Lisnard défie Retailleau : LR au bord de la scission avant 2027 ?

Par Decrescendo 31/10/2026 à 08:21
Lisnard défie Retailleau : LR au bord de la scission avant 2027 ?

Avec 7 à 8% dans les sondages, David Lisnard bouscule Bruno Retailleau à droite. Une candidature qui pourrait rebattre les cartes de la présidentielle 2027 et fragiliser Les Républicains. Analyse.

La droite française en ébullition : Lisnard, l’outsider qui déstabilise Retailleau

Dans l’échiquier politique français, où les alliances se recomposent et les ambitions s’affûtent à l’approche de 2027, un nom émerge avec une force inattendue : David Lisnard. Maire ultralibéral de Cannes et figure montante de la droite, il incarne une nouvelle stratégie pour Les Républicains (LR), mais aussi une menace existentielle pour son propre camp. Alors que les sondages, longtemps dominés par les figures traditionnelles, voient désormais le maire cannois talonner Bruno Retailleau, la question n’est plus seulement de savoir qui portera les couleurs de la droite, mais bien si LR survivra à cette guerre intestine.

Un phénomène viral et des chiffres qui dérangent

L’ascension de Lisnard repose en grande partie sur une stratégie numérique audacieuse, transformant les réseaux sociaux en véritable caisse de résonance. Sur X (ex-Twitter), des messages moqueurs du type « Et vos enfants en parlent à leurs goûters d’anniversaire ? » ont été détournés en slogans par ses partisans, accompagnés du hashtag #IlSePasseQuelqueChose. Un coup de communication génial, qui a propulsé Lisnard sur le devant de la scène médiatique. Résultat : en une semaine seulement, il a gagné 55 000 abonnés sur Instagram, tandis que son parti, Nouvelle Energie, revendique un afflux de 3 000 nouveaux adhérents par jour. Des chiffres difficiles à vérifier, mais qui, s’ils sont ne serait-ce qu’approximatifs, dessinent une dynamique inédite pour un élu local.

Un de ses proches n’hésite pas à comparer cette percée à celle de François Bayrou en 2007, lorsqu’il avait obtenu 18 % des voix au premier tour de la présidentielle. Une référence qui en dit long sur les ambitions de Lisnard : se positionner comme une alternative crédible à la gauche comme à l’extrême droite, en misant sur un discours libéral et pro-européen, loin des clivages traditionnels.

LR face à son miroir : Retailleau sous pression

Alors que Lisnard était jusqu’ici ignoré des sondages, il y pointe désormais entre 7 et 8 % d’intentions de vote, frôlant parfois les scores de Retailleau. Une performance qui s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, Lisnard a claqué la porte du parti en 2025 pour lancer une « échappée solitaire », plaidant pour une primaire ouverte, là où Retailleau défend une désignation interne. Ensuite, il est le seul à soutenir ouvertement la proposition de Gabriel Attal en faveur d’une primaire élargie, une idée qui séduit une partie de l’électorat modéré, lassé des querelles de chapelles.

Dans l’entourage de Retailleau, on minimise la menace. « David a vocation à nous rejoindre », assure-t-on, comme si l’affaire était entendue. Pourtant, les courbes des sondages racontent une autre histoire. Un élu pro-Retailleau avoue sans détour : « C’est une épine dans le pied pour le patron de LR. » Un autre, plus optimiste, tente de relativiser : « Les adhérents en parlent, mais ça ne passe pas ce mur-là. »

Divisions ou stratégie calculée ?

Les tensions au sein de LR ne datent pas d’hier, mais la candidature de Lisnard les expose au grand jour. Certains y voient une opportunité : un candidat jeune et dynamique pourrait redonner un souffle à un parti en perte de vitesse. D’autres, comme un proche d’Édouard Philippe, n’hésitent pas à comparer les ambitions de Lisnard à celles des « meilleurs de Ligue 2 qui veulent aller en Ligue 1 » – une métaphore sportive pour souligner l’inadéquation entre ses prétentions et ses moyens réels.

