Italie : des milliers de militants d’extrême droite défilent pour la « remigration » à Rome

Par SilverLining 13/06/2026 à 22:12
Italie : des milliers de militants d’extrême droite défilent pour la « remigration » à Rome

Italie : une manifestation d’extrême droite réclamant la « remigration » des immigrés a rassemblé 3 000 militants à Rome. Entre discours xénophobes et montée des partis ultraconservateurs, le climat politique italien se tend avant les législatives de 2027.

Une manifestation controversée sous haute tension à Rome

Rome a été le théâtre, samedi 13 juin 2026, d’une mobilisation d’envergure réunissant près de trois mille militants issus des franges les plus radicales de l’extrême droite italienne. Sous un soleil de plomb, ces manifestants, venus de toute la péninsule, ont défilé en scandant des slogans hostiles à l’immigration, exigeant ce qu’ils appellent la « remigration » des étrangers en situation irrégulière, mais aussi, selon leurs propres déclarations, des immigrés légaux jugés insuffisamment intégrés.

L’événement, organisé à quelques encablures des institutions républicaines, a mis en lumière la radicalisation croissante d’une partie de la droite italienne, alors que les élections législatives de 2027 approchent. Les discours tenus lors de cette journée soulèvent des questions sur l’avenir politique du pays et le rôle joué par les discours anti-immigration dans le débat public.

Des revendications teintées de xénophobie et de repli identitaire

Parmi les figures les plus en vue de ce rassemblement, Luca Marsella, porte-parole du groupuscule néofasciste Casapound, a pris la parole pour marteler une rhétorique sans équivoque. « Nous voulons mettre les immigrés illégaux dehors, les expulser, parce qu’ils ne devraient pas être ici », a-t-il lancé sous les applaudissements nourris de ses partisans. S’appuyant sur des stéréotypes dangereux, il a enchaîné : « Ce sont eux qui violent nos femmes, ce sont eux qui agressent nos personnes âgées. Et comme nous ne sommes pas politiquement corrects, nous dirons aussi que nous voulons renvoyer chez eux les immigrés légaux, ceux qui, clairement, ne se sont pas assimilés ni intégrés. »

Ces propos, teintés d’une vision ethniciste de la société, reflètent une montée des thèses les plus réactionnaires au sein de l’échiquier politique italien. Ils s’inscrivent dans un contexte où l’immigration est régulièrement instrumentalisée comme bouc émissaire des crises sociales et économiques.

Autre intervenante lors de la manifestation, Susanna Rubei, femme au foyer venue exprimer sa « profonde inquiétude », a adopté un ton tout aussi alarmiste. « Les immigrés peuvent rester s’ils acceptent nos règles de coexistence, sinon, ils doivent retourner dans leurs pays d’origine », a-t-elle expliqué avec fermeté. « Cela vaut en particulier pour ceux qui commettent des crimes et sont pris la main dans le sac une, deux, trois ou quatre fois », a-t-elle ajouté, sous les vivats de la foule.

Ces déclarations, bien que minoritaires dans leur radicalité, révèlent une tendance de fond dans le débat politique italien, où les questions migratoires sont de plus en plus associées à des discours sécuritaires et identitaires. Des thèmes qui, s’ils sont portés par des partis institutionnels, risquent de normaliser des positions autrefois marginales.

Futuro Nazionale : un nouveau parti ultraconservateur en construction

À quelques centaines de mètres du rassemblement d’extrême droite, Roberto Vannacci, député européen et ancien membre de la Lega, a tenu une conférence de presse pour présenter les ambitions de son nouveau parti, Futuro Nazionale (FN). Fondé en février 2026, ce mouvement entend se positionner à droite de la coalition ultraconservatrice dirigée par la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, dont il a été proche avant de s’en éloigner.

Devant un parterre de militants triés sur le volet, Vannacci a lancé un appel clair à ses soutiens : « Ou vous êtes avec nous, gardiens de la citoyenneté et du souverainisme, ou vous êtes avec Von der Leyen, Mario Draghi et le globalisme. » Le ton était donné : celui d’une opposition frontale aux institutions européennes et à une partie de la classe politique italienne, perçue comme trop modérée.

Le congrès de Futuro Nazionale, officiellement interdit aux médias, a été diffusé en ligne. Vannacci a également mis en garde ses militants contre les risques de surveillance médiatique, conseillant aux « chauves » et aux « tatoués » parmi eux de se méfier des caméras. Une précaution qui en dit long sur la défiance généralisée envers la presse, perçue comme un ennemi plutôt que comme un contre-pouvoir démocratique.

