Macron assume l’héritage explosif de 10 ans de déficits : la facture des crises et des réformes inabouties

Par Mathieu Robin 25/09/2026 à 09:11
Macron assume l’héritage explosif de 10 ans de déficits : la facture des crises et des réformes inabouties

Avec 1 400 milliards de déficits et une dette à 121 % du PIB, Macron assume un bilan explosif. Mais les réformes inabouties et l’absence de vision pour l’avenir laissent un héritage lourd à ses successeurs.

La France, championne des dépenses et de la dette sous Macron : un héritage qui pèse sur l’avenir

Avec près de 1 400 milliards d’euros de déficits publics cumulés en dix ans et une dette publique frôlant les 3 500 milliards, soit 121 % du PIB, la France paie aujourd’hui le prix d’une gestion budgétaire marquée par l’urgence plus que par la vision. Jeudi soir, face aux caméras de TF1 et France 2, le président sortant a tenté de justifier ce bilan, admettant tout au plus quelques « regrets » sur des réformes avortées, mais sans remettre en cause l’héritage de son quinquennat. Pourtant, derrière les chiffres vertigineux se cache une réalité bien moins glorieuse : celle d’un pays qui a préféré dépenser sans compter pendant les crises plutôt que de préparer l’avenir.

Les taux d’intérêt, eux, ne mentent pas. À plus de 4,7 %, la France emprunte désormais plus cher que la Grèce ou l’Italie, une situation inédite qui alourdira encore le budget 2027. Des milliards supplémentaires devront être trouvés, au moment où les caisses de l’État et de la Sécurité sociale sont exsangues. Tous les voyants sont au rouge, et le constat s’impose : le « quoi qu’il en coûte » a permis de sauver les meubles, mais il a surtout creusé un déficit structurel dont les générations futures devront supporter le fardeau.

Le « pognon de dingue » : un choix politique assumé, mais à quel prix ?

Emmanuel Macron refuse de regretter les dépenses massives engagées depuis 2017. Un tiers des fonds a été injecté dans le pouvoir d’achat, via la suppression de la taxe d’habitation, la transformation de l’ISF en IFI, ou encore les aides ciblées aux ménages et aux entreprises. Une politique qui a permis de limiter l’impact des crises, mais qui a aussi créé une dépendance dangereuse. « Pendant les crises, aucun responsable politique ne me demandait de limiter ces soutiens », a-t-il plaidé, comme si l’exécutif n’avait eu d’autre choix que de céder aux sirènes du toujours plus.

Un autre tiers a été consacré aux services publics, notamment la santé avec le Ségur de la santé et les armées. Pourtant, qui peut sérieusement prétendre que les hôpitaux ou l’école publique se sont améliorés ces dernières années ? Les promesses de modernisation se heurtent à la réalité d’un État engorgé par des effectifs en hausse et des budgets asphyxiés. Enfin, le dernier tiers a financé notre modèle social, un choix que le président reconnaît aujourd’hui avec une pointe de lucidité : « Je le prends pour moi. Je n’ai pas réussi à convaincre les forces politiques. »

Les retraites et l’État : deux réformes avortées, un bilan en demi-teinte

Parmi les échecs les plus retentissants, la réforme des retraites occupe une place centrale. Adoptée dans la douleur, après des mois de manifestations et le recours au 49.3, elle a finalement été suspendue dans le dernier budget. Un revirement qui illustre l’incapacité de l’exécutif à imposer une vision de long terme, malgré l’urgence démographique. Pourtant, les retraites représentent le premier poste de dépense du pays. Comment justifier le statu quo alors que le ratio cotisants/retraités ne cesse de se dégrader ?

Mais les retraites ne sont pas le seul chantier inabouti. Malgré ses promesses initiales, Emmanuel Macron n’a pas su réformer l’État en profondeur. Les effectifs de la fonction publique continuent de croître, et les réformes structurelles promises – comme celle de l’école ou des grands investissements d’avenir – sont restées lettre morte. Un manque de courage politique qui se paie aujourd’hui, alors que la France se classe de plus en plus mal dans les classements internationaux sur la compétitivité ou l’innovation.

Une dette record et des taux qui explosent : l’Europe s’inquiète

La dégradation des finances publiques française ne passe pas inaperçue en Europe. Avec un endettement à 121 % du PIB, la France est désormais le mauvais élève de la zone euro, derrière l’Italie et la Grèce. Les taux d’intérêt, en hausse constante, aggravent encore la situation. Chaque point de pourcentage supplémentaire représente des milliards d’euros de charge annuelle, un fardeau qui asphyxie déjà le budget de l’État. Et le pire est à venir : la Banque centrale européenne, confrontée à une inflation persistante, n’a d’autre choix que de maintenir sa politique monétaire restrictive.

