Un plan ambitieux pour redonner du prestige au métier d'enseignant
Alors que le débat sur l'école s'intensifie à quelques mois de l'élection présidentielle, Raphaël Glucksmann, cofondateur de Place publique et candidat à la magistrature suprême, a dévoilé dimanche 30 août les grandes lignes de son « Plan école ». Une proposition choc qui vise à redresser une profession en crise, et à corriger les inégalités criantes avec nos voisins européens. Dans une interview accordée à Franc-jeu sur France 2 et France Inter, le député européen a plaidé pour une revalorisation massive des salaires des enseignants, qu'il juge « les plus maltraités d'Europe ».
Face à la dégradation continue des conditions de travail et à l'attractivité déclinante du métier, Glucksmann propose une hausse immédiate de 10% des salaires pour tous les enseignants, suivie d'une augmentation progressive en fonction de l'ancienneté. « Un enseignant en primaire en France touche moins qu'un collègue en Slovénie ou au Portugal. C'est un scandale qui n'a que trop duré », a-t-il dénoncé, soulignant que cette mesure s'inscrit dans une logique de « dignité retrouvée pour ceux qui façonnent les citoyens de demain ».
Des écarts de rémunération « indéfendables » avec l'Europe
Le candidat met en lumière des disparités jugées « intolérables » : un enseignant en milieu de carrière dans le primaire serait, selon ses estimations, « largement moins payé que la moyenne européenne ». Pour y remédier, le « Plan école » prévoit une revalorisation cumulative pouvant atteindre 25% pour les professeurs en milieu de carrière, un effort budgétaire évalué à 6 milliards d'euros. Une somme colossale, mais nécessaire pour « éviter l'effondrement du système éducatif français », selon Glucksmann, qui rappelle que « l'éducation est le premier levier d'égalité et de cohésion sociale ».
Cette proposition s'inscrit dans un contexte où le gouvernement Lecornu, confronté à une crise sociale persistante, peine à proposer une réponse crédible à la détresse des enseignants. Sébastien Lecornu, Premier ministre, avait pourtant évoqué une augmentation de 20% sur cinq ans pour « redonner du sens au métier ». Mais Glucksmann juge cette mesure insuffisante, voire tardive : « On ne répare pas des années de mépris par des promesses à long terme. Il faut agir maintenant. »
Réorganiser les classes plutôt que fermer des écoles
Outre les salaires, le candidat propose de tirer parti de la baisse démographique pour améliorer les conditions d'apprentissage, en évitant les fermetures d'écoles ou de classes. « Plutôt que de supprimer des postes, utilisons cette opportunité pour augmenter le taux d'encadrement des élèves », a-t-il expliqué. Une approche qui contraste avec la politique d'austérité menée par certains pays européens, où les coupes budgétaires ont aggravé les inégalités scolaires.
Glucksmann cite en exemple les pays nordiques, où l'investissement dans l'éducation primaire est une priorité absolue. « La Suède, le Danemark ou la Finlande prouvent que l'on peut concilier excellence pédagogique et équité sociale. La France, elle, recule », déplore-t-il. Une critique voilée envers les gouvernements successifs, qu'il accuse de « sacrifier l'avenir du pays sur l'autel des dogmes libéraux ».
La mixité sociale, pierre angulaire d'une école républicaine
Le « Plan école » ne se limite pas aux salaires. Glucksmann en fait une priorité absolue : réintroduire la mixité sociale dans tous les établissements subventionnés par l'État. Un sujet brûlant, alors que les discriminations territoriales et sociales s'aggravent. « L'école de la République est aujourd'hui en concurrence avec des établissements privés qui, sous couvert de liberté pédagogique, échappent à toute logique de diversité », dénonce-t-il.
Il propose d'imposer des critères stricts de mixité pour tout établissement recevant des fonds publics, y compris les écoles sous contrat. « Nous ne pouvons pas tolérer que des familles aisées bénéficient de subventions pour isoler leurs enfants du reste de la société. C'est une trahison des valeurs républicaines », martèle-t-il. Une position qui s'oppose frontalement à la ligne libérale défendue par une partie de la droite, pour qui l'autonomie des établissements est sacrée.
