Un record historique célébré dans les territoires, y compris à gauche
Vendredi 4 septembre 2026 restera une date gravée dans l’histoire politique italienne. Giorgia Meloni, dirigeante d’extrême droite, vient de battre un record de longévité en devenant la Première ministre la plus durable de la République italienne avec 1 413 jours à la tête du gouvernement. Une longévité exceptionnelle dans un pays habitué aux instabilités ministérielles, célébrée par des scènes de liesse devant ses militants à Rome. Pourtant, c’est dans son propre quartier d’origine, Garbatella – un bastion historiquement ancré à gauche – que les témoignages de soutien sont les plus surprenants. « Elle se fait respecter par tout le monde », confie un habitant sous les applaudissements, tandis qu’un autre assume sans complexe : « Je l’aime bien. J’étais de gauche, mais j’ai voté Meloni ». Une popularité insolente, qui oscille autour de 40 % d’opinions favorables dans un pays profondément divisé, mais dont la durabilité interroge les observateurs.
Cette popularité transcende les clivages traditionnels, comme en témoignent les images diffusées par France Télévisions : dans les rues de Rome, des militants de tous horizons admettent leur admiration pour la dirigeante. « Avant, en Europe, il n’y avait que la France et l’Allemagne. Maintenant, il y a aussi l’Italie », déclare un jeune militant, évoquant les poignées de main chaleureuses échangées avec Ursula von der Leyen. Plus encore, la scène surréaliste du président albanais Enkelejd Alibeaj s’inclinant devant elle lors d’une visite officielle en 2025 a marqué les esprits, symbolisant l’influence retrouvée de Rome.
Un virage européen forcé, mais assumé
Depuis octobre 2022, Giorgia Meloni a opéré un virage spectaculaire, troquant les postures souverainistes contre une realpolitik économique qui a rassuré les marchés et les partenaires européens. « Fini les critiques contre l’Europe. On a besoin des fonds communautaires », explique un observateur romain. Cette conversion a permis à l’Italie d’éviter une procédure pour déficit excessif et de bénéficier des plans de relance post-Covid, malgré des tensions récurrentes avec Bruxelles sur les règles budgétaires. Les résultats sont là : le déficit public est passé de 7 % à 3 % du PIB en quatre ans, tandis que la croissance a connu un léger rebond en 2025 (+1,2 %).
Pourtant, ce redressement reste fragile. « Les salaires ont augmenté, les taxes baissé, l’emploi soutenu », affirmait Meloni lors d’un discours en mars 2026. Pourtant, dans les épiceries sociales de Rome, les files d’attente s’allongent.
« Les choses n’ont pas changé, elles ont empiré. Avec mon mari, on a seulement 1 000 euros de revenus pour payer le crédit, les factures, la voiture. On n’y arrive pas. »
Une contradiction qui illustre les limites d’un modèle économique où la réduction des minima sociaux et la suppression de certains crédits d’impôts ont creusé les inégalités. « Les finances publiques se sont améliorées, mais certains Italiens se sont appauvris », constate Paul-Luc Monnier, envoyé spécial de France Télévisions à Rome. Maria, mère de deux enfants sous pseudonyme, témoigne : « Avec mon mari, on a 1 000 euros de revenus. Il faut tout payer : le crédit, les factures, la voiture. On survit, mais on ne vit pas. »
Le SMIC n’existe pas en Italie, où les salaires restent parmi les plus bas d’Europe. En quatre ans, près d’une centaine de nouveaux inscrits ont rejoint une épicerie sociale romaine en à peine trois mois, un signe des tensions sociales persistantes malgré le discours officiel sur la « reprise ».
Immigration : entre fermeté affichée et dépendance économique vitale
Sur le front migratoire, Giorgia Meloni a affiché une fermeté sans précédent. Ses déclarations tonitruantes – « Je ne permettrai pas que l’Italie devienne le camp de réfugiés de l’Europe » – ont trouvé un écho dans les urnes. Les entrées illégales ont chuté de 58 % grâce à des accords controversés avec la Libye et la Tunisie. Pourtant, cette politique révèle ses contradictions majeures : les régularisations de travailleurs étrangers ont atteint un niveau historique, avec près d’un million de permis de travail délivrés en quatre ans, confirmant une dépendance économique structurelle.
Sonu Srivastav, 38 ans, venu d’Inde en 2023, illustre cette réalité : « Je travaille ici depuis trois ans. Sans nous, ces exploitations agricoles ne pourraient pas tourner. » Sonu incarne le paradoxe d’une politique migratoire où la main-d’œuvre étrangère est à la fois indispensable et contestée. Les responsables d’un domaine agritouristique de 26 salariés, dont 8 étrangers, confirment cette dépendance : « Sans les étrangers, c’est impossible, on ne pourrait pas continuer. Nos compatriotes italiens ne veulent plus faire ces métiers durs et difficiles », explique Surya Bianchi, responsable du personnel de Casale di Martignano. Cette situation révèle un autre échec de Meloni : son projet phare de déportation des migrants vers des centres en Albanie, qui reste un fiasco cuisant.
