Le RN maintient la retraite à 62 ans : une ligne durcie face aux divisions de la droite

Par Mathieu Robin 13/05/2026 à 12:21
Le RN maintient la retraite à 62 ans : une ligne durcie face aux divisions de la droite

Le Rassemblement National maintient sa proposition choc de retraite à 62 ans pour 2027, malgré les critiques internes et les doutes sur sa faisabilité. Marine Le Pen durcit le ton face à Macron et Ciotti, mais son modèle économique suscite la polémique.

Marine Le Pen durcit le ton sur les retraites : le RN campe sur sa position malgré les critiques internes

À quelques mois d’une nouvelle séquence électorale décisive, le Rassemblement national a choisi de réaffirmer avec fermeté l’une de ses propositions phares : le maintien du départ à la retraite à 62 ans, voire à 60 ans pour les travailleurs précoces. Une ligne défendue sans ambiguïté par Marine Le Pen ce mercredi 13 mai, lors de son passage dans la matinale de RTL, alors que les tensions persistent au sein de l’alliance des droites.

Une position figée, malgré les hésitations de Bardella

Face aux interrogations croissantes sur la viabilité économique de ce projet, la figure historique du parti a balayé toute possibilité de remaniement programmatique pour 2027. « La proposition du RN reste d’actualité », a-t-elle lancé, martelant que « les Français ne doivent pas être culpabilisés pour un système qu’ils n’ont pas choisi ». Une réponse directe aux discours ambiants, notamment ceux portés par l’exécutif, qui pointent régulièrement du doigt un manque de productivité des actifs français.

Pour justifier cette ligne, Marine Le Pen a convoqué un argumentaire économique bien rôdé : « Il n’y a pas assez de gens qui travaillent », a-t-elle souligné, avant d’ajouter que « les jeunes doivent être incités à entrer sur le marché du travail plus tôt ». Une position qui s’inscrit dans la droite ligne des critiques adressées à la politique migratoire actuelle, jugée trop laxiste par l’extrême droite.

Cette fermeté contraste avec les hésitations affichées par Jordan Bardella, président du RN, dont les déclarations récentes sur le sujet avaient semé le trouble au sein de la majorité présidentielle et chez ses alliés. Une divergence interne qui rappelle les frictions chroniques entre les deux figures du parti, et qui pourrait affaiblir leur crédibilité face aux électeurs.

Un modèle économique alternatif face à la crise du pouvoir d’achat

Dans un contexte où l’inflation pèse lourdement sur le portefeuille des ménages, Marine Le Pen a réitéré son opposition à toute hausse du SMIC, qu’elle qualifie de « trappe à bas salaires ». Une position difficilement défendable, selon de nombreux économistes, qui y voient un risque accru de précarité pour les travailleurs.

À la place, le RN propose une solution choc : une augmentation de 10 % de l’intégralité des salaires dans les entreprises, assortie d’un « moratoire sur la hausse des cotisations sociales ». Une mesure présentée comme un coup de pouce pour le pouvoir d’achat, mais dont les modalités concrètes restent floues. « Les entreprises doivent prendre leurs responsabilités, sans que cela ne pèse sur leurs marges », a-t-elle plaidé, sans préciser comment l’État pourrait compenser la perte de recettes pour la Sécurité sociale.

Cette proposition s’inscrit dans une stratégie plus large du parti, qui mise sur une réduction de la fiscalité pour les ménages modestes, tout en durcissant les conditions d’accès aux aides sociales. Une ligne qui, selon ses détracteurs, creuserait les inégalités et affaiblirait encore un peu plus les services publics, déjà sous tension.

Un bras de fer avec Ciotti et la droite traditionnelle

Le ton employé par Marine Le Pen ce mercredi n’a pas manqué de braquer son allié du moment, Éric Ciotti, président des Républicains et nouveau maire de Nice. Les deux hommes politiques s’opposent frontalement sur la question des retraites, Ciotti ayant récemment évoqué une « nécessaire réforme » pour assurer l’équilibre du système. « On nous dit que les Français ne travaillent pas assez, mais la réalité est que le modèle économique actuel ne permet pas de créer suffisamment d’emplois stables », a rétorqué Le Pen, en sous-entendant que la droite traditionnelle ne propose que des solutions libérales inefficaces.

Cette dispute illustre les tensions croissantes entre le RN et LR, deux formations qui, malgré leurs alliances ponctuelles, peinent à s’entendre sur les fondamentaux économiques. Pour Marine Le Pen, il s’agit de « montrer que le RN est le seul parti capable de protéger les travailleurs », tandis que Ciotti mise sur un discours plus modéré, proche des attentes des classes moyennes et supérieures.

