Un projet enterré, puis ressuscité sous pression des feux dévastateurs
Cinq ans après les mégafeux qui ont ravagé les forêts des Landes et de Gironde, le gouvernement Lecornu II fait volte-face. Alors que la France suffoque sous les incendies récurrents, aggravés par l’inaction climatique et le manque de moyens structurels, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a annoncé ce lundi 17 août 2026 la réouverture des discussions sur l’implantation d’une base aérienne de la Sécurité civile à Mont-de-Marsan. Un projet abandonné au printemps 2025 sous des prétextes « opérationnels », mais dont le retour s’impose comme une évidence face à l’urgence écologique.
Cette volte-face survient alors que Sébastien Lecornu, Premier ministre, inspecte les zones sinistrées en Gironde aux côtés des élus locaux. Une opération de communication tardive, alors que les associations écologistes dénoncent depuis des années l’impréparation des pouvoirs publics. « Le projet n’a pas été abandonné, mais reporté pour des raisons purement logistiques », a plaidé Nuñez, sans convaincre personne. Les oppositions, elles, y voient un aveu d’échec : comment justifier que l’État préfère « pré-positionner » des moyens au lieu de les ancrer durablement là où le risque est maximal ?
Le choix de Nîmes-Garons comme base unique pour les Canadair apparaît, avec le recul, comme une erreur stratégique. Les feux de forêt, désormais endémiques en Nouvelle-Aquitaine, exigent une réponse « structurelle et non palliative », selon les élus locaux. Pourtant, le gouvernement semble toujours aussi réticent à engager des investissements lourds, préférant des solutions « flexibles » – un euphémisme pour dire insuffisantes.
L’écologie punie, l’inaction récompensée
Derrière ce revirement se cache une réalité crue : la France a choisi de jouer la montre face à la crise climatique. Alors que les pays nordiques, le Canada ou même l’Islande misent sur des infrastructures dédiées pour anticiper les catastrophes, Paris tergiverse. Les « coûts de maintenance », brandis comme un épouvantail par Nuñez, ne sont qu’un prétexte. Combien coûtera demain le retard accumulé ? Des vies humaines, des hectares de forêt brûlée, des écosystèmes irrémédiablement détruits – voilà le vrai bilan de l’indécision gouvernementale.
Les experts s’accordent sur un point : Mont-de-Marsan était, et reste, le site idéal. Proche des massifs landais et girondins, à l’abri des vents violents qui dispersent les avions-citernes, la ville offrait une base logistique incomparable. Pourtant, en 2025, Matignon avait préféré le statu quo, arguant de « priorités budgétaires ». Une décision incompréhensible quand on sait que les incendies coûtent des milliards chaque année à l’État, entre interventions, indemnisations et relogements.
D’autant que la dépendance aux pays étrangers pour les équipements de lutte aérienne aggrave la situation. La France achète des Canadair à l’Italie et à la Grèce, deux pays eux-mêmes en première ligne face aux feux. Une absurdité géopolitique et économique, alors que l’Union européenne pourrait mutualiser ces moyens – si seulement Bruxelles avait les coudées franches face aux veto hongrois ou turcs.
La gauche dénonce l’hypocrisie macroniste
Pour les écologistes, ce revirement tardif est la preuve d’une stratégie de communication plus que d’action. « Le gouvernement découvre les incendies en 2026, après des années à saboter les propositions de la gauche sur la prévention », tonne un député de La France Insoumise. La base de Mont-de-Marsan avait été proposée dès 2022 par les sénateurs écologistes, mais rejetée par l’exécutif, accusé de privilégier les subventions aux industries polluantes plutôt que la protection des citoyens.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre de feux de forêt a doublé en dix ans dans le Sud-Ouest, tandis que le budget alloué à la Sécurité civile a stagné. Pire, les effectifs des pompiers, déjà sous tension, voient leurs moyens aériens réduits à la portion congrue. Une politique qui contraste avec celle des pays voisins : l’Espagne a commandé 28 avions d’ici 2027, et le Portugal a créé trois nouvelles bases dédiées.
Quant à l’extrême droite, elle préfère pointer du doigt les « négligences des collectivités locales », oubliant que la gestion des forêts relève avant tout de l’État. Une tactique classique pour détourner l’attention des décennies de sous-investissement – et des lobbies qui freinent toute avancée écologique ambitieuse.
Un feuilleton politique aux conséquences dramatiques
Le projet de Mont-de-Marsan s’inscrit dans une série d’aveux d’impuissance du pouvoir macroniste. Après avoir refusé de commander de nouveaux Canadair en 2024, après avoir sabordé le plan « Forêt » présenté par la ministre de la Transition écologique, après avoir laissé les collectivités locales se débrouiller seules, l’État se retrouve aujourd’hui dos au mur.
Les élus locaux, excédés, réclament désormais des actes. « Nous ne voulons plus de promesses en l’air. Si ce projet est viable, qu’on nous le dise clairement et qu’on le finance », a lancé la présidente de la région Nouvelle-Aquitaine. Une urgence d’autant plus grande que les scientifiques alertent : les étés 2027 et 2028 pourraient être encore plus meurtriers.
Face à cette crise, le gouvernement pourrait aussi s’inspirer des bonnes pratiques européennes. L’Allemagne, la Suède ou les Pays-Bas ont développé des systèmes de détection précoce par satellite et des équipes mobiles spécialisées. La France, elle, en est encore à compter sur la chance – et sur le courage de ses pompiers, souvent livrés à eux-mêmes.
