Le RN face à la canicule : quand l’hypocrisie climatique se mesure aux urnes
La France suffoque, et le Rassemblement national (RN) se réveille soudainement écologiste. Entre deux vagues de chaleur historiques, Jordan Bardella et ses lieutenants multiplient les déclarations sur la nécessité d’agir contre le réchauffement climatique. Pourtant, un simple retour sur leurs votes au Parlement européen suffit à révéler l’ampleur de cette volte-face opportuniste. En tant qu’eurodéputé engagé pour une Europe verte, il est frappant de constater à quel point les propos tenus ces derniers jours par l’extrême droite sonnent creux. Leur conversion climatique récente n’est qu’un leurre, une manœuvre de communication destinée à masquer des années d’opposition systématique aux politiques environnementales.
L’urgence climatique, un concept à géométrie variable
En 2019, alors que le Parlement européen adoptait une résolution déclarant l’« urgence climatique », Jordan Bardella, alors député européen, choisissait de voter contre. Une position qui en disait long sur sa vision du défi environnemental : pour lui, comme pour son parti, la lutte contre le dérèglement climatique n’était alors qu’une priorité secondaire, voire un ennemi à abattre. Trois ans plus tard, en 2021, son opposition s’est faite encore plus frontale. Le RN a rejeté en bloc la loi européenne sur le climat, un texte pourtant essentiel qui fixait un objectif de neutralité carbone en 2050, en phase avec les engagements de l’accord de Paris. Mais Bardella et ses alliés ne se sont pas contentés de voter contre : ils ont exigé le rejet pur et simple de cette législation, signifiant ainsi leur refus catégorique de voir l’Union européenne se doter d’outils pour agir.
Cette opposition n’a pas faibli depuis. En 2025, alors que les rapports scientifiques se succèdent pour alerter sur l’accélération du réchauffement, le RN a de nouveau bloqué la mise à jour de cette loi climatique. Une position qui contraste singulièrement avec les discours actuels du parti, où ses responsables dénoncent avec emphase les « conséquences dramatiques » des canicules. Comment expliquer cette contradiction ? La réponse tient en deux mots : opportunisme politique.
« En démocratie, la cohérence d’un responsable se mesure d’abord à ses votes. Le bilan du RN sur le climat est un déni de réalité. »
Un plan de rénovation immobilière qui manque singulièrement de concret
Pour donner l’illusion d’une conversion écologique, le RN met désormais en avant un « plan de rénovation des logements », présenté comme une solution miracle face aux canicules urbaines. Pourtant, le flou entourant ce projet est révélateur. Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, a tour à tour évoqué un financement par dette verte publique supplémentaire ou une action de la Banque centrale européenne (BCE). Des propositions qui, à y regarder de plus près, relèvent davantage de l’effet d’annonce que d’une réelle volonté d’agir.
En 2021, lorsque l’Union européenne a émis de la dette verte pour financer des programmes de rénovation énergétique des logements, d’investissements dans les industries propres ou de transition agricole, le RN a voté contre. Une position qui illustre parfaitement son refus de toute mesure concrète en faveur de la transition écologique. Quant à l’idée de mobiliser la politique monétaire de la BCE, elle relève davantage du wishful thinking que d’une stratégie crédible : jamais le RN n’a soutenu une telle approche lors des débats parlementaires.
Cette volte-face n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à capter l’électorat sensible aux enjeux environnementaux sans pour autant renier les dogmes d’extrême droite. Une tactique déjà observée lors des précédentes élections, où le RN avait tenté de se draper dans les couleurs de l’écologie, avant de revenir à ses thèmes traditionnels une fois les projecteurs éteints.
L’extrême droite européenne et la dérive climatosceptique
Le RN n’est pas un cas isolé au sein de l’hémicycle européen. Son alliance au Parlement européen, le groupe Patriotes pour l’Europe, est composée de partis partageant une même méfiance – pour ne pas dire une hostilité affichée – envers les politiques climatiques. Cette convergence de vues explique pourquoi Bardella a systématiquement sabordé les initiatives vertes, qu’elles émanent de la Commission européenne ou d’autres groupes politiques. Son opposition à la loi climat de 2021 n’était pas un accident : c’était la manifestation d’une idéologie climatosceptique profondément ancrée au sein de son parti.