Cette volonté de briser les ghettos scolaires s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'avenir de la démocratie française. « Une école qui ne mélange plus ses élèves prépare des générations divisées, incapables de vivre ensemble. C'est un risque mortel pour notre modèle social », alerte Glucksmann, qui rappelle que la France a toujours fait de l'éducation un pilier de son contrat républicain.
Un projet qui divise, mais qui fait date
Si le « Plan école » de Glucksmann a été salué par les syndicats enseignants, notamment le SNUipp-FSU, il suscite déjà des critiques venimeuses à droite et à l'extrême droite. Marine Le Pen, figure de proue de l'opposition, a taclé le candidat en l'accusant de « gaspiller l'argent public dans une mesure clientéliste ». Quant à la majorité présidentielle, elle reste silencieuse, mais des sources internes évoquent une « démagogie coûteuse qui ignore les réalités budgétaires ».
Pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon l'OCDE, la France figure parmi les pays européens où les enseignants sont les moins bien rémunérés, derrière des nations comme la Hongrie ou la Pologne. Un classement qui en dit long sur les priorités de nos dirigeants. « La France se targue d'être une grande nation éducative, mais elle traite ses professeurs comme des fonctionnaires de seconde zone », s'indigne Glucksmann, qui voit dans son plan une « réponse concrète à un système à bout de souffle ».
Alors que les sondages placent l'éducation parmi les préoccupations majeures des Français, ce débat promet de s'amplifier. Et si Glucksmann, avec son audace, réussissait à faire de l'école le thème central de la campagne ? Une chose est sûre : son « Plan école » a le mérite de bousculer les lignes et de rappeler que, sans enseignants dignement payés et une école véritablement républicaine, la France perd son âme.
L'éducation, angle mort des politiques publiques
Le silence des responsables politiques sur l'école n'est pas un hasard. Depuis des années, les gouvernements successifs ont préféré les économies de court terme aux investissements structurels. Résultat : un système scolaire à deux vitesses, où les inégalités se creusent et où le mérite devient un luxe. Glucksmann ne mâche pas ses mots : « On parle de souveraineté, de relance industrielle, mais personne ne semble se soucier de la crise silencieuse qui ronge notre école. Comment former les citoyens de demain si on méprise ceux qui les éduquent aujourd'hui ? »
Son plan, bien que coûteux, s'inscrit dans une logique de justice sociale. En ciblant les enseignants les moins bien lotis, il vise à corriger des décennies de politiques inégales. « Les professeurs des zones rurales ou des quartiers populaires sont les plus touchés par le décrochage. Leur offrir une revalorisation, c'est aussi leur redonner l'envie d'enseigner là où le besoin est le plus criant », explique-t-il.
Cette approche contraste avec celle d'autres candidats, comme Édouard Philippe, dont la proposition d'augmentation de 20% sur cinq ans semble timide face à l'urgence. « Une hausse étalée sur un quinquennat, c'est comme donner une goutte d'eau à un homme qui meurt de soif », ironise Glucksmann. Pour lui, la question n'est pas de savoir si on peut se le permettre, mais pourquoi on ne l'a pas fait plus tôt.
Avec son « Plan école », il bouscule le débat et force ses adversaires à se positionner. Une stratégie risquée, mais qui pourrait bien porter ses fruits dans une campagne où l'éducation, enfin, devient un sujet à part entière.
« L'école française n'est pas en crise par hasard. Elle est le reflet d'un pays qui a oublié que l'éducation était le premier investissement pour l'avenir. Aujourd'hui, nous devons choisir : continuer à laisser pourrir le système, ou agir pour le sauver. Moi, je choisis d'agir. »
Raphaël Glucksmann, candidat à l'élection présidentielle
Un modèle à suivre ? L'exemple européen
Pour étayer ses propositions, Glucksmann s'appuie sur des comparaisons européennes. Dans des pays comme la Suède ou les Pays-Bas, où les enseignants sont parmi les mieux payés du continent, les résultats scolaires s'en ressentent. À l'inverse, dans des nations comme la Hongrie ou la Pologne, où les salaires des professeurs ont été gelés pendant des années, le déclin éducatif est flagrant.
