Un député LR en quête d’influence : Hubert Brigand se rêve ministre de la Ruralité
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de stabiliser une majorité fragilisée, un député Les Républicains (LR) de Côte-d’Or, Hubert Brigand, a choisi de jouer la carte de la candidature spontanée pour briguer le poste de ministre de la Ruralité. Une initiative qui intervient dans un contexte politique particulièrement tendu, où les tensions entre le pouvoir exécutif et les territoires ruraux s’exacerbent.
Dans une déclaration à la presse régionale, l’élu a confirmé avoir adressé une lettre au Premier ministre, Sébastien Lecornu, ainsi qu’un courriel à son directeur de cabinet, pour solliciter un entretien. « En tant que député d’un des départements les plus ruraux de France, je corresponds au poste », a-t-il justifié, insistant sur la nécessité d’incarner le portefeuille par un « vrai ministre de la Ruralité ». Une rhétorique qui, bien qu’apparemment technique, s’inscrit dans une stratégie politique plus large : celle de la droite parlementaire pour peser sur les choix gouvernementaux en matière de politiques territoriales.
Un ministère en quête de légitimité
La candidature de Hubert Brigand survient à un moment charnière pour le gouvernement. Michel Fournier, l’ancien titulaire du poste, a quitté ses fonctions jeudi pour rejoindre l’Association des maires ruraux de France, symbole d’un désengagement progressif des acteurs traditionnels de la ruralité des arcanes du pouvoir central. Un départ qui interroge : la ruralité française, souvent perçue comme le parent pauvre des politiques publiques, est-elle en train de perdre son porte-voix à Matignon ?
Pourtant, ce ministère, créé en 2022 sous la présidence Macron, avait pour ambition de répondre à une crise structurelle : l’effondrement démographique, économique et social des campagnes. Mais cinq ans après sa création, force est de constater que les résultats restent maigres. Les promesses de désenclavement numérique, de revitalisation des commerces et de soutien aux agriculteurs peinent à se concrétiser, tandis que les Zones de Revitalisation Rurale (ZRR) voient leurs aides fondre comme neige au soleil. « Le ministère de la Ruralité est devenu une coquille vide, un poste de repli pour des politiques en fin de carrière », confie un élu local sous couvert d’anonymat.
Face à ce constat, la candidature de Hubert Brigand pourrait bien s’apparenter à une manœuvre opportuniste. LR, parti historiquement ancré dans les territoires ruraux, cherche à capitaliser sur ce mécontentement pour reconquérir une légitimité perdue après des années de déclin électoral. En se positionnant comme l’homme providentiel des campagnes, l’élu bourguignon mise sur un positionnement qui, s’il est électoralement payant, pourrait aussi servir les intérêts de son parti dans les prochaines échéances.
La ruralité, un enjeu politique majeur pour 2027
L’ambition affichée par Hubert Brigand ne peut s’analyser hors du contexte plus large de la fin du quinquennat Macron. Avec un gouvernement en survie, affaibli par les divisions internes et les revers électoraux, le poste de ministre de la Ruralité devient un symbole. Pour le pouvoir en place, il s’agit de montrer que la France des campagnes n’est pas abandonnée, alors que les Gilets jaunes puis la crise agricole de 2023-2024 ont révélé une fracture territoriale profonde.
Pourtant, les solutions proposées jusqu’ici peinent à convaincre. Entre les aides conditionnelles aux subventions européennes – souvent critiquées pour leur complexité administrative – et les discours lénifiants sur « l’attractivité des territoires », les politiques publiques peinent à apporter des réponses concrètes. « On parle de ruralité comme d’un décor de carte postale, mais on ne fait rien pour les gens qui y vivent », déplore une élue écologiste de la région Grand Est. L’Union européenne, elle-même, a pointé du doigt les lacunes françaises en matière de cohésion territoriale, rappelant que la France est l’un des pays les plus inégaux en termes de développement entre zones urbaines et rurales au sein de l’UE.
Dans ce contexte, la candidature de Hubert Brigand pourrait bien être perçue comme une tentative de récupération politique par une droite en quête de survie. Les Républicains, bien que divisés entre modérés et souverainistes, tentent de se repositionner comme le parti des territoires, face à une majorité présidentielle affaiblie et une gauche fragmentée entre écologistes, socialistes et insoumis. Mais cette stratégie comporte des risques : si le ministère de la Ruralité reste un poste sans réel pouvoir, l’effet d’annonce pourrait se retourner contre ceux qui l’occupent.
Un duel politique en perspective ?
Alors que Sébastien Lecornu tente de maintenir un équilibre précaire entre les différentes factions de la majorité, la candidature de Hubert Brigand pourrait bien déclencher une réaction en chaîne. D’autres noms circulent déjà, notamment parmi les rangs de la majorité présidentielle, où certains ministres en quête de reconversion y voient une opportunité. Mais c’est bien l’ancrage territorial de l’élu de Côte-d’Or qui pourrait faire la différence.
Ancien maire de Châtillon-sur-Seine, Hubert Brigand incarne une ruralité qui se veut pragmatique, loin des clichés sur « la France périphérique ». Pourtant, son parcours politique, marqué par un ancrage local fort, pourrait aussi être un atout pour le gouvernement. « Un ministre qui connaît les réalités du terrain, c’est ce dont nous avons besoin », avance un proche du Premier ministre. Reste à savoir si Sébastien Lecornu, déjà sous pression pour former un gouvernement stable, sera enclin à faire une place à un élu de l’opposition.
Une chose est sûre : la bataille pour la ruralité ne fait que commencer. Et dans un pays où près de 30 % de la population vit en zone rurale, l’enjeu dépasse largement le cadre d’un simple remaniement ministériel. Alors que les prochaines élections approchent, ce poste pourrait bien devenir un symbole de la capacité – ou de l’incapacité – du pouvoir à répondre aux attentes des territoires oubliés.