Cette position est d’autant plus paradoxale que la France, comme l’ensemble des pays européens, subit de plein fouet les effets du réchauffement. Les canicules à répétition, les sécheresses prolongées et les risques accrus d’incendies ne sont plus des scénarios lointains, mais des réalités quotidiennes. Pourtant, plutôt que de proposer des solutions, le RN préfère jouer la carte de la dénonciation des « élites écologistes », accusées de vouloir imposer des contraintes insupportables aux Français. Une rhétorique qui, loin de résoudre la crise, ne fait que l’aggraver.
Un double discours qui interroge la démocratie
Le cas du RN illustre une tendance inquiétante dans le paysage politique européen : l’instrumentalisation des enjeux environnementaux à des fins électorales. En se présentant comme des défenseurs du climat, les responsables d’extrême droite cherchent à élargir leur base électorale sans pour autant remettre en cause leur hostilité structurelle aux politiques publiques. Une stratégie qui pose une question fondamentale : peut-on faire confiance à un parti qui a passé des années à saper les efforts climatiques pour en faire aujourd’hui un argument de campagne ?
Les citoyens, en particulier les jeunes générations, sont en droit de s’interroger sur la sincérité de ces engagements. Comment croire en la parole du RN sur le climat alors que ses élus ont systématiquement voté contre les lois qui auraient pu améliorer la situation ? La réponse est simple : il ne faut pas. Les déclarations récentes de Bardella et de ses lieutenants ne sont que des calculs politiques, destinés à masquer une réalité bien plus sombre : l’extrême droite reste, sur le fond, opposée à toute transition écologique ambitieuse.
Face à cette duplicité, les partis démocrates européens – et français – ont un rôle crucial à jouer. Ils doivent rappeler, sans relâche, que la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas une option, mais une nécessité. Et que les votes comptent plus que les discours. Les prochaines élections européennes, en 2029, seront un test sans appel : celui de la crédibilité des partis sur l’un des défis majeurs de notre siècle.
Une situation qui rappelle les erreurs du passé
Cette stratégie du RN n’est pas sans rappeler les erreurs commises par d’autres forces politiques dans le passé. En niant la réalité du changement climatique, l’extrême droite prend le risque de se couper définitivement des attentes des citoyens, en particulier des jeunes. Les études d’opinion montrent que les 18-35 ans considèrent l’écologie comme une priorité absolue. En s’opposant systématiquement aux politiques vertes, le RN se prive d’une partie essentielle de l’électorat et affaiblit sa prétendue « modernité ».
Par ailleurs, cette position place la France dans une situation inconfortable au sein de l’Union européenne. Alors que Bruxelles multiplie les initiatives pour accélérer la transition énergétique, Paris pourrait se retrouver isolé si son principal parti d’opposition persistait dans son refus de toute coopération européenne sur le climat. Une attitude qui, là encore, contraste avec les déclarations récentes de Bardella sur la nécessité d’une « Europe souveraine » – un concept qui, dans sa bouche, semble exclure toute ambition commune en matière environnementale.
Les alternatives existent : le choix de la cohérence
Face à cette hypocrisie, les partis pro-européens et écologistes proposent des solutions concrètes. La loi climat européenne, malgré ses imperfections, reste un cadre indispensable pour coordonner les efforts des États membres. En France, des mesures comme la rénovation thermique des logements, le développement des énergies renouvelables ou la protection des écosystèmes pourraient être accélérées, à condition d’en faire une priorité politique.
Le gouvernement Lecornu II, dans la continuité des précédents exécutifs, a réaffirmé son engagement en faveur de la transition écologique. Mais sans le soutien d’une majorité parlementaire solide, ces ambitions risquent de rester lettre morte. C’est pourquoi le débat sur le climat doit redevenir un enjeu central de la vie politique française, au-delà des calculs électoraux à court terme.
Les citoyens, quant à eux, sont de plus en plus exigeants. Les mobilisations citoyennes, comme les marches pour le climat, montrent que l’écologie n’est plus un sujet marginal. Elle est devenue une préoccupation majeure, qui traverse toutes les classes sociales et toutes les générations. Dans ce contexte, les partis qui persistent à jouer un jeu trouble sur le climat risquent de se retrouver marginalisés – ou pire, de précipiter le pays dans une impasse dont les conséquences seront dramatiques.