Interrogé sur la notion de « remigration », le député a adopté une position radicale : « Selon moi, en ce moment, personne ne doit entrer en Italie. » Une déclaration qui s’inscrit dans la droite ligne des thèses les plus fermées sur la question migratoire, tout en illustrant la course à l’échalote que se livrent les partis de droite pour capter l’électorat le plus conservateur.

Avec huit députés déjà ralliés à sa cause, Futuro Nazionale se présente comme une force en devenir, prête à peser sur le jeu politique italien dans la perspective des élections de 2027. Son émergence reflète une recomposition de l’échiquier politique où les lignes entre droite traditionnelle et extrême droite tendent à s’estomper.

Un climat politique italien sous haute pression

Cette journée de mobilisations et de contre-manifestations révèle les tensions croissantes qui traversent la société italienne. D’un côté, une extrême droite en quête de légitimité, de l’autre, une classe politique divisée sur les questions migratoires et identitaires. Le risque ? Une normalisation des discours les plus radicaux, au mépris des valeurs fondamentales de coexistence et de respect des droits humains.

Les revendications portées par ces militants, qu’elles émanent de groupuscules ou de nouveaux partis, s’inscrivent dans une logique de rejet de l’autre, souvent fondée sur des préjugés ou des généralisations abusives. Elles rappellent, hélas, les dérives constatées dans d’autres pays européens où l’immigration est devenue un enjeu électoral central.

Face à cette radicalisation, les institutions européennes et les défenseurs des droits humains appellent à la vigilance. La question n’est pas seulement italienne : elle interroge l’ensemble du continent sur sa capacité à concilier sécurité, souveraineté et respect des valeurs démocratiques.

L’ombre portée de l’extrême droite sur l’Europe

L’Italie n’est pas un cas isolé en Europe. Dans plusieurs pays du continent, l’extrême droite gagne du terrain, portées par des discours anti-immigration et souverainistes. Ces mouvements, souvent portés par des figures charismatiques, exploitent les frustrations sociales et économiques pour proposer des solutions simplistes à des problèmes complexes.

En Allemagne, en France ou en Pologne, des partis similaires multiplient les alliances et les déclarations choc, tandis que les institutions européennes peinent à trouver des réponses communes. La montée de ces forces politiques interroge sur l’avenir de l’Union européenne et de ses valeurs fondatrices : solidarité, respect des droits humains et démocratie.

Alors que Rome a été le théâtre de ces revendications radicales, le reste de l’Europe observe avec attention. La tentation du repli identitaire et de la xénophobie n’est plus l’apanage des marges politiques. Elle s’invite désormais au cœur des débats publics, transformant en profondeur les sociétés et les systèmes démocratiques.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (7)

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É

Éditorialiste anonyme

il y a 21 heures

Bon... encore une manif où tout le monde crie victoire avant même que les élections n'aient lieu. En 2027, on reverra probablement les mêmes sous un autre drapeau. Lassitude.

2
N

Nocturne

il y a 21 heures

Ah ouais ? Et quand ils vont essayer de virer des gens du jour au lendemain, ça va être drôle à voir. Macron avait déjà essayé avec les régularisations, ça avait tourné au fiasco.

4
E

Elizondo

il y a 23 heures

Pour rappel, en 2018, le projet de loi italien sur la 'remigration' avait été bloqué par la Cour européenne des droits de l'homme. Les mêmes arguments xénophobes reviennent en boucle… On peut comparer avec la montée de l'UDMF en France en 2022, qui a surfé sur la même vague. Le problème, c’est la banalisation de ces discours par les partis traditionnels.

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T

Tmèse

il y a 22 heures

@elizondo Ouais enfin les partis traditionnels ils sont obligés de suivre sinon ils se font bouffer. C'est ça le vrai problème : la peur de perdre des électeurs les force à adopter le discours extrême. Et après on pleure parce que ça marche... mouais.

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M

Mittelbergheim

il y a 23 heures

Comme d'hab. L'Europe a toujours ses extrémistes en vacances avant les élections. Rien de nouveau sous le soleil.

6
O

Ophélie

il y a 1 jour

nooooon mais sérieux ??? ils osent encore sortir ça ?! c'est quoi ce délire extrémiste ??? franchement la honte pour l'italiiie !!!

-1
A

arthur53

il y a 1 jour

@ophelie Exactement. Et le pire c’est qu’ils osent appeler ça une manif… Genre 3000 personnes pour un truc qui rappelle les pires heures de l’histoire. Du coup, les italiens ils savent pas ce qu’ils font ou ils veulent vraiment ça ?

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