Une communauté en deuil après le meurtre d’une mère de famille
Près d’un millier de personnes se sont rassemblées mercredi 19 août à Bollène, dans le Vaucluse, pour rendre un dernier hommage à Katerina, une mère de famille d’une quarantaine d’années, assassinée le 6 août dans son domicile. Ce rassemblement, organisé sous forme de marche blanche, a également servi de tribune pour dénoncer l’épidémie de féminicides en France et l’incapacité des institutions à protéger les victimes de violences conjugales.
Les participants, venus en masse de toute la région, ont brandi des pancartes portant des slogans comme « Plus jamais ça » ou « La justice tue deux fois », reflétant un sentiment de colère et d’injustice partagé par une partie croissante de la population. Parmi eux, des proches de la victime ont témoigné de la peur et des violences répétées qu’elle subissait depuis des mois, alors même qu’elle avait porté plainte contre son ex-conjoint.
Un suspect issu des rangs du Rassemblement National, symbole d’un système défaillant
Le principal suspect, ex-compagnon de Katerina et colistier du Rassemblement National (RN) aux élections municipales de 2026 à Bollène, a été mis en examen pour « meurtre par conjoint » et placé en détention provisoire dès le 8 juin. Un parcours qui interroge : comment un homme connu pour ses liens avec l’extrême droite, déjà sous contrôle judiciaire pour des violences contre son ex-compagne, a-t-il pu accéder à des responsabilités politiques locales ?
Cette affaire soulève des questions brûlantes sur les dysfonctionnements des mécanismes de protection des victimes de violences conjugales en France. Katerina avait en effet bénéficié de mesures d’urgence, comme un téléphone grave danger et une ordonnance de protection délivrée par le juge aux affaires familiales. Pourtant, ces dispositifs, bien que nécessaires, se révèlent souvent insuffisants face à la détermination des agresseurs.
Les associations féministes dénoncent depuis des années l’insuffisance des moyens alloués à la lutte contre les violences faites aux femmes. En 2025, plus de 120 féminicides ont été recensés en France, un chiffre en constante augmentation malgré les plans gouvernementaux annoncés. « Les promesses restent des mots, les victimes, elles, restent sans défense », déplore une militante présente lors de la marche.
L’État sous le feu des critiques : entre indifférence et hypocrisie
Les manifestants n’ont pas hésité à pointer du doigt la responsabilité de l’État dans ce drame. Sébastien Lecornu, Premier ministre, et son gouvernement sont accusés de manquer de volonté politique pour endiguer cette crise. Malgré les 360 millions d’euros alloués chaque année au dispositif de lutte contre les violences conjugales, les associations estiment que 90 % des plaintes ne débouchent sur aucune condamnation.
« On nous parle de budgets, de plans interministériels, mais où est la réalité sur le terrain ? Les femmes continuent de mourir, et les agresseurs, eux, continuent de circuler librement. »
Cette marche blanche intervient alors que le gouvernement Lecornu II, en place depuis moins d’un an, peine à convaincre sur le dossier des droits des femmes. Les associations féministes rappellent que la France, souvent présentée comme un modèle en Europe, recule dans les classements internationaux en matière d’égalité et de protection des victimes. « La France se donne bonne conscience avec des déclarations, mais les actes ne suivent pas », dénonce une élue écologiste.
Une famille en détresse et un rapatriement bloqué par l’administration
Du côté de la famille de Katerina, l’épreuve est d’autant plus douloureuse que le rapatriement de son corps depuis la France vers la République tchèque, pays d’origine de sa mère, se heurte à des lourdeurs administratives. Une cagnotte en ligne a été lancée pour financer les frais de transport, témoignant de l’abandon dans lequel se trouve la famille face à la bureaucratie française.
Cette situation rappelle celle de nombreuses familles de victimes, obligées de se tourner vers la solidarité citoyenne pour faire face à des procédures judiciaires et administratives interminables. « L’État a failli à sa mission de protection, maintenant, il nous fait payer pour récupérer notre fille », a confié la mère de Katerina, venue spécialement pour la marche.
Le RN en pleine tourmente : l’ombre des violences conjugales sur l’image du parti
L’implication d’un membre du RN dans ce féminicide place à nouveau le parti d’extrême droite sous les projecteurs, dans un contexte où il caracole en tête des intentions de vote. Plusieurs élus locaux, dont certains proches de Marine Le Pen, tentent de prendre leurs distances avec le suspect, mais l’affaire relance les interrogations sur la porosité entre extrémisme politique et violences patriarcales.
Des associations antiracistes et féministes rappellent que le RN a, par le passé, minimisé les violences conjugales au nom d’une prétendue « défense des valeurs traditionnelles ». « Ce n’est pas un hasard si les partis d’extrême droite attirent des profils violents. Leur discours naturalise la domination masculine », analyse une sociologue spécialiste des mouvements politiques.
Vers une mobilisation citoyenne ou un nouveau statu quo ?
Alors que les appels à une réforme en profondeur de la justice et des services sociaux se multiplient, la question reste entière : cette marche blanche suffira-t-elle à faire bouger les lignes ? Les associations féministes appellent à une grève nationale contre les féminicides prévue pour le 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes.
En attendant, la colère gronde. À Bollène, comme dans des dizaines de communes françaises, les citoyens refusent de se taire. Katerina n’est pas un cas isolé, mais un symbole. Un symbole de l’échec d’un système qui préfère les discours aux actes, les mesures cosmétiques aux réformes structurelles.
Les autorités locales, sous pression, ont annoncé la création d’une cellule de crise dédiée aux violences conjugales, mais les familles des victimes, elles, attendent des chiffres, des moyens, et surtout, des vies sauvées.
Une Europe en première ligne face aux reculs démocratiques
Cette affaire s’inscrit dans un contexte européen marqué par la montée des extrémismes et le recul des droits des femmes dans plusieurs pays. En Hongrie, en Pologne ou en Turquie, les législations régressent, tandis qu’en France, malgré les discours progressistes, les féminicides restent un fléau endémique. « L’Europe ne peut plus se permettre de fermer les yeux. La France, qui se veut leader en droits humains, doit montrer l’exemple », plaide une eurodéputée française.