« La France n’est pas un puzzle ethnique » : Roussel fustige le projet de Mélenchon

Par Aporie 07/04/2026 à 11:20
« La France n’est pas un puzzle ethnique » : Roussel fustige le projet de Mélenchon

Fabien Roussel dénonce l’extrême droite et le libéralisme comme menaces mortelles pour la République. Face aux fractures sociales, il appelle à une refondation unitaire, loin des déterminismes identitaires. Analyse d’un plaidoyer qui secoue la gauche en pleine crise politique.

Un projet républicain en péril face aux divisions identitaires et au libéralisme

Avec une rhétorique qui résonne comme un plaidoyer pour l’unité nationale, Fabien Roussel, premier secrétaire du Parti communiste français, a de nouveau dressé un constat sévère des menaces qui pèsent sur le projet républicain hérité de la Révolution française. Dans une tribune publiée ce mardi 7 avril 2026, il dénonce avec force les fractures que subissent les classes populaires, victimes à la fois des stratégies de division de l’extrême droite et des politiques économiques libérales menées depuis des décennies. Pour lui, ces deux forces conjuguées sapent les fondements mêmes de la République : la fraternité, l’égalité et la laïcité.

« Ma France ne connaît qu’un seul peuple », déclare-t-il d’emblée. Un peuple pluriel dans ses identités mais uni par un destin commun, forgé dans les luttes pour la liberté et les conquêtes sociales. Ce projet, ancré dans l’histoire nationale, se définit par sa dimension laïque et sociale, bien au-delà des clivages ethniques ou religieux qui, selon lui, ne font que fragmenter une société déjà mise à mal par les inégalités.

L’extrême droite, fossoyeuse de la promesse républicaine

Roussel pointe du doigt l’extrême droite, qu’il accuse d’alimenter systématiquement les divisions sociales via une stratégie de l’ethnicisation des rapports politiques. En attisant les peurs et en instrumentalisant la question de l’origine ou de la religion, cette famille politique, « comme elle en a l’habitude mortifère », nie les discriminations structurelles tout en se drapant dans le manteau de la promesse républicaine.

« L’extrême droite a toujours combattu la République. Elle défend la préférence nationale, un concept qui légitime la surexploitation des travailleurs issus de l’immigration et la relégation des femmes au rang de citoyens de second ordre. Ces injustices sont indissociables de son projet politique. »

Le leader communiste rappelle que l’histoire récente a montré comment cette idéologie, loin de résoudre les tensions sociales, creuse les écarts et renforce les ghettos. Les politiques de ségrégation spatiale, notamment dans les banlieues des grandes métropoles, en sont la preuve tangible : services publics en voie de désertification, taux de pauvreté record, et racisme systémique qui s’exprime au quotidien. Une jeunesse majoritairement aspirante à l’épanouissement, à l’emploi et à la création se heurte pourtant à un mur de rejet et de précarité.

Le libéralisme, autre poison pour la République

Mais l’extrême droite n’est pas la seule menace. Roussel élargit son analyse au libéralisme économique, qu’il tient pour responsable d’un « appauvrissement généralisé » touchant l’ensemble des Français. « Une poignée de milliardaires a saccagé le pays », assène-t-il, évoquant des décennies de privatisations, de monopolisation des richesses et de démantèlement des services publics. Ce grand déclassement social, éducatif et industriel n’est pas seulement une crise économique : il est un poison mortel pour notre démocratie.

Les conséquences sont visibles aux quatre coins du territoire. Dans les zones urbaines comme dans les campagnes, les inégalités se creusent, les hôpitaux ferment, les écoles manquent de moyens, et les usines ferment leurs portes. Ce désengagement de l’État, justifié par des dogmes économiques dogmatiques, a affaibli la cohésion sociale et rendu plus vulnérables les plus fragiles. « On ne peut pas parler de fraternité quand une partie de la population est abandonnée à son sort », martèle Roussel.

La « nouvelle France » de Mélenchon : un leurre dangereux ?

Si Roussel critique sévèrement l’extrême droite, il ne spare pas non plus ses alliés potentiels. Il s’en prend cette fois à Jean-Luc Mélenchon et à son projet de « nouvelle France », qu’il qualifie de « déterministe et enfermant ». Pour lui, cette vision, bien qu’elle se veuille progressiste, risque de substituer une autre forme de cloisonnement à l’unité républicaine. « Fédérer, ce n’est pas enfermer les individus dans des cases identitaires, c’est leur offrir la possibilité de se construire ensemble, au-delà de leurs origines », explique-t-il.