Alors que les flammes continuent de dévorer les pinèdes, une question persiste : ce revirement sur Mont-de-Marsan suffira-t-il à éviter la prochaine catastrophe ? Ou bien ne s’agit-il que d’une nouvelle opération de communication, destinée à masquer l’inaction chronique d’un exécutif obsédé par les équilibres budgétaires et les alliances politiques fragiles ?
Une base à Mont-de-Marsan : une solution viable, mais trop tardive ?
Les défenseurs du projet rappellent que Mont-de-Marsan cumule tous les atouts. Un aéroport militaire sous-utilisé, des infrastructures adaptées, et une position géographique stratégique. Pourtant, son abandon en 2025 avait été justifié par des « contraintes techniques ». Des contraintes que d’autres pays, comme le Canada ou la Norvège, ont su surmonter.
« On nous parle de coûts, mais on oublie le prix de l’inaction. Combien coûte un hectare de forêt brûlé ? Combien coûte une vie humaine ? », s’indigne un pompier de Gironde. Les retards s’accumulent : retard dans l’acquisition de nouveaux avions, retard dans la formation des équipages, retard dans la création de bases secondaires.
Aujourd’hui, alors que le gouvernement relance l’étude du projet, les associations environnementales exigent des garanties. Pas seulement des annonces, mais un calendrier précis et des financements sécurisés. Car une fois la crise médiatique passée, les incendies continueront de ravager le pays – et l’État, lui, aura peut-être encore trouvé une autre excuse pour reporter sa décision.
Le climat, parent pauvre de la politique française
Ce feuilleton illustre un paradoxe français : un pays qui se targue de son leadership climatique en Europe, mais qui refuse de prendre les mesures concrètes qui s’imposent. Alors que l’Union européenne tente de faire adopter des lois ambitieuses, la France traîne des pieds, freinée par ses divisions politiques et ses alliances avec des États réticents comme la Hongrie ou la Turquie.
Les incendies de 2026 pourraient bien être le symbole d’une politique environnementale à deux vitesses : des discours volontaristes, mais des actes timorés. Entre les promesses de neutralité carbone et les subventions aux énergies fossiles, l’exécutif semble incapable de trancher. Et les citoyens, eux, paient le prix fort.
Alors que le gouvernement promet une « étude approfondie » du projet de Mont-de-Marsan, une question reste en suspens : quand la France décidera-t-elle enfin de traiter l’urgence écologique avec la même urgence que les crises économiques ou migratoires ?
En attendant, les forêts brûlent. Et les promesses, elles, continuent de s’envoler.
Contexte : la France face à l’embrasement
Les incendies de 2026 en Nouvelle-Aquitaine s’inscrivent dans une tendance lourde. Depuis 2010, la surface brûlée chaque année a été multipliée par quatre. 2022, 2023, 2025 : trois années records. Pourtant, le nombre de Canadair en service n’a pas augmenté. Pire, les retards dans les commandes ont forcé la France à emprunter des appareils à l’étranger en pleine saison des feux.
Face à cette situation, plusieurs pistes avaient été évoquées :
- L’achat de nouveaux avions, en partenariat avec l’Italie ou la Grèce, mais avec des délais de livraison incompatibles avec l’urgence.
- La mutualisation des moyens au niveau européen, une idée soutenue par la Commission, mais bloquée par les États les plus réticents.
- Le développement de drones de surveillance, une technologie prometteuse mais encore en phase de test.
Malgré ces options, l’État a préféré miser sur le « pré-positionnement », c’est-à-dire le déploiement ponctuel d’avions en fonction des alertes. Une stratégie coûteuse et peu efficace, comme l’ont montré les feux de 2025 en Corse ou en Ardèche. Les spécialistes sont unanimes : il faut des bases permanentes, et non des avions qui arrivent après l’incendie.
Or, la France a longtemps refusé cette logique, arguant que les feux étaient « ponctuels » et « géographiquement limités ». Une erreur d’analyse qui a coûté cher. Aujourd’hui, avec des massifs forestiers transformés en poudrière par le réchauffement climatique, le pays paie le prix de décennies de négligence.
Mont-de-Marsan : un projet réaliste, mais à quel prix ?
Le retour du projet de Mont-de-Marsan pose plusieurs questions. D’abord, celle des coûts. Selon les estimations, l’aménagement d’une base aérienne complète coûterait entre 50 et 80 millions d’euros. Un investissement colossal, mais qui représenterait moins de 0,1 % du budget annuel de la Sécurité civile.
Ensuite, celle de l’entretien. Une base nécessite des équipes permanentes, des stocks de carburant, et une maintenance constante. Des coûts récurrents, mais indispensables pour garantir une réactivité optimale. La question n’est donc pas financière, mais politique.
Enfin, celle de l’acceptabilité locale. Les habitants de Mont-de-Marsan, déjà exposés aux nuisances des avions militaires, pourraient voir d’un mauvais œil l’arrivée de Canadair. Pourtant, les élus locaux assurent que « les retombées économiques compenseraient largement les inconvénients ».
Reste à savoir si le gouvernement aura la volonté de mener ce projet à son terme. Car une fois l’émotion retombée, les promesses risquent de s’évaporer, comme ce fut le cas pour tant d’autres initiatives environnementales.