Une épée de Damoclès judiciaire

Dans un autre registre, Marine Le Pen a confirmé qu’elle ne serait candidate en 2027 uniquement si la justice lui en donnait le droit. Une déclaration qui fait écho à l’affaire des assistants parlementaires européens, toujours en cours, et dont le verdict doit être rendu le 7 juillet par la cour d’appel de Paris. « Je ne serai pas candidate si la justice m’empêche de faire campagne », a-t-elle déclaré, sans préciser si elle anticipait une condamnation.

Cette incertitude judiciaire ajoute une dose de suspense à une campagne présidentielle qui s’annonce déjà explosive. Alors que l’exécutif tente de stabiliser une majorité vacillante, l’extrême droite mise sur ses thèmes porteurs – immigration, insécurité, pouvoir d’achat – pour s’imposer comme une alternative crédible. Une stratégie risquée, mais qui pourrait payer si la grogne sociale persiste.

Le RN face à ses contradictions : entre radicalité et pragmatisme

Les déclarations de Marine Le Pen ce mercredi illustrent une nouvelle fois les tensions internes au RN. D’un côté, le parti cultive une image de défenseur des travailleurs, avec des propositions chocs sur les retraites et les salaires. De l’autre, ses alliés et ses détracteurs lui reprochent un manque de réalisme économique, et une propension à jouer la carte de la provocation plutôt que celle du compromis.

Alors que la France s’apprête à vivre une année électorale intense, marquée par des européennes en juin et une présidentielle en 2027, le RN semble déterminé à ne rien lâcher de ses revendications. Une ligne qui pourrait séduire une partie de l’électorat populaire, mais qui risque aussi d’alimenter les divisions au sein de la droite et au-delà.

Face à un gouvernement Lecornu II en difficulté, et une gauche divisée, l’extrême droite mise sur ses thèmes fédérateurs pour s’imposer comme la principale force d’opposition. Mais son projet économique reste un sujet de débat, entre ceux qui y voient une « révolution sociale » et ceux qui dénoncent un dangereux saut dans l’inconnu.

Un système de retraites sous tension

La question des retraites reste l’un des sujets les plus clivants de la vie politique française. Avec un taux d’emploi des seniors parmi les plus bas d’Europe, et un vieillissement démographique accéléré, le système par répartition est plus que jamais menacé. Le RN propose une solution radicale : « Moins de cotisations, mais plus de salaires », une formule qui, selon les experts, ne résoudrait pas le problème de fond.

En parallèle, l’exécutif tente de trouver un équilibre entre austérité et relance, sans parvenir à convaincre. Les annonces récentes sur la hausse des cotisations pour les hauts revenus ont été accueillies avec scepticisme, tandis que les mesures en faveur des plus modestes peinent à se concrétiser. Dans ce contexte, le RN mise sur sa capacité à incarner l’opposition, quitte à bousculer les dogmes traditionnels.

La bataille pour l’avenir des retraites ne fait que commencer, et chaque camp prépare ses armes. Le RN, avec sa proposition de retraite à 62 ans, compte bien peser dans le débat. Mais face à la complexité des enjeux, une question reste en suspens : « Le modèle économique du parti est-il viable ? »

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Avoriaz

il y a 2 jours

mouais... le vrai problème c'est pas l'âge, c'est que les boomers vont encore tout bouffer et nous laisser les miettes. genre à 62 ans t'es une épave et t'as plus la santé pour profiter de ta retraite. bref. la droite et l'extrême droite sont toutes les mêmes sur ce coup.

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TrailBlazer

il y a 2 jours

nooooon mais ils déconnent sérieux ??? 62 ans c'est déjà trop tard les gars... on va crever au boulot avant !! jsp pk ils veulent tjrs nous faire trvailler comme des chiens... et après ils s'étonnent que les jeunes votent pas... ptdr

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Roscoff

il y a 2 jours

@trailblazer Exactement. Le RN reprend une mesure libérale classique (retraite à 62 ans) mais sans jamais expliquer comment ils vont financer leur État-providence. En Suède, ils ont essayé la flexibilité… et ça a coûté cher en inégalités. Comparaison n’est pas raison, mais bon.

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C

Crépuscule

il y a 2 jours

Ah, la bonne vieille recette du RN : promettre l’impossible pour se faire élire. Comme si 62 ans ça allait changer quoi dans 3 ans… Le problème, c’est que personne ne croit vraiment à leur modèle économique. Entre nous, ça sent le coup de com’ bon marché.

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