Dans ce contexte, la France donne l’image d’un pays incapable de se réformer, préférant recourir à l’emprunt plutôt qu’à des choix douloureux mais nécessaires. Les partenaires européens, notamment l’Allemagne et les pays du Nord, observent avec une inquiétude croissante cette dérive, qui menace la stabilité de toute la zone euro.

L’opposition en embuscade : la gauche réclame des comptes

Face à ce bilan, les critiques fusent, y compris au sein de la majorité. La gauche, en particulier, pointe du doigt l’absence de vision à long terme et l’accumulation de dettes qui hypothèquent l’avenir. « Macron a géré les crises, mais il n’a pas construit l’après », résume un député socialiste sous couvert d’anonymat. Les écologistes, eux, dénoncent une politique trop favorable aux entreprises et pas assez ambitieuse sur la transition écologique, alors que les dépenses vertes restent marginales dans le budget.

L’extrême droite, de son côté, instrumentalise la dette pour alimenter sa rhétorique anti-européenne. « La France est en faillite, et Bruxelles ne fait rien », clame Jordan Bardella, tandis que Marine Le Pen multiplie les propositions de sortie de l’euro. Une posture qui, si elle séduit une partie de l’électorat, ne propose aucune solution crédible pour redresser les comptes publics.

Que reste-t-il de dix ans de macronisme ?

À quelques mois de l’échéance présidentielle, le bilan budgétaire de Macron apparaît comme un héritage toxique. Certes, les Français ont été protégés des pires effets des crises, mais au prix d’un endettement record et d’un État toujours plus inefficace. Les réformes structurelles promises – retraites, fonction publique, école – ont soit avorté, soit été reportées sine die. Quant aux grands investissements d’avenir, ils se font attendre.

Le prochain gouvernement, quel qu’il soit, héritera d’un pays exsangue. Faut-il s’attendre à des hausses d’impôts ? À des coupes budgétaires brutales ? Ou à un nouveau recours à l’endettement ? Une chose est sûre : la France n’a plus les marges de manœuvre d’il y a dix ans. Et le temps des solutions faciles est révolu.


Les points clés du bilan économique de Macron

Dette publique : 3 500 milliards d’euros (121 % du PIB), un record dans la zone euro après la Grèce et l’Italie.

Déficit cumulé : 1 400 milliards d’euros depuis 2017, financé à coups de dépenses exceptionnelles.

Taux d’intérêt : 4,7 %, le plus élevé de la zone euro, devant l’Italie et la Grèce.

Réformes avortées : retraites (49.3 et suspension), fonction publique (effectifs en hausse), école (peu de changements).

Dépenses phares : pouvoir d’achat (taxe d’habitation, ISF), santé (Ségur), modèle social (retraites).

Critiques : gauche (manque de vision), extrême droite (dette et anti-européisme), partenaires européens (inquiétude sur la stabilité).

Perspectives : budget 2027 en péril, hausses d’impôts ou coupes budgétaires probables.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (6)

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Nausicaa

il y a 52 minutes

mdr les mecs... entre les gilets jaunes, le covid, et maintenant ça... bon courage aux successeurs, ils vont se prendre une claque historique ???

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B

Borrégo

il y a 1 heure

Et bien sûr, aucune réforme de fond. Juste des rustines pour tenir jusqu'aux prochaines élections. Qui paiera la note ? Les jeunes, comme d'hab.

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P

Prisme

il y a 1 heure

Le déficit structurel est passé de 2,5% du PIB en 2017 à 5,5% en 2024. À ce rythme, dans 10 ans on frôlera les 150%. Et après on se demandera pourquoi les taux montent...

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S

Solstice

il y a 33 minutes

@prisme Exactement. On a remplacé les baisses de dépenses par des artifices comptables. Résultat : la France est le seul pays de la zone euro où la dette continue d'exploser sans crise majeure... pour l'instant. Mais ça viendra.

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I

Ironiste patenté 2022

il y a 2 heures

nooooon mais c'est quoi ce délire ??? 121% de dette et on rigole ??? mais sérieux les gars on va finir en banque rotoot ???

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W

WaveMaker

il y a 2 heures

1 400 milliards... et on va encore nous vendre du "en même temps" comme solution ? Mdr. Point final.

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