Pourtant, Lisnard mise sur une stratégie bien huilée. Alors que Retailleau peine à mobiliser au-delà de son cercle traditionnel, le maire de Cannes mise sur une « opération séduction » auprès des députés LR, programmée pour le 3 novembre. Un déjeuner qui pourrait révéler l’ampleur des fractures au sein du groupe. Mais Lisnard a une autre carte à jouer : sa réélection à la tête de l’Association des maires de France (AMF), un poste qu’il est donné favori pour conserver. Une tribune idéale pour assoir son influence avant 2027.

Quant à Retailleau, il reste déterminé. « On est unis, on est solides », martèle-t-il, tout en reconnaissant que les sondages ne lui sont pas favorables. Mais dans un parti où les ego pèsent parfois plus lourd que les idées, la question n’est plus seulement de savoir qui gagnera, mais si LR survivra intacte à cette épreuve.

L’extrême droite jubile, la gauche observe

La chute de LR dans les intentions de vote ne profite pas seulement à Lisnard. Elle réjouit aussi les rangs du Rassemblement National. Un député mariniste résume crûment la situation : « Il va mettre Retailleau dans la sauce ! » Une formule imagée pour décrire comment la division de la droite traditionnelle pourrait faciliter la tâche de Marine Le Pen en 2027. Car si Lisnard affaiblit Retailleau, il ne semble pas, pour l’instant, en mesure de fédérer au-delà de son électorat libéral.

Du côté de la gauche, on se garde bien de tout commentaire. Jean-Luc Mélenchon et ses alliés savent que toute division de la droite est une aubaine, mais ils restent prudents. Après tout, Lisnard, avec son discours pro-européen et son libéralisme économique, n’est pas exactement le candidat que la NUPES espérait affronter.

Quant à l’exécutif macroniste, il observe la situation avec un mélange de satisfaction et d’inquiétude. Sébastien Lecornu et son gouvernement, en pleine campagne de réélection implicite, pourraient profiter d’un affaiblissement de LR pour consolider leur position. Mais si la division persiste, le risque est de voir émerger une droite radicalisée, encore plus difficile à battre.

Un calcul risqué ou une nouvelle ère ?

Pour Lisnard, l’enjeu est double : prouver qu’il peut incarner une alternative crédible, tout en évitant de faire basculer LR dans le chaos. Ses détracteurs soulignent qu’il n’a pas besoin de « faire campagne » puisque, en tant que maire, il est déjà en contact permanent avec les citoyens. Ses partisans, eux, y voient la preuve d’une modernité : un homme politique qui n’a pas besoin de se déplacer pour être visible, grâce aux réseaux sociaux.

Une chose est sûre : en 2027, la présidentielle ne ressemblera à aucune autre. Entre la montée de l’extrême droite, la gauche divisée et une droite en pleine recomposition, les cartes sont plus que jamais rebattues. Et si Lisnard parvenait à incarner cette « troisième voie » tant recherchée par une partie de l’électorat ? Le pari est audacieux, mais les sondages lui donnent déjà raison sur un point : il se passe quelque chose.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (6)

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Apollon 6

il y a 27 minutes

Est-ce que cette scission va pousser LR à faire alliance avec le RN ? Parce que si c’est le cas, ça change toute la donne. Ou alors c’est juste du bla-bla pour les médias ?

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A

Alain27

il y a 47 minutes

Franchement, pourquoi pas. Mais il faudrait qu’il explique comment il compte faire avec 7% dans les sondages. Moi j’aimerais bien savoir d’où il sort ses solutions, là.

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T

tregastel

il y a 1 heure

Encore une crise interne... Bon. Comme d’hab.

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Q

Quimperlé

il y a 1 heure

Retailleau devrait virer ce traître. LR, c’est fini.

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M

Malo du 40

il y a 1 heure

@quimperle Tu confonds trahison et pragmatisme, mon vieux. Lisnard tente de sauver le parti de la noyade. Soit on évolue, soit on crève. Perso, je préfère vivre.

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E

Erdeven

il y a 2 heures

noooon mais c'est n'importe quoi !!! lisnard qui joue les sauveurs de la droite alors qu'il était d'extrême droite avant ??? sérieux xptdr

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