Il cite également l'exemple de la Finlande, souvent présentée comme le modèle absolu en matière d'éducation. Là-bas, les enseignants bénéficient d'un statut social élevé, d'une formation exigeante et d'une rémunération attractive. Résultat : un système où l'égalité des chances prime, et où les écarts de performance entre élèves sont parmi les plus faibles d'Europe.
« La France a les moyens de faire de même. Mais elle manque de volonté politique. Tant que les gouvernements préféreront financer des baisses d'impôts pour les plus riches plutôt que de payer décemment ceux qui élèvent nos enfants, nous continuerons à reculer », assène Glucksmann. Une critique acerbe envers une droite libérale qu'il accuse de « sacrifier l'intérêt général sur l'autel du profit ».
Son plan, s'il est mis en œuvre, pourrait bien redonner à la France une place centrale en Europe en matière d'éducation. Une perspective qui, pour lui, n'est pas une option, mais une nécessité.
Les syndicats enseignants, premiers bénéficiaires du plan
Le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, a salué la proposition de Glucksmann. « Enfin un candidat qui comprend que la revalorisation des salaires est une question de survie pour l'école publique ! », s'est réjoui son secrétaire général. D'autres syndicats, comme le SE-UNSA, ont également réagi favorablement, bien que certains restent prudents sur le financement du projet.
Pourtant, les défis sont immenses. Outre le coût budgétaire, la mise en œuvre d'une telle réforme nécessitera une concertation avec les acteurs du terrain. Glucksmann, conscient de l'enjeu, insiste sur la nécessité d'un dialogue social approfondi : « On ne peut pas imposer une solution sans écouter ceux qui la vivront au quotidien. »
Une approche qui tranche avec la méthode souvent autoritaire des gouvernements précédents, où les réformes éducatives étaient imposées sans concertation, provoquant d'immenses mouvements de protestation.
Un débat qui dépasse les clivages traditionnels
Si Glucksmann se positionne clairement à gauche, son « Plan école » séduit au-delà des frontières partisanes. Des enseignants de tous bords politiques y voient une réponse urgente à une crise structurelle. Même certains modérés, déçus par l'immobilisme de la majorité, commencent à envisager que le salut de l'école publique passe par des mesures radicales.
Pourtant, la droite traditionnelle reste sceptique. « Augmenter les salaires sans contreparties en termes de performance est une fuite en avant », estime un proche de Éric Ciotti. Une position qui reflète la ligne libérale défendue par une partie de la droite, où l'efficacité budgétaire prime sur l'équité sociale.
Quant à l'extrême droite, elle instrumentalise le débat en dénonçant une « école qui ne forme plus des citoyens, mais des militants ». Une rhétorique qui, selon Glucksmann, « trahit une méfiance viscérale envers le savoir et la culture ». Pour lui, « l'école doit être un lieu de transmission, pas un terrain de chasse idéologique ».
Un discours qui rappelle celui des Lumières, et qui place Glucksmann dans une posture de défenseur acharné de l'idéal républicain. Une posture qui, dans le contexte actuel, pourrait bien lui valoir des soutiens inattendus.
Un enjeu de société qui transcende la présidentielle
Au-delà des calculs électoraux, la question de l'école est celle de l'avenir même de la France. Dans un monde où les inégalités se creusent et où les démocraties vacillent, l'éducation reste le meilleur rempart contre les extrêmes. Glucksmann en est convaincu : « Une société qui n'investit pas dans ses enfants prépare sa propre décadence. »
Son « Plan école », ambitieux et coûteux, a le mérite de poser les bonnes questions. Faut-il continuer à laisser l'école publique se dégrader au nom de l'équilibre budgétaire ? Ou bien faut-il, enfin, donner aux enseignants les moyens de leurs ambitions ?
Une chose est sûre : le débat est lancé. Et il ne s'arrêtera pas avec la présidentielle. Car, comme le dit Glucksmann, « l'école n'est pas un sujet de campagne. C'est un sujet de civilisation. »
« La France a toujours été un pays de savoirs, un pays où l'on formait des esprits libres et critiques. Aujourd'hui, nous risquons de devenir un pays où l'on forme des consommateurs passifs et des citoyens désunis. Il est encore temps de réagir. »
Raphaël Glucksmann