Jeunes précaires : un automne de colère avant des négociations sous tension

Par BlackSwan 04/11/2026 à 11:27
Jeunes précaires : un automne de colère avant des négociations sous tension

Face à un chômage des jeunes qui explose (+2,5 points), syndicats et gouvernement entament des négociations sous haute tension. Précarité, logement cher, perspectives floues : la jeunesse française se rebelle. Que va-t-il sortir de l’automne social ?

Au cœur d’un automne social explosif, le gouvernement tente de calmer la révolte des jeunes

Alors que les manifestations contre la vie chère s’enchaînent depuis plus d’un mois, et à la veille d’une nouvelle journée de mobilisation nationale, les partenaires sociaux entament ce mercredi 4 novembre 2026 une négociation cruciale sur l’emploi des jeunes. Un dossier qui cristallise les frustrations d’une génération sacrifiée par des années de politiques économiques inégales et des promesses non tenues.

La France, souvent présentée comme un modèle social en Europe, affiche des performances désastreuses en matière d’insertion professionnelle des 15-29 ans. Malgré les multiples dispositifs – emplois aidés, alternance, contrats d’apprentissage –, les chiffres restent accablants : 21,6 % de chômage chez les 15-24 ans, soit une hausse de 2,5 points en un an, contre 8,3 % pour l’ensemble de la population active. Un écart qui reflète l’échec collectif des gouvernements successifs, qu’ils soient de droite ou d’extrême droite.

Les NEET, symptôme d’un système à bout de souffle

Derrière ces statistiques se cache une réalité encore plus sombre : celle des NEET (Ni en emploi, ni en études, ni en formation), qui représentent 13,3 % des 15-29 ans. Une catégorie composite, où se côtoient des jeunes en décrochage scolaire, des chômeurs de longue durée et ceux que le marché du travail a définitivement exclus. « C’est le signe d’un système éducatif et économique qui ne joue plus son rôle », dénonce un syndicaliste de la CGT.

Les causes de ce désastre sont multiples. La précarité salariale, avec des SMIC bloqués depuis des années, l’explosion du coût du logement – notamment dans les grandes villes – et l’absence de perspectives professionnelles stables poussent des milliers de jeunes vers la désespérance. « On nous parle de flexibilité, mais c’est un euphémisme pour masquer l’exploitation », ajoute une militante associative parisienne.

Un gouvernement Lecornu II sous pression

Face à la colère grandissante, le gouvernement Lecornu II, en place depuis seulement quelques mois, tente de désamorcer la crise. Les négociations qui s’ouvrent aujourd’hui doivent aboutir à des mesures concrètes : revalorisation des minima sociaux pour les jeunes, renforcement des aides au logement, et création de postes en CDI dans les secteurs en tension. Mais les syndicats, déjà sceptiques, rappellent que les précédents plans n’ont eu qu’un effet d’annonce.

« Les gouvernements passent, les promesses restent. Cette fois, il faut des actes. »
Un représentant de Solidaires-Union syndicale

La droite, à travers ses porte-parole, minimise la portée du mouvement. « La jeunesse doit se former et accepter les emplois disponibles », martèle un député LR, sans évoquer les 30 % de jeunes diplômés en sous-emploi selon l’INSEE. L’extrême droite, elle, instrumentalise la colère en pointant du doigt l’immigration et les politiques européennes, comme si ces boucs émissaires pouvaient résoudre la crise structurelle de l’emploi.

L’Europe, un modèle à suivre ?

Alors que la France s’enlise, certains de ses voisins européens montrent que d’autres voies sont possibles. En Allemagne, les taux de chômage des jeunes sont bien inférieurs grâce à un système d’apprentissage dual performant. En Espagne, les gouvernements de gauche ont mis en place des subventions massives pour l’embauche des jeunes, avec des résultats tangibles. « Pourquoi la France, berceau des Lumières, reste-t-elle prisonnière de ses dogmes libéraux ? » s’interroge un économiste proche de la gauche radicale.

Les syndicats français appellent donc à une refonte profonde du modèle économique, avec notamment un plan Marshall pour l’emploi des jeunes, financé par une taxation accrue des superprofits et des grandes fortunes. Une proposition qui divise, mais qui a le mérite de placer le débat sur le terrain des solutions.

La jeunesse en première ligne

Dans les rues, la mobilisation ne faiblit pas. Depuis le début du mouvement, les cortèges sont de plus en plus massifs, portés par des collectifs comme « Jeunes et Précaires » ou « Génération Précaire ». Les revendications sont claires : droit à un logement décent, salaires décents, et fin des stages non rémunérés.

À Paris, Lyon ou Marseille, les assemblées générales se multiplient, et les jeunes refusent désormais de se laisser diviser. « On n’est plus des victimes, on est une force politique », lance une étudiante en sociologie lors d’un meeting improvisé à la Sorbonne. Le gouvernement Lecornu II, comme ses prédécesseurs, devra compter avec cette jeunesse qui refuse de payer le prix de leurs erreurs.

Et demain ?

Les négociations qui s’ouvrent aujourd’hui seront décisives. Soit elles aboutissent à des avancées concrètes, soit elles renforceront la défiance envers un système politique déjà largement discrédité. Une chose est sûre : la France ne peut plus se permettre de sacrifier sa jeunesse. Les partenaires sociaux, comme les manifestants, attendent des réponses. Et rapidement.

Si l’histoire devait retenir cette période, ce serait peut-être celle où les jeunes, après des années de silence, ont finalement forcé le pouvoir à les écouter. À eux de jouer.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (2)

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G

Geoffroy de Hyères

il y a 28 minutes

mouais… encore une nouvelle saison de négos sans fin. Entre les syndicats qui jouent leur rôle et le gouvernement qui fait semblant, la jeunesse trinque. Et après on s’étonne qu’ils crèvent pas de trouille à bosser pour 800 balles.

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C

Carnac

il y a 4 minutes

@geoffroy-de-hyeres Tu généralises à outrance, là… Moi j’ai bossé dans une boîte où les CDD ils te proposaient un CDI après 2 ans. Après c’est vrai que ça doit être la LooooOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOriiiiiiiiiiiiiiiie.

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