« Elle a compris que l’Italie ne pouvait se passer de main-d’œuvre étrangère, malgré ses discours », analyse un diplomate romain. Ce revirement n’a pas suffi à apaiser les tensions avec les ONG ou avec la France, accusée de « dumping social » par Rome. Pourtant, malgré ces contradictions, l’Italie enregistre un nombre record de régularisations, confirmant que l’économie italienne dépend désormais structurellement des travailleurs étrangers.
Une stature internationale renforcée, mais des défis internes persistants
Sur la scène internationale, Giorgia Meloni a gagné en influence. Ses relations avec les chefs d’État étrangers sont devenues un spectacle médiatique récurrent : des poignées de main chaleureuses avec Ursula von der Leyen, des échanges complices avec le président albanais – qui s’est même prosterné devant elle lors d’une visite en 2025 – ou encore son alignement sans faille sur les positions américaines concernant l’Ukraine. « Aujourd’hui, l’Italie compte vraiment », estime un jeune militant. « Giorgia a redonné à l’Italie sa fierté et sa place sur la scène internationale », ajoute-t-il.
Pourtant, ses rapports avec certains alliés européens restent tendus. Si elle a rompu avec la Hongrie de Viktor Orbán, évitant soigneusement de s’associer à son isolement, ses relations avec Paris oscillent entre coopération pragmatique et divergences frontalières – notamment sur la politique migratoire et les subventions agricoles. « Meloni joue désormais un rôle de premier plan dans la défense européenne », note un analyste, soulignant son implication croissante dans les discussions sur l’autonomie stratégique du continent. Son pragmatisme économique et son alignement transatlantique ont renforcé son image de dirigeante fiable, mais son héritage idéologique continue de diviser profondément.
Un paradoxe qui résume l’Italie de Meloni en 2026 : une dirigeante plus forte que jamais, mais un pays où la promesse de prospérité reste à tenir pour des millions de citoyens. Entre stabilité politique retrouvée et inégalités sociales persistantes, entre pragmatisme économique et ambiguïtés idéologiques, son parcours offre un tableau contrasté, scruté avec attention par les mouvements populistes européens qui y voient un modèle à suivre.
L’Italie de Meloni : un laboratoire pour l’extrême droite européenne
L’expérience Meloni est désormais analysée avec une attention obsessionnelle par les partis populistes du continent. En France, en Allemagne ou en Espagne, des figures comme Marine Le Pen ou Santiago Abascal y voient un exemple à suivre : comment concilier radicalité idéologique et gouvernance acceptable dans le cadre des institutions européennes. Pourtant, les défis italiens rappellent que le pouvoir, surtout lorsqu’il est conquis par des forces autrefois marginales, n’est jamais une sinécure. Meloni a prouvé qu’elle pouvait durer. Mais son héritage reste à écrire, entre stabilité retrouvée et fractures sociales profondes.
Une chose est certaine : son expérience servira de référence, voire d’avertissement, pour les mouvements populistes européens dans les années à venir. Alors que l’Italie célèbre ce record de longévité, une question persiste : cette stabilité sera-t-elle synonyme de transformation durable, ou simplement le reflet d’un statu quo coûteux ? Dans les épiceries sociales de Rome, où les files d’attente s’allongent, le doute s’installe. « On nous parle de redressement, mais nous, on ne voit que la précarité », confie Maria, mère de deux enfants. Les prochaines élections, prévues en 2027, s’annoncent comme un nouveau défi pour cette dirigeante dont le pragmatisme a séduit une partie de l’électorat, mais dont le bilan social divise profondément la société italienne.
Ce qu’il faut retenir
• Un record historique et une popularité insolente : 1 413 jours au pouvoir dans un pays habitué aux instabilités politiques, célébré par des scènes de liesse populaire dans son quartier romain d’origine, où des habitants déclarent « Elle se fait respecter par tout le monde ». Une popularité autour de 40 %, y compris dans des bastions de gauche, où des électeurs comme ce Romain assumant « J’étais de gauche, mais j’ai voté Meloni » illustrent une transcendance des clivages traditionnels.
• Une stature internationale renforcée : alignement sur les positions américaines concernant l’Ukraine, rôle clé dans la défense européenne, et scènes symboliques comme la prosternation du président albanais Enkelejd Alibeaj devant Meloni, illustrant la reconnaissance de l’Italie comme interlocutrice majeure en Europe.
