L’Union européenne siffle la fin de la récréation pour les colonies israéliennes
Douze États, dont la France, ont annoncé mardi 8 septembre 2026 une série de mesures sans précédent pour tarir le commerce avec les implantations israéliennes en Cisjordanie occupée. Paris, sous l’impulsion du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, va jusqu’à envisager l’interdiction totale des importations de produits issus de ces territoires, une décision qui s’inscrit dans un contexte de flambée des violences et d’accélération de la colonisation. Mais sur le terrain, à Gush Etzion, l’un des bastions des colons en Cisjordanie, le rejet est unanime : pour ses habitants, ces terres ne sont pas occupées, mais achetées avec leurs propres deniers.
Cette initiative européenne, soutenue par plusieurs pays nordiques et membres de l’UE, intervient alors que les violences imputées aux colons ont atteint des niveaux records. Selon les dernières données de l’ONU, plus de 1 400 attaques attribuées à des groupes de colons ont été recensées depuis le début de l’année, dont une centaine en août seul. Un chiffre qui alarme la communauté internationale, mais que les habitants de Gush Etzion attribuent à une minorité d’extrémistes, loin de représenter l’ensemble des résidents.
« Cet endroit, nous l’avons acheté » : la réponse des colons face à l’accusation d’expansionnisme
Dans ce paysage aride de Cisjordanie, où les oliviers et les maisons en pierre de Jérusalem se mélangent aux avant-postes militaires, les habitants de Gush Etzion rejettent en bloc le terme de « colonies », jugé insultant. Dalit, une résidente de longue date, s’indigne :
« Ce n’est pas leurs affaires. Cet endroit, nous l’avons acheté. Nous avons versé chaque sou pour cette terre. Alors pourquoi ce serait une colonie ? »
Pour elle, comme pour ses voisins, la légitimité de leur présence repose sur des achats de terrains effectués dans les années 1970 et 1980, bien avant que la question ne devienne un sujet de contentieux international. Shalom, un autre habitant, balaie d’un revers de main les déclarations de Paris :
« C’est quoi cette décision ? C’est vraiment grave. Il y a simplement de l’antisémitisme depuis des années. Nous sommes habitués à cela. »
Le ton est donné : pour les colons, cette offensive diplomatique européenne n’est qu’une reprise des vieux clichés antisémites, une tentative de délégitimer leur existence au nom d’une cause palestinienne qu’ils jugent, au mieux, mal informée, au pire, manipulatrice.
Violences et annexions : l’escalade qui a précipité la réaction européenne
Le coup de semonce européen survient dans un contexte particulièrement tendu. Depuis le début de l’année, les projets d’annexion de nouvelles zones en Cisjordanie se multiplient, avec pour objectif affiché de rompre la continuité territoriale palestinienne. Un plan controversé, soutenu par une partie de la droite israélienne et condamné par l’ONU, qui risque de faire exploser les tensions dans la région.
Les 12 pays signataires – dont l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne et la Suède – ont réitéré leur opposition à toute mesure unilatérale d’Israël, appelant à un gel immédiat des activités de colonisation. Une position qui s’aligne sur celle de la France, où Emmanuel Macron et son gouvernement, dirigé par Sébastien Lecornu, ont toujours affiché leur fermeté envers les politiques expansionnistes israéliennes.
Pourtant, sur place, les colons minimisent l’impact de ces sanctions. Joël et Deborah, un couple installé depuis plus de vingt ans à Gush Etzion, assurent que les violences commises par des groupes radicaux ne doivent pas être confondues avec la réalité quotidienne de leur communauté.
« L’actualité se focalise sur ça, c’est vraiment regrettable. C’est un groupe minoritaire, nous, on les rejette, ce n’est pas une façon d’agir. »
Une rhétorique que beaucoup jugent naïve, voire complaisante, alors que les rapports d’ONG comme Amnesty International ou B’Tselem pointent du doigt un système de violence institutionnalisée, où des colons armés agissent souvent en toute impunité, protégés par l’armée israélienne.
Une Europe divisée face à la question palestinienne
Si la France et plusieurs de ses partenaires européens ont choisi une ligne dure, d’autres États membres, comme la Hongrie de Viktor Orbán, affichent un soutien inconditionnel à Israël, bloquant toute avancée vers des sanctions plus globales au sein de l’UE. Une division qui illustre les tensions internes à l’Union sur la question palestinienne, où les lignes de fracture passent autant par des considérations géopolitiques que par des clivages idéologiques.
Pour les observateurs, cette décision européenne marque un tournant dans la politique étrangère de l’UE envers Israël. Après des années de tergiversations et de déclarations sans lendemain, les Vingt-Sept semblent enfin prêts à passer à l’acte, quitte à braquer Washington, où l’administration américaine, sous influence des lobbies pro-israéliens, a déjà fait savoir son mécontentement.
En Israël même, le gouvernement de Benjamin Netanyahu – toujours en place malgré les scandales et les manifestations massives – a réagi avec une fermeté inhabituelle, dénonçant une « ingérence inacceptable » dans ses affaires internes. Une posture qui risque d’envenimer les relations avec Bruxelles, déjà tendues depuis l’adoption de lois controversées en Israël, comme celle du « caractère juif de l’État », perçue comme discriminatoire par une partie de la communauté internationale.
Cisjordanie : un conflit sans fin ou un tournant géopolitique ?
Alors que les négociations de paix semblent plus éloignées que jamais, la question des colonies israéliennes en Cisjordanie revient sur le devant de la scène avec une urgence renouvelée. Pour les Palestiniens, ces mesures européennes, bien que symboliques, pourraient ralentir l’expansion des colonies et donner un souffle nouveau à leur lutte pour un État viable.
Mais pour les colons, comme pour une partie de l’opinion israélienne, cette offensive n’est qu’une manœuvre politique, destinée à apaiser les consciences européennes sans résoudre le fond du problème. Dalit résume ainsi l’état d’esprit général :
« Ils veulent nous faire porter le chapeau pour tout ce qui va mal au Proche-Orient, mais ils oublient une chose : nous sommes ici chez nous. »
Dans un contexte où les tensions intercommunautaires s’exacerbent et où les espoirs de paix s’amenuisent, une chose est sûre : la Cisjordanie reste un poudrière, et les décisions européennes pourraient bien y mettre le feu.