Feux de forêt : Macron joue-t-il les pompiers avec des avions qui n'arrivent qu'en 2032 ?

Par Renaissance 04/06/2026 à 16:15
Feux de forêt : Macron joue-t-il les pompiers avec des avions qui n'arrivent qu'en 2032 ?

Feux de forêt : deux nouveaux Canadair commandés pour 2032, mais l’État réagit-il trop tard face à l’urgence climatique ? Un investissement de 200 millions d’euros qui interroge sur la stratégie française.

Un investissement tardif et coûteux pour des avions qui arrivent trop tard

Alors que les forêts françaises brûlent toujours plus sous l’effet du réchauffement climatique, l’État a officiellement signé jeudi 4 juin 2026 à Nîmes la commande de deux nouveaux Canadair, portant à quatre le nombre d’appareils amphibies commandés depuis 2024. Une annonce présentée comme une réponse forte aux catastrophes de l’été 2022, mais qui soulève des questions sur l’efficacité d’une stratégie aussi tardive qu’onéreuse.

Avec un budget colossal de près de 200 millions d’euros, l’achat de ces deux nouveaux bombardiers d’eau, livrables entre 2032 et 2033, s’inscrit dans un plan global visant à porter à 16 le nombre total d’avions de ce type d’ici la fin de la décennie. Pourtant, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, en poste au sein du gouvernement Lecornu II, a dû reconnaître que ces appareils ne seront pas opérationnels avant plusieurs années, alors que les incendies s’intensifient chaque été.

« Il s’agit d’un investissement majeur pour l’État », a-t-il déclaré devant la presse, tout en insistant sur le « respect des calendriers de livraison » promis par le constructeur canadien De Havilland, seul fabricant au monde de ces appareils. Pourtant, la dépendance à un unique fournisseur étranger interroge dans un contexte géopolitique incertain, où les tensions internationales et les risques de rupture d’approvisionnement ne sont plus à exclure.

Une flotte vieillissante face à l’urgence climatique

Les deux premiers DHC-515 commandés en 2024, également fournis par De Havilland, sont censés être livrés en avril et novembre 2028, grâce au soutien financier de la Commission européenne. Mais ces délais, déjà longs, laissent planer un doute : comment la France pourra-t-elle faire face aux incendies de 2026 ou 2027 sans renfort aérien immédiat ?

L’été dernier, selon les données de l’Office national des forêts, plus de 15 000 départs de feu ont été recensés, ravageant près de 30 000 hectares de végétation, principalement dans l’Aude. Des chiffres qui illustrent la vulnérabilité croissante des territoires face aux canicules et aux épisodes de sécheresse, amplifiés par l’inaction climatique passée.

Face à cette urgence, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSPF) a réagi avec fermeté, pointant du doigt l’incapacité de l’État à anticiper. Dans un communiqué, elle a appelé à « bâtir dès aujourd’hui une capacité française et européenne de production d’avions bombardiers d’eau », soulignant que « la France ne peut pas attendre la livraison de nouveaux appareils étrangers pour préparer l’avenir ».

Les sapeurs-pompiers dénoncent par ailleurs une diminution de 54,7 % de la dotation de soutien à l’investissement des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), mettant en péril leur capacité opérationnelle. Une logique d’austérité qui contraste avec l’image d’un gouvernement se présentant comme un rempart face aux crises environnementales.

« Les pactes capacitaires des SDIS doivent être maintenus, sinon c’est toute la chaîne de secours qui se trouve fragilisée », alerte la FNSPF, alors que les budgets alloués aux services publics, déjà sous tension, risquent de subir les coupes budgétaires annoncées dans le cadre de la crise des finances publiques.

L’Europe et l’industrie française en première ligne

Pourtant, des solutions alternatives émergent. Le ministre Nuñez a évoqué le « dynamisme des acteurs industriels français », comme Kepplair et Hynaero, qui travaillent sur des projets d’avions bombardiers d’eau avec des expérimentations prévues à l’échelle industrielle d’ici 2030. Des initiatives saluées, mais dont les résultats concrets restent incertains dans un calendrier aussi serré.

De son côté, l’Union européenne a joué un rôle clé dans le financement des commandes, démontrant une fois de plus l’importance de la coopération européenne dans la gestion des crises transnationales. Pourtant, certains États membres, comme la Hongrie, continuent de freiner des programmes communs, au mépris des enjeux climatiques partagés.

« Sans une coordination européenne renforcée, nous restons vulnérables face aux crises », souligne un expert en gestion des risques, qui rappelle que des pays comme la Norvège ou le Japon ont su développer des flottes aériennes spécialisées bien plus rapidement que la France, malgré des moyens comparables.

