À Athènes, Macron relance le partenariat franco-hellénique face aux défis économiques
Dans un discours prononcé devant près de 200 dirigeants d’entreprises françaises et grecques, Emmanuel Macron a martelé samedi 25 avril 2026 l’urgence d’un sursaut collectif européen. Accueilli par les plus hauts responsables grecs, le président français a souligné l’exemplarité de la Grèce, « symbole d’une résilience économique et sociale souvent ignorée par les dogmes austéritaires imposés par certains États membres », mais aussi un levier stratégique pour contrer les ambitions hégémoniques chinoises et russes en Méditerranée orientale.
Alors que le Vieux Continent peine à retrouver sa souveraineté industrielle et technologique, la Grèce incarne, selon lui, une réussite trop peu exploitée par les investisseurs français. « Les entreprises tricolores doivent prendre leur part dans cette dynamique, sous peine de laisser le champ libre aux prédateurs économiques », a-t-il lancé, en référence implicite aux stratégies d’expansion de Pékin et Moscou dans les Balkans et au-delà.
Un pays en pleine renaissance, mais sous-financé
Depuis la fin de la crise de la dette en 2018, la Grèce affiche une croissance moyenne de plus de 2 % par an, un chômage en net recul – passé de 27 % à moins de 12 % – et une dette publique en baisse, malgré les critiques des « partisans d’une austérité sans fin ». Pourtant, malgré l’arrivée de près de 200 entreprises françaises générant 17 000 emplois, les investissements hexagonaux restent en deçà des potentialités : seulement 2 milliards d’euros prévus en 2025, sur un total de 12 milliards d’investissements étrangers annuels.
Pourtant, les opportunités sont multiples : énergie renouvelable, numérique, tourisme durable ou encore infrastructures portuaires. « La Grèce est un laboratoire de la transition écologique et numérique, et l’Europe ne peut se permettre de le laisser aux mains de concurrents peu scrupuleux », a plaidé Macron, évoquant les risques d’une dépendance accrue aux capitaux chinois, notamment dans les secteurs des télécoms et des énergies vertes.
Des entreprises françaises en retrait, malgré des succès passés
Le contraste est saisissant avec le début des années 2010, lorsque plusieurs fleurons français – dont Carrefour, la Fnac ou des banques comme BNP Paribas et Crédit Agricole – avaient réduit leur présence, voire quitté le marché grec sous la pression de la crise. Aujourd’hui, la chambre de commerce franco-hellénique recense un rebond significatif : plus de 50 % d’augmentation des investissements français en cinq ans, portés notamment par des groupes comme EDF, Sanofi ou Engie.
Pourtant, « ces efforts restent insuffisants face à l’offensive asiatique », estime un haut fonctionnaire européen. « La Chine a déjà pris le contrôle de ports stratégiques comme Le Pirée, et la Russie multiplie les investissements dans les infrastructures énergétiques », rappelle-t-il, soulignant que l’Union européenne doit agir comme un bloc, et non comme un ensemble disparate de nations rivales.
L’appel à une dette commune européenne : une nécessité géopolitique
C’est dans ce contexte que Macron a réitéré son plaidoyer pour des emprunts communs à l’échelle européenne, destinés à financer des projets d’avenir. « L’Allemagne et les pays du Nord doivent cesser de bloquer toute mutualisation des dettes, sous prétexte de rigorisme budgétaire », a-t-il lancé, en écho aux tensions persistantes au sein de l’UE.
« La Grèce nous rappelle que l’Europe ne se construit pas par la division, mais par la solidarité active. Refuser un mécanisme de dette commune, c’est laisser le champ libre à ceux qui veulent nous affaiblir », a-t-il asséné, en référence implicite à l’opposition de Berlin et des pays frugaux à ce type d’initiatives.
Cette position s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie française en faveur d’une Europe puissance, capable de rivaliser avec les États-Unis, la Chine ou la Russie. « L’Europe doit être un acteur géoéconomique, pas un champ de ruines où chacun se bat pour sa survie », a-t-il martelé, tandis que son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, évoquait en parallèle un « plan Marshall méditerranéen » pour accélérer les investissements dans les pays du Sud.
La Grèce, un enjeu symbolique pour l’Union
Au-delà des chiffres, Athènes incarne pour Paris une victoire idéologique : celle d’un pays sorti de l’ornière malgré les pressions des institutions européennes les plus dogmatiques. « La Grèce a prouvé qu’une autre voie était possible, loin des recettes néolibérales imposées par la Troïka », souligne un économiste proche du gouvernement.
Pourtant, les défis demeurent : dépendance énergétique, pression migratoire, et risque de déstabilisation régionale. « L’Europe ne peut se contenter de regarder la Grèce comme un cas d’école. Elle doit en faire un modèle à reproduire », insiste Macron, qui a annoncé la création d’un « fonds franco-hellénique d’innovation » doté de 500 millions d’euros.
Entre opportunités économiques et rivalités géopolitiques
Si la visite de Macron s’inscrit dans une logique de renforcement des liens bilatéraux, elle révèle aussi les fractures persistantes au sein de l’UE. « Certains États membres préfèrent regarder ailleurs plutôt que de reconnaître que leur modèle a échoué », a taclé le président français, sans nommer directement les pays concernés.
Alors que la Hongrie de Viktor Orbán multiplie les alliances avec Moscou et Pékin, et que la Pologne durcit son discours souverainiste, la Grèce apparaît comme un allié de poids pour Paris. « Athènes est un partenaire fiable, contrairement à ceux qui jouent contre l’Europe », a souligné un diplomate, en écho aux tensions avec Varsovie et Budapest sur l’État de droit.
Pour les observateurs, cette visite marque un tournant : « Macron transforme la Grèce en symbole de sa vision européenne, mais aussi en rempart contre les ambitions expansionnistes de ses rivaux ». Une stratégie qui, si elle séduit les partisans d’une Europe souveraine, pourrait en revanche exacerber les divisions avec les pays les plus réticents à toute forme de solidarité financière.
Quel avenir pour les relations franco-helléniques ?
Les prochains mois seront décisifs. D’ici la fin de l’année, Paris et Athènes devraient finaliser plusieurs accords, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports. « L’enjeu n’est plus seulement économique, mais stratégique », résume un conseiller du Quai d’Orsay. « La Grèce est au cœur d’une bataille d’influence où l’Europe doit gagner ».
Alors que les États-Unis, sous l’administration Biden ou son successeur, semblent se désengager progressivement de la région, et que la Turquie renforce sa présence militaire en mer Égée, l’Europe ne peut plus se permettre de tergiverser. « C’est maintenant ou jamais », a conclu Macron, avant de s’envoler pour une réunion à Bruxelles où les dossiers ukrainiens et chinois seront également à l’ordre du jour.