• Une politique migratoire paradoxale : baisse des entrées illégales (-58 %), mais hausse record des régularisations (près d’un million de permis de travail en quatre ans), indispensables à l’économie italienne. Sonu Srivastav, venu d’Inde en 2023, incarne cette dépendance : « Sans nous, ces exploitations agricoles ne pourraient pas tourner », explique-t-il. Pourtant, son projet de déportation des migrants vers des centres en Albanie reste un échec.
• Un bilan économique en demi-teinte : croissance molle, dette toujours élevée (près de 140 % du PIB), et inégalités sociales qui s’aggravent, notamment avec la suppression de crédits d’impôts et la baisse des minima sociaux. Les files d’attente qui s’allongent dans les épiceries sociales de Rome en témoignent : « Avec mon mari, on a 1 000 euros de revenus. On survit, mais on ne vit pas », confie une mère de famille.
• Un héritage controversé : entre pragmatisme et ambiguïtés idéologiques, Meloni redéfinit les contours de l’extrême droite européenne et pose la question de sa durabilité dans les institutions démocratiques, alors que les prochaines élections approchent en 2027.
Meloni, entre succès politiques et fractures sociales
Alors que les prochaines élections approchent en Italie, la question de l’héritage de Giorgia Meloni devient centrale. Son parcours montre qu’une dirigeante d’extrême droite peut gouverner sans déclencher de crise institutionnelle majeure. Mais il révèle aussi les limites d’un modèle économique qui creuse les inégalités et d’une politique migratoire qui oscille entre fermeté affichée et dépendance économique vitale, comme en témoignent les témoignages des Italiens précaires et des employeurs agricoles.
Pour ses soutiens, elle a redonné à l’Italie sa fierté et sa place sur la scène internationale, illustrée par des scènes symboliques comme la prosternation du président albanais Enkelejd Alibeaj. Pour ses détracteurs, elle incarne une normalisation dangereuse de l’extrême droite, où les compromis idéologiques servent avant tout la survie du pouvoir. Une chose est certaine : son expérience servira de référence, voire d’avertissement, pour les mouvements populistes européens dans les années à venir.
Face à cette situation, les analystes soulignent que Meloni a su transformer son image, mais que les défis structurels de l’Italie – vieillissement démographique, dette publique abyssale, inégalités territoriales – restent entiers. « Elle a montré qu’une extrême droite pouvait gouverner, mais le modèle italien est-il transposable ? », s’interroge un politologue italien basé à Rome, alors que les tensions sociales s’exacerbent dans les grandes villes. Alors que les files d’attente s’allongent devant les épiceries sociales et que les prochaines élections approchent, l’Italie de Meloni reste un pays de contrastes, où la stabilité politique ne suffit pas à masquer les fractures sociales.
L’économie italienne sous Meloni : entre dépendance aux travailleurs étrangers et précarité persistante
Parmi les paradoxes les plus marquants de ce mandat figure l’explosion des régularisations, avec près d’un million de permis de travail délivrés en quatre ans. Ce revirement reflète une réalité économique incontournable : l’Italie vieillit et manque de bras. Dans les campagnes, les exploitations agritouristiques dépendent désormais structurellement de cette main-d’œuvre étrangère. Les responsables du domaine Casale di Martignano l’admettent sans détour : « Sans les étrangers, c’est impossible. Nos compatriotes italiens ne veulent plus faire ces métiers durs et difficiles ». Une dépendance qui contraste cruellement avec le discours initial de Meloni sur la « priorité nationale » dans l’emploi.
Cette contradiction n’a pas échappé aux observateurs. Un diplomate romain résume la situation : « Meloni a compris que l’Italie ne pouvait se passer de main-d’œuvre étrangère, malgré ses discours. Le résultat ? Un taux de régularisation historique, mais aussi des tensions persistantes avec les ONG et les partenaires européens, qui dénoncent un « dumping social ».
Ce modèle économique, où la croissance dépend d’une main-d’œuvre bon marché et précarisée, soulève des questions sur la durabilité du redressement italien. « Nous avons augmenté les salaires, baissé les taxes, soutenu l’emploi », affirmait Meloni en mars 2026. Pourtant, pour des millions d’Italiens, comme cette mère de famille aux 1 000 euros de revenus mensuels, « on survit, mais on ne vit pas ». Un constat qui rappelle que le pragmatisme économique de Meloni n’a pas résolu les inégalités structurelles d’un pays où le SMIC n’existe pas et où les salaires restent parmi les plus bas d’Europe.
Les images diffusées par France Télévisions révèlent l’ampleur de cette précarité : des files d’attente interminables devant les épiceries sociales, des témoignages de familles qui peinent à joindre les deux bouts. « Avec mon mari, on a 1 000 euros de revenus. Il faut tout payer : le crédit, les factures, la voiture », confie une mère de famille sous pseudonyme, illustrant le décalage entre le discours officiel et la réalité vécue par des millions d’Italiens.