La relance des chaînes d’assemblage de De Havilland en 2025, après des années d’arrêt, est présentée comme une bonne nouvelle. Mais cette dépendance à un seul constructeur, situé hors d’Europe, pose question : pourquoi l’Union n’a-t-elle pas anticipé cette crise en soutenant plus tôt le développement d’une filière industrielle européenne ?

Un symbole de l’échec de la politique environnementale française ?

Cette commande de Canadair intervient dans un contexte où le gouvernement français, malgré ses déclarations sur l’urgence climatique, peine à tenir ses engagements. La loi « Zéro artificialisation nette » (ZAN) reste lettre morte dans de nombreuses régions, tandis que les subventions aux énergies fossiles persistent, comme l’a révélé un récent rapport de la Cour des comptes.

« On achète des avions au lieu de prévenir les incendies », résume un élu écologiste, qui rappelle que la prévention, via la gestion des forêts et l’entretien des massifs, a été systématiquement sous-financée ces dernières années. Les associations environnementales pointent du doigt un « effet d’annonce » visant à donner l’illusion d’une action forte, sans remettre en cause les logiques productivistes qui aggravent la crise écologique.

Les prochains mois seront décisifs : avec des étés de plus en plus secs et des risques de mégafeux comme ceux observés en Australie ou en Californie, la France devra prouver qu’elle est capable de protéger ses territoires. Mais avec des livraisons prévues seulement en 2032, le doute s’installe : l’État a-t-il vraiment compris l’urgence à laquelle nous faisons face ?

Les sapeurs-pompiers en première ligne face à l’impuissance publique

Alors que les SDIS manquent cruellement de moyens, les sapeurs-pompiers, souvent en première ligne face aux incendies, alertent depuis des années sur l’état de délabrement de leurs équipements. Les retards de livraison des Canadair s’ajoutent à une liste déjà longue de carences : véhicules obsolètes, effectifs insuffisants, budgets en berne.

« Nous faisons avec ce que nous avons, mais nous atteignons nos limites », confie un officier des pompiers de l’Hérault, où les feux de forêt ont déjà ravagé des milliers d’hectares en 2025. « Si les incendies s’intensifient, nous ne pourrons pas tenir longtemps ».

Face à cette situation, certains élus locaux réclament un plan Marshall pour les forêts, combinant prévention, moyens humains et technologiques. Mais dans un contexte de restrictions budgétaires et de priorités politiques fluctuantes, la question reste entière : qui paiera pour sauver les forêts françaises ?

L’horizon 2030 : trop tard pour éviter la catastrophe ?

Si les quatre premiers Canadair devraient être livrés d’ici 2028, les douze restants ne le seront pas avant 2032 au plus tôt. Un délai qui interroge sur la capacité de la France à s’adapter à l’emballement climatique. Pendant ce temps, les écosystèmes forestiers, déjà fragilisés par des décennies de gestion à court terme, continuent de s’effondrer.

Les scientifiques sont unanimes : chaque dixième de degré compte. Pourtant, les décisions politiques, qu’il s’agisse de la gestion des forêts ou de l’investissement dans les moyens de lutte, semblent toujours prises dans l’urgence, après la catastrophe, jamais en amont.

« Nous jouons aux pompiers pyromanes », ironise un membre de l’Office national des forêts. « On attend que le feu prenne pour acheter des avions, au lieu d’agir en amont sur la végétation et les sols ».

Alors que le réchauffement climatique s’accélère, la France peut-elle se permettre de continuer à réagir au lieu d’anticiper ? La réponse, dans quelques années, pourrait bien se mesurer en hectares de forêts disparus.

À propos de l'auteur

Renaissance

J'ai travaillé quinze ans dans l'industrie avant d'être licencié lors d'une délocalisation. Mon usine était rentable, mais pas assez pour satisfaire les actionnaires. Ce jour-là, j'ai compris que le système économique dans lequel nous vivons est profondément injuste. J'ai repris des études, je me suis formé au journalisme. Aujourd'hui, je donne une voix à ceux qu'on n'entend jamais dans les médias : les ouvriers, les précaires, les invisibles. La France périphérique existe, et elle doit parler.

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Commentaires (3)

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Mortimer

il y a 1 heure

Ce qui est frappant, c'est le décalage entre l'urgence climatique et les délais d'acquisition. Même l'Australie, qui a des problèmes similaires, a fait mieux avec des livraisons en 5 ans. On marche sur la tête...

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E

Enora du 69

il y a 33 minutes

Rappel utile : en 2018, la Cour des comptes avait déjà pointé du doigt l'absence de stratégie cohérente pour les moyens aériens. 5 ans plus tard, même schéma... À quand une vraie planification ?

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WebSurfer

il y a 2 heures

mdr genre on va attendre 2032 pour éteindre les feux ???!!!! mais c'est quoi cette blague ??? sa va pas du tout là...

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