Gauche en lambeaux : les communistes excluent leurs députés pour Mélenchon

Par Anadiplose 07/11/2026 à 15:21
Gauche en lambeaux : les communistes excluent leurs députés pour Mélenchon

Le PCF exclut ses députés ralliés à Mélenchon : une scission qui fragilise la gauche face à Macron et Le Pen. La stratégie de Roussel mise en échec par les dissidences internes.

Scission à gauche : le PCF expulse ses élus ralliés à Mélenchon

Le Parti communiste français (PCF) a franchi une étape radicale dans sa stratégie présidentielle, samedi 7 novembre 2026, en décidant d’exclure de ses rangs tout adhérent soutenant un candidat alternatif à Fabien Roussel pour 2027. Une décision qui illustre les fractures persistantes au sein de la gauche radicale, dans un contexte où l’extrême droite menace de s’imposer face à un pouvoir macroniste en perte de vitesse.

Une décision collective contestée par les dissidents

Le conseil national du PCF a acté samedi une motion sans appel : « Tout adhérent qui choisirait de soutenir un autre candidat que Fabien Roussel se mettra de lui-même en dehors du parti et de ses instances ». Une sentence qui vise directement cinq députés communistes ayant publiquement apporté leur soutien à Jean-Luc Mélenchon, figure de proue de La France insoumise (LFI). Parmi eux, Stéphane Peu (Seine-Saint-Denis), Elsa Faucillon (Hauts-de-Seine) et Soumya Bourouaha (Seine-Saint-Denis) ont été désavoués par leur propre formation, qui leur reproche un « manquement à la discipline collective ».

Le cas de Nicolas Sansu, député du Cher, est encore plus emblématique : après avoir été suspendu de sa fédération pour des raisons disciplinaires – une plainte pour harcèlement ayant été déposée contre lui – il a choisi de rendre sa carte du PCF, tout en restant financièrement rattaché au parti, selon les registres de l’Assemblée nationale. Une ambiguïté juridique qui révèle les tensions internes au mouvement, où les luttes de pouvoir se superposent aux divergences stratégiques.

Cinq autres élus ultramarins, membres du même groupe parlementaire que les communistes, ont également basculé vers Mélenchon, confirmant l’ampleur de la rébellion. Une fronde qui interroge sur la capacité du PCF à maintenir son unité à l’aube d’une présidentielle où la survie du camp progressiste semble plus que jamais en jeu.

Un choix majoritaire qui divise

La décision du PCF s’appuie sur un vote interne organisé début septembre, où 72 % des militants avaient plébiscité la candidature de Fabien Roussel. Une légitimité démocratique que le parti brandit comme une justification absolue : « Par respect de la vie démocratique de notre mouvement, chaque adhérent se doit de respecter le choix majoritaire », peut-on lire dans le communiqué de l’instance dirigeante. Cette rhétorique, pourtant, sonne comme un aveu d’impuissance : comment un parti miné par les divisions internes pourrait-il prétendre incarner une alternative crédible face à Marine Le Pen, dont l’ombre grandissante plane sur la campagne ?

Les députés dissidents, eux, justifient leur ralliement à Mélenchon par un argument choc : « Le risque d’une victoire du Rassemblement national est trop grave pour que nous restions divisés ». Une déclaration qui en dit long sur l’urgence perçue par une partie de la gauche, mais qui ne convainc pas les partisans de Roussel, pour qui l’alliance avec LFI relève d’un « suicide politique ».

Macron en embuscade, Le Pen en embuscade

Dans ce paysage politique en ébullition, le gouvernement Lecornu II observe la scène avec une attention mêlée d’inquiétude. Sébastien Lecornu, Premier ministre, se trouve face à un dilemme : comment gérer une gauche fragmentée sans offrir de prise à l’extrême droite, dont les scores dans les sondages flirtent dangereusement avec ceux du camp présidentiel ? La stratégie du PCF, en tout cas, semble avoir choisi son camp : plutôt que de s’unir avec Mélenchon, elle préfère s’isoler, au risque de marginaliser encore davantage sa voix dans le débat national.

Les observateurs s’interrogent : cette scission n’est-elle pas le symptôme d’un échec plus large de la gauche à se réinventer ? Entre un PCF figé dans ses dogmes, une LFI perçue comme trop radicale par une partie de l’électorat modéré, et un Parti socialiste en pleine reconstruction, les cartes semblent complètement rebattues. Et si la véritable bataille de 2027 opposait, une fois de plus, l’extrême droite à un camp présidentiel affaibli, sans véritable alternative à gauche ?

