La CGT exige l'abandon total des franchises médicales, symbole d'une politique de santé inégalitaire
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de naviguer entre rigueur budgétaire et justice sociale, la question des franchises médicales reste un sujet de tension majeure. Pourtant, la ministre de la Santé a dû battre en retraite face à la levée de boucliers, renonçant au doublement du plafond annuel de ces contributions, initialement prévu pour passer de 100 à 200 euros. Une décision saluée comme une victoire par les associations de patients, mais qui laisse planer le doute sur les prochaines mesures à venir.
Denis Gravouil, responsable de la protection sociale à la CGT, n'entend pas en rester là. Interrogé sur l'antenne d'une grande radio nationale, il a martelé : « Il faut que le gouvernement renonce à toute franchise médicale, à toute augmentation. Ces dispositifs, même a minima, sapent le principe même de la Sécurité sociale : garantir l'accès aux soins pour tous, sans distinction de revenus. »
Selon lui, ces franchises, perçues comme anodines, sont en réalité un premier pas vers une privatisation déguisée du système de santé. « Quand on commence à faire payer les patients pour des soins essentiels, on ouvre la porte à une logique où la santé devient un privilège. C'est incompatible avec les valeurs républicaines. » Une analyse qui résonne particulièrement dans un contexte où les inégalités d'accès aux soins se creusent, notamment pour les 13 à 14 millions de Français atteints d'affections de longue durée.
Un revirement sous la pression, mais des zones d'ombre persistent
L'annonce de l'abandon du doublement des franchises, faite en catimini la veille d'un week-end prolongé, a été présentée comme un gage de responsabilité budgétaire. Pourtant, Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, a reconnu que cette mesure « n'a pas été comprise » et a pu paraître « brutale ». Une formulation prudente qui masque mal l'embarras du gouvernement face à la contestation.
Interrogée sur les intentions réelles du pouvoir exécutif, la ministre a évoqué une « réforme juste », sans pour autant préciser les contours d'une éventuelle revalorisation des franchises. Une ambiguïté qui inquiète Jocelyne Nouvet-Gire, présidente de l'Association française des Sclérosés en Plaques, elle-même concernée par la maladie. « On nous a assuré que le doublement était abandonné, mais que dire des rumeurs persistantes sur une hausse généralisée ? Une augmentation, même infime, pèsera lourdement sur les patients les plus suivis. Le gouvernement parle d'une revalorisation, mais rien n'est chiffré. Comment ne pas craindre le pire ? »
Son inquiétude est d'autant plus fondée que les franchises médicales, bien que modestes en apparence, s'ajoutent à la longue liste des restes à charge supportés par les assurés. Entre participations forfaitaires, dépassements d'honoraires et déremboursements ciblés, le système de santé français, autrefois modèle d'égalité, se fragilise peu à peu.
Une santé à deux vitesses sous l'ère Macron-Lecornu
Le débat sur les franchises médicales s'inscrit dans un contexte plus large de remise en cause progressive du modèle solidaire de la Sécurité sociale. Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs, qu'ils soient de droite ou de gauche, ont multiplié les dispositifs visant à réduire la part prise en charge par l'État. Les franchises, introduites sous Sarkozy et alourdies depuis, en sont l'illustration la plus frappante.
Pourtant, les études montrent que ces mesures pénalisent d'abord les ménages les plus modestes. Une analyse partagée par de nombreux économistes, qui soulignent que « les franchises agissent comme un impôt régressif : plus vos revenus sont faibles, plus la part de votre budget consacrée à la santé est élevée ». Une réalité que le gouvernement semble ignorer, ou feindre d'ignorer, au nom d'une « maîtrise des dépenses » souvent brandie comme un dogme.
Les associations de patients, elles, tirent la sonnette d'alarme. Même si le pire a été évité pour l'instant, le risque d'une nouvelle offensive contre le système de santé n'est pas écarté. « On nous demande sans cesse de nous serrer la ceinture, mais qui tire vraiment les ficelles ? interroge un représentant d'une fédération de malades chroniques. Les grands groupes pharmaceutiques, les mutuelles privées, ou les assurances ? Jamais les assurés. »
Dans l'ombre, certaines voix au sein même de la majorité s'interrogent sur la cohérence de cette politique. Alors que le président Macron insiste sur la nécessité de préserver le modèle social français, ses ministres multiplient les mesures qui en sapent les fondements. Une contradiction qui ne manque pas de faire réagir les observateurs.