Cette critique, bien que formulée dans un contexte interne à la gauche, révèle une fracture profonde au sein de la NUPES. Alors que Mélenchon mise sur une alliance des luttes autour de thèmes comme l’antiracisme ou l’écologie sociale, Roussel prône une approche plus universaliste, centrée sur la défense des classes populaires dans leur ensemble, sans distinction de couleur ou de confession. Une divergence qui interroge sur l’avenir du rassemblement à gauche, alors que les échéances électorales de 2027 se profilent.

La jeunesse des banlieues, symbole des échecs républicains

Au cœur de cette réflexion, les quartiers populaires occupent une place centrale. Ces territoires, souvent stigmatisés, incarnent les contradictions de la République. D’un côté, une jeunesse dynamique et ambitieuse, avide de s’insérer professionnellement et socialement ; de l’autre, un système qui lui oppose des barrières systémiques : discriminations à l’embauche, accès inégal à l’éducation, et violence policière. « Ces jeunes ne veulent pas être des victimes, mais des acteurs. Pourtant, chaque jour, on leur rappelle qu’ils ne sont pas chez eux ici », déplore Roussel.

Les politiques de la ville, souvent présentées comme des solutions, peinent à inverser la tendance. Les contrats de ville ou les dispositifs d’insertion, bien que louables, restent insuffisants face à l’ampleur des besoins. La crise des services publics, aggravée par des années de restrictions budgétaires, a laissé ces territoires exsangues. Les transports en commun saturés, les déserts médicaux, et l’absence de logements décents ne sont pas des fatalités : ce sont les résultats de choix politiques.

Vers une refondation républicaine ?

Face à ce tableau, Fabien Roussel appelle à une refondation du projet républicain, capable de concilier lutte contre les inégalités et unité nationale. Il plaide pour un retour de l’État dans les territoires, une politique industrielle ambitieuse, et une fiscalité plus juste, taxant davantage les ultra-riches et les multinationales. « La République doit redevenir le ciment de notre vivre-ensemble », insiste-t-il.

Mais cette ambition se heurte à un contexte politique complexe. Le gouvernement Lecornu II, en place depuis l’automne 2025, poursuit une ligne libérale, héritée des précédents quinquennats. Les mesures d’austérité, couplées à des réformes controversées, ont creusé les inégalités sans apporter de solutions durables. Dans ce paysage, la gauche, divisée et affaiblie, peine à proposer une alternative cohérente.

Les sondages récents montrent une montée des extrêmes, aussi bien à droite qu’à l’extrême droite, tandis que le centre, incarné par le macronisme, perd du terrain. Dans ce contexte, le discours de Roussel, bien que minoritaire au sein de la gauche, pourrait gagner en audience. Son appel à une réconciliation nationale, fondée sur la justice sociale et le rejet des replis identitaires, résonne comme une réponse aux angoisses d’une partie de l’électorat populaire.

Les défis d’une gauche en quête de cohésion

La question de l’unité de la gauche reste entière. Entre ceux qui prônent un recentrage sur les classes populaires et ceux qui défendent une alliance des minorities, le débat est vif. Roussel, héritier d’une tradition communiste, incarne une ligne plus traditionaliste, fondée sur l’universalisme républicain. À l’inverse, des figures comme Clémentine Autain ou François Ruffin défendent une approche plus intersectionnelle, intégrant les luttes antiracistes et féministes dans une démarche plus large.

Cette divergence n’est pas anodine. Elle reflète une crise des vocations politiques au sein de la gauche, où les divisions idéologiques freinent l’émergence d’un projet commun. Pourtant, les enjeux sont colossaux : comment reconstruire une alternative crédible face à l’extrême droite et au libéralisme ?

Pour Roussel, la réponse passe par un retour aux fondamentaux. « La gauche doit redevenir le porte-voix des oubliés de la République. Pas en divisant, mais en unissant. Pas en enfermant les individus dans des identités, mais en les libérant par l’émancipation sociale et collective. »

Un défi de taille, alors que les divisions persistent et que les échéances électorales approchent à grands pas.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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