Benjamin Haddad défend une ligne dure sur l’immigration face aux tensions internes
Dans un entretien accordé ce jeudi 30 avril 2026 aux 4 Vérités, Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe, a réaffirmé avec fermeté sa position sur la question migratoire, provoquant des remous au sein même de la majorité présidentielle. Alors que le président de la République, Emmanuel Macron, avait récemment dénoncé les obstacles opposés aux médecins diplômés hors Union européenne souhaitant exercer en France, Haddad a balayé toute idée de régularisations massives, alignant sa rhétorique sur celle de l’extrême droite européenne.
Une immigration « choisie », mais sous conditions strictes
Le ministre a martelé son opposition aux régularisations de grande ampleur, une position qui contraste avec les déclarations de Macron en Ariège, où ce dernier avait souligné la nécessité de pallier les déserts médicaux. Haddad a insisté sur l’idée d’une immigration économique ciblée, conditionnée à des besoins démocratiquement identifiés. « Quand on a des règles, il faut les faire respecter », a-t-il lancé, sous-entendant que les dispositifs actuels, comme les circulaires Valls ou la loi Darmanin, suffisaient à répondre aux pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs.
« Je ne suis pas favorable, je ne l’ai jamais été, à des régularisations massives comme l’ont fait certains de nos voisins. » Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où la France, sous pression démographique et économique, doit composer avec les exigences de Bruxelles en matière de maîtrise des flux migratoires. Le gouvernement Lecornu II, marqué par une ligne plus restrictive, semble ainsi renforcer ses liens avec les thèses portées par l’exécutif hongrois ou italien, malgré les critiques de la Commission européenne.
Macron et Haddad : une divergence stratégique ?
La tension entre le chef de l’État et son ministre reflète les contradictions d’une majorité présidentielle tiraillée entre libéralisme économique et fermeté migratoire. Macron, qui avait évoqué en Ariège la situation d’un médecin algérien, semble prêt à assouplir les règles pour les professions en tension, tandis que Haddad campe sur une ligne dure, alignée sur les positions de la droite et de l’extrême droite. Une fracture qui interroge sur la cohérence d’une politique migratoire française à l’approche des échéances électorales.
Interrogé sur la régularisation des travailleurs étrangers en situation irrégulière mais intégrés, Haddad a éludé la question, se contentant de rappeler l’existence de dispositifs « ciblés ». Une réponse qui laisse planer le doute sur l’avenir des milliers de personnes sans-papiers contribuant pourtant à l’économie française.
Énergie : la France entre protectionnisme et dépendance aux géants pétroliers
Dans un échange avec le journaliste Gilles Bornstein, Haddad a abordé la question des superprofits de Total, dont les revenus ont atteint 5,8 milliards de dollars en trois mois. Cinq pays européens, dont l’Allemagne et l’Italie, ont réclamé une taxation européenne de ces bénéfices, mais la France, sous la pression du gouvernement, tergiverse. « On n’exclut ni des mesures nationales, ni des mesures européennes », a déclaré Haddad, avant de rappeler que Total réalise l’essentiel de ses profits à l’étranger.
Le ministre a justifié cette prudence par la nécessité de « protéger nos concitoyens de l’augmentation des prix de l’énergie ». Pourtant, les mesures annoncées par le gouvernement, comme le plafonnement des prix à la pompe, peinent à convaincre. « Il n’y a pas de recettes fiscales supplémentaires pour l’État, elles sont redistribuées pour protéger », a-t-il plaidé, une rhétorique qui rappelle les promesses non tenues des gouvernements précédents.
Face aux critiques sur l’inaction européenne, Haddad a mis en avant les efforts français pour réduire la dépendance aux hydrocarbures, notamment à travers l’électrification et les investissements dans le nucléaire et les énergies renouvelables. Une stratégie louable, mais qui ne suffira pas à court terme à atténuer la crise du pouvoir d’achat.
L’Europe, entre divisions et menaces extérieures
Le ministre a également abordé la question de la présence militaire américaine en Europe, alors que Donald Trump menace de retirer des troupes d’Allemagne. Haddad a souligné la nécessité pour l’Europe de « ne pas dépendre des soubresauts » d’un dirigeant américain, rappelant que Washington réduit depuis des années son engagement continental. « Les États-Unis, sous Obama puis Biden, ont toujours privilégié l’Asie et pris des mesures protectionnistes contre l’Europe », a-t-il analysé.
Cette analyse, bien que réaliste, omet de mentionner le rôle de la France dans cette dépendance. Malgré un budget de défense doublé sous Macron, Paris peine à proposer une alternative crédible à l’alliance transatlantique, notamment sur des sujets comme la dissuasion nucléaire ou les cybermenaces.