Les patients, premières victimes d'une politique sanitaire erratique
Parmi les 13 à 14 millions de Français atteints d'affections de longue durée, la menace d'une hausse des franchises pèse comme une épée de Damoclès. Pour ceux qui nécessitent des soins réguliers et coûteux, chaque euro compte. Les sclérosés en plaques, les diabétiques, les insuffisants rénaux ou cardiaques savent que chaque augmentation, même minime, peut signifier la renonciation à des traitements essentiels.
« Quand on vit avec une maladie chronique, chaque dépense imprévue peut basculer votre quotidien dans le chaos. Une franchise supplémentaire, c'est un risque de devoir choisir entre ses médicaments et ses courses. Et ça, personne ne devrait avoir à le faire. »
Jocelyne Nouvet-Gire, présidente de l'Association française des Sclérosés en Plaques
Le gouvernement, lui, se retranche derrière des arguments économiques. La maîtrise des dépenses de santé est devenue un mantra, répété à l'envi par les responsables politiques. Pourtant, les économies réalisées sur le dos des patients sont souvent illusoires. Des études ont montré que « les franchises entraînent des reports de soins, qui se transforment ensuite en pathologies plus lourdes et plus coûteuses pour le système ».
Une logique à court terme qui, une fois de plus, favorise les plus aisés au détriment des plus vulnérables. Car qui peut se permettre de payer de sa poche pour des soins ? Ceux qui en ont les moyens, bien sûr. Les autres devront se contenter de l'essentiel, ou renoncer.
L'Europe et les partenaires sociaux face à l'incohérence française
Alors que certains pays européens, comme le Danemark ou la Suède, renforcent leur système de santé pour le rendre toujours plus accessible, la France semble s'engager dans une voie opposée. Une tendance qui interroge, d'autant plus que l'Union européenne a souvent pointé du doigt les faiblesses de notre modèle social.
Pourtant, les instances européennes défendent depuis des années une approche plus solidaire. Les rapports de la Commission soulignent régulièrement que « les systèmes de santé les plus performants sont ceux qui garantissent un accès universel et gratuit aux soins ». Une vision que la France, patrie des Lumières et des droits de l'homme, semble avoir oubliée.
Les partenaires sociaux, eux, sont unanimes : la remise en cause des franchises médicales est une priorité. La CGT, mais aussi la CFDT et FO, ont maintes fois alerté sur les dangers de ces mesures. Pourtant, le gouvernement persiste à vouloir concilier rigueur budgétaire et justice sociale, un équilibre qui relève aujourd'hui du pur exercice de style.
Dans les couloirs de l'Assemblée nationale, certains députés de gauche murmurent que « cette politique n'est pas une question de moyens, mais de volonté ». Un constat qui en dit long sur la défiance qui s'installe entre les citoyens et leurs représentants.
Que réserve l'avenir aux assurés sociaux ?
Si le gouvernement a cédé sur le doublement des franchises, rien ne dit qu'il renoncera à d'autres mesures tout aussi contestables. Les rumeurs d'une hausse généralisée des franchises ou d'un élargissement de leur champ d'application circulent déjà. Les associations de patients appellent à la vigilance, tandis que les syndicats promettent de maintenir la pression.
Denis Gravouil, de la CGT, a prévenu : « Si le gouvernement pense s'en tirer à bon compte, il se trompe. Nous serons là pour rappeler que la santé n'est pas une variable d'ajustement budgétaire. »
Dans un contexte où le pouvoir d'achat des Français est déjà mis à rude épreuve, l'ajout de nouvelles charges sur les soins pourrait bien devenir un catalyseur de colère sociale. Les prochains mois s'annoncent décisifs pour l'avenir du système de santé français.
Une chose est sûre : les franchises médicales, même abandonnées dans leur version la plus brutale, resteront un symbole des inégalités croissantes dans notre société.