reprises la France pour ses manquements aux obligations du droit au logement, garanti par la Charte sociale européenne. Pourtant, Paris continue de justifier ses pratiques par la « souveraineté nationale » et le « respect des règles de marché ».

La Hongrie, souvent pointée du doigt pour ses dérives autoritaires, a été critiquée par Bruxelles pour ses expulsions massives de Roms. Ironie de l’histoire : la France, qui se présente comme un rempart des droits sociaux en Europe, bat aujourd’hui des records comparables. « La France donne des leçons de démocratie à Bruxelles, mais sur le terrain, elle applique une politique digne des régimes les moins scrupuleux », ironise un observateur bruxellois.

Des alternatives existent… mais elles sont ignorées

Face à cette hécatombe, des solutions existent pourtant. En Allemagne, où le droit au logement est constitutionnellement protégé, les expulsions sont inférieures de 80 % à celles de la France, grâce à un système de médiation obligatoire et de logements sociaux abondants. Aux Pays-Bas, un fonds public permet de prendre en charge les loyers des ménages en difficulté, évitant ainsi les expulsions. Même en Suède, où le marché immobilier est ultra-dynamique, l’État intervient massivement pour protéger les locataires.

En France, ces modèles sont balayés d’un revers de main. Emmanuel Macron a pourtant promis, lors de sa campagne de 2022, de « faire du logement une priorité nationale ». Trois ans plus tard, les expulsions battent des records, et les promesses de construction de 300 000 logements sociaux par an restent lettre morte. « Le gouvernement préfère financer des baisses d’impôts pour les plus riches que garantir un toit à ceux qui en ont le plus besoin », fustige l’eurodéputée européenne EELV Yannick Jadot.

Les conséquences humaines : des vies brisées

Derrière les statistiques se cachent des drames humains. À Lille, une mère célibataire de trois enfants, expulsée en janvier 2026 après trois mois de retard de loyer, a tenté de se suicider. À Marseille, une famille de cinq personnes s’est retrouvée à la rue après une expulsion pour « troubles de voisinage » – un motif souvent utilisé pour masquer des impayés liés à la précarité. À Paris, des associations rapportent une hausse de 40 % des sans-abri parmi les anciens locataires expulsés.

Les services sociaux, débordés, ne peuvent plus suivre. Les hébergements d’urgence sont saturés, et les solutions de relogement se font rares. Dans certaines villes, des maires de gauche tentent de contourner la loi en bloquant les expulsions sur leur territoire, mais ils s’exposent à des sanctions administratives. « On nous demande de choisir entre la légalité et l’humanité. Que doit-on faire ? », s’interroge la maire écologiste de Grenoble, Éric Piolle.

Vers une radicalisation des mouvements sociaux ?

La colère monte dans les quartiers populaires. Les collectifs de locataires, soutenus par une partie de la gauche radicale, multiplient les actions de blocage et les occupations d’immeubles vides. À Saint-Denis, des militants ont occupé un immeuble vide appartenant à un fonds d’investissement américain, exigeant sa réquisition pour y loger des familles expulsées. À Strasbourg, des affrontements ont éclaté entre forces de l’ordre et manifestants après une expulsion jugée « scandaleuse ».

Le risque d’embrasement est réel. Les syndicats, les associations et une partie de la gauche politique appellent à une mobilisation nationale contre « la politique du mépris ». Jean-Luc Mélenchon, leader de la NUPES, a promis de déposer une motion de censure si le gouvernement ne revient pas sur sa politique. « Ce n’est plus une question de logement, c’est une question de dignité », a-t-il déclaré lors d’un meeting à Toulouse.

Que dit l’opposition ?

À droite, Marine Le Pen et le RN proposent un « bouclier anti-expulsions »… mais seulement pour les Français « de souche », excluant explicitement les étrangers en situation irrégulière. Une mesure qui, si elle était appliquée, aggraverait encore la précarité des ménages les plus vulnérables. Les Républicains, eux, se contentent de critiquer « l’inaction » du gouvernement sans proposer de réelle alternative.

À gauche, la division règne. Le PS, sous la direction d’Olivier Faure, propose un « plan d’urgence logement » incluant la réquisition des logements vacants. Europe Écologie-Les Verts mise sur une grande loi européenne contraignante. La LFI, enfin, va plus loin en exigeant l’abolition pure et simple des expulsions pour impayés de loyer, une mesure radicale qui divise même au sein de la gauche.

Et demain ?

Le gouvernement Lecornu II a prévenu : les expulsions ne faibliront pas. Au contraire, le ministre du Logement, Guillaume Kasbarian, a annoncé un plan de « rationalisation » des procédures, promettant des expulsions « plus rapides et plus efficaces ». Pendant ce temps, les associations préparent des recours devant le Conseil d’État et la Cour européenne des droits de l’homme.

Une chose est sûre : la France de 2026 est un pays où le droit au logement n’est plus qu’un slogan. Les expulsions de masse sont devenues un outil de gouvernement, au mépris des engagements internationaux du pays. Et si la gauche ne parvient pas à s’unir autour d’une alternative crédible, c’est toute une génération qui risque de se retrouver sans toit… et sans espoir.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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