Géopolitique : l’Iran au cœur des tensions, la France prône la négociation
Interrogé sur les récentes réunions de la Maison-Blanche évoquant des scénarios militaires contre l’Iran, Haddad a adopté une posture défensive, refusant de spéculer. « La France appelle à la désescalade et à une solution négociée », a-t-il déclaré, rappelant la position historique de Paris sur le programme nucléaire iranien et ses liens avec les proxys régionaux.
Cette prudence s’inscrit dans la continuité des efforts européens pour relancer l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien (JCPOA), abandonné par les États-Unis sous Trump. Pourtant, Téhéran poursuit son enrichissement d’uranium et son programme de missiles balistiques, tandis que les tensions avec Israël s’intensifient. Une situation qui place la France dans une position inconfortable, entre soutien aux alliés européens et réalpolitik.
Immigration : Haddad durcit le ton, mais la France a-t-elle besoin de plus de main-d’œuvre ?
Le débat sur l’immigration économique a resurgi après les déclarations de Macron en Ariège, où il avait mis en avant la situation des médecins étrangers. Haddad a balayé l’idée d’un assouplissement général, préférant insister sur les dispositifs existants pour les « métiers en tension ». Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : les déserts médicaux s’étendent, et les hôpitaux publics peinent à recruter, notamment dans les zones rurales.
Le ministre a cité en exemple l’Espagne et l’Italie, où des régularisations ciblées ont été mises en place sous l’impulsion de gouvernements de droite. Une référence qui en dit long sur l’influence des thèses sécuritaires au sein de l’exécutif français. « Il faut des règles claires : si vous respectez les critères, vous êtes le bienvenu », a-t-il résumé, une formule qui laisse peu de place à l’interprétation.
Pourtant, la question des travailleurs étrangers en situation irrégulière mais intégrés reste entière. Haddad a botté en touche, se contentant de rappeler l’existence de dispositifs ponctuels. Une réponse qui risque de ne pas satisfaire les associations de défense des droits humains, ni les ONG critiques envers une politique migratoire de plus en plus restrictive.
L’Europe face à la crise migratoire : entre solidarité et fermeté
Le gouvernement français, sous l’impulsion de Haddad, pousse pour un durcissement du règlement retour, adopté récemment par le Parlement européen. Ce texte, qui vise à faciliter les expulsions des étrangers en situation irrégulière, est présenté comme une avancée majeure. Pourtant, son application se heurte à des obstacles juridiques et logistiques, notamment dans les pays du Sud de l’Europe, comme la Grèce ou l’Italie, submergés par les arrivées.
La France, qui a longtemps prôné une approche équilibrée, semble désormais alignée sur les positions les plus restrictives de l’UE. Une évolution qui interroge sur la capacité de Bruxelles à concilier fermeté et respect des droits fondamentaux, dans un contexte où les tensions entre États membres s’aggravent.
Une politique énergétique entre urgence et long terme
Sur le front de l’énergie, Haddad a confirmé que le gouvernement étudiait des mesures pour limiter l’impact des prix de l’électricité et du gaz sur les ménages. Pourtant, les solutions avancées – comme le plafonnement des prix ou la redistribution des superprofits – restent des rustines face à une crise structurelle. La dépendance aux hydrocarbures, qu’ils soient russes, américains ou du Golfe, continue de peser sur le budget des Français.
Le ministre a évoqué les investissements dans le nucléaire et les renouvelables, mais ces projets mettront des années à porter leurs fruits. En attendant, les Français continuent de payer le prix fort, tandis que Total et les autres majors pétrolières engrangent des profits colossaux. Une situation qui alimente les critiques contre une politique énergétique jugée trop timide et trop dépendante des lobbies.
La France peut-elle se passer des États-Unis ?
La question de la présence militaire américaine en Europe a resurgi avec les menaces de Trump. Haddad a souligné que Paris devait « investir dans sa propre sécurité », notamment à travers le réarmement et les coopérations européennes. Pourtant, la France peine à proposer une alternative crédible à l’OTAN, alors que les budgets de défense des pays membres restent inégaux.
Le plan SCAF, avec ses 150 milliards d’euros d’investissement, est présenté comme une avancée majeure. Mais son succès dépendra de la capacité des industriels européens à collaborer, dans un contexte de rivalités commerciales avec les États-Unis et la Chine. Une équation complexe, où la souveraineté européenne se heurte encore aux intérêts nationaux.
Face à un monde plus dangereux, avec la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et l’agressivité de Pékin, la France semble condamnée à naviguer entre pragmatisme et idéalisme, entre alliances traditionnelles et quête d’autonomie stratégique.