L’Europe regarde, la France hésite

À Bruxelles, l’inquiétude grandit. Les institutions européennes, déjà sous tension avec les régimes illibéraux de Pologne et de Hongrie – où les démocrates sont systématiquement muselés – craignent que la France ne bascule à son tour dans une dynamique de repli nationaliste. « Une victoire de Le Pen serait un séisme pour l’Union européenne », confie un haut fonctionnaire de la Commission, sous couvert d’anonymat. Les divisions de la gauche française, si elles persistent, pourraient bien offrir à l’extrême droite une opportunité historique.

Dans les DOM-TOM, où le vote est souvent déterminant, les tensions entre partisans de Roussel et de Mélenchon risquent de s’exacerber. Les élus ultramarins, souvent en première ligne face aux enjeux climatiques et sociaux, pourraient-ils devenir les arbitres d’une bataille qui dépasse largement les frontières hexagonales ? Une chose est sûre : dans un contexte où la Russie de Poutine et la Chine de Xi Jinping multiplient les pressions sur les démocraties européennes, l’unité de la gauche française n’a jamais été aussi cruciale… et aussi improbable.

Que reste-t-il du rêve communiste ?

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a tenté de donner une image rassembleuse en insistant sur la nécessité de « respecter le choix collectif ». Pourtant, les faits sont têtus : en expulsant ses propres députés, le parti signe peut-être l’acte de décès de son influence historique. Avec seulement 2,7 % des voix aux dernières européennes, le PCF peine à convaincre au-delà de ses bastions traditionnels. Et si son acharnement à exclure ceux qui osent penser différemment n’était qu’un aveu de faiblesse ?

Les communistes français sont-ils condamnés à devenir une force nostalgique, incapable de s’adapter à un monde où les lignes de fracture dépassent largement le clivage gauche-droite ? Une chose est certaine : dans l’arène politique actuelle, où les États-Unis de Trump et la Turquie d’Erdoğan montrent la voie d’un autoritarisme assumé, l’Europe a besoin de voix fortes, unifiées, et porteuses d’espoir. La gauche française sera-t-elle à la hauteur ?

Pour l’heure, le PCF semble avoir choisi la voie de la radicalité. Mais à quel prix ?

Les acteurs clés d’une crise annoncée

Alors que le calendrier politique s’accélère, plusieurs figures émergent dans ce jeu de pouvoir aux enjeux colossaux. D’un côté, Fabien Roussel, qui mise sur une ligne dure pour tenter de relancer son parti, mais risque de le condamner à l’isolement. De l’autre, Jean-Luc Mélenchon, dont la stratégie d’union des gauches peine à convaincre, mais qui reste le seul à incarner une dynamique de rassemblement face à la menace Le Pen.

Entre les deux, le gouvernement Lecornu II observe, impuissant, une gauche qui se déchire tandis que l’extrême droite se renforce. Et si, in fine, la vraie victoire revenait à ceux qui, en coulisses, tirent profit de ces divisions ?

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (5)

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Augustin Bocage

il y a 10 minutes

Ce qui est frappant, c'est que cette scission intervient juste après les municipales où le PCF a perdu 40% de ses villes. La stratégie de Roussel semble avoir accéléré la chute. À comparer aux 2012 où le PS avait mis 2 ans à s'effondrer...

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K

Kaysersberg

il y a 36 minutes

@le-dubitatif-2022 C'est pas une trahison, c'est une divergence idéologique ! Le PCF reste ancré dans le réel, Mélenchon lui veut du rêve écolo à 2 balles. Mais bon, après 20 ans à se prendre des claquettes...

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I

Isabelle du 61

il y a 52 minutes

Encore... Bon, on va encore entendre parler de 'trahison' pendant 3 semaines avant que tout le monde oublie. Mouais.

8
C

Corte

il y a 1 heure

Et Mélenchon qui jubile déjà en se disant 'encore un morceau de gauche qui vient à moi'. Quelle stratégie.

2
H

HGW_304

il y a 1 heure

nooooon mais c'est quoi ce bordel ???!!! Le PCF se suicide en direct mdr... On a vraiment besoin d'une gauche unie mais là c'est kéké

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