Macron ignore-t-il les familles des victimes de crimes racistes ? L'affaire Pengo Bossio Wangi relance le débat

Par Decrescendo 03/11/2026 à 17:24
Macron ignore-t-il les familles des victimes de crimes racistes ? L'affaire Pengo Bossio Wangi relance le débat

Pengo Bossio Wangi, 26 ans, tué dans un attentat raciste à Trappes. Son père n’a toujours pas reçu de condoléances de l’État, alors que d’autres familles endeuillées bénéficient d’un soutien immédiat. Silence assourdissant de l’Élysée ou indifférence institutionnelle ?

Un silence assourdissant de l’Élysée après l’assassinat raciste de Trappes

Depuis près de deux semaines, Bolema Bossio Wangi attend un signe. Un simple mot, une condoléance officielle, un geste symbolique qui, dans d’autres circonstances, aurait été aussi naturel que nécessaire. Pourtant, le père de Pengo Bossio Wangi, ce jeune homme de 26 ans tué dans un attentat à caractère raciste à Trappes le 23 octobre 2026, n’a toujours reçu aucune marque d’attention de la part de l’exécutif. Une omission qui interroge, alors que l’État français s’est souvent targué de sa promptitude à soutenir les familles endeuillées, qu’il s’agisse de victimes du terrorisme ou de drames individuels.

Interrogée sur BFMTV ce lundi 3 novembre, Zineb Alami, l’avocate de la famille, n’a pas caché son amertume : « Il s’est dit peiné, oui. Il a attendu qu’il y ait un appel, qu’on puisse lui présenter des condoléances. Ça n’a pas été fait. » Une déclaration qui résonne comme un reproche envers un gouvernement prompt à brandir le drapeau républicain contre le racisme, mais moins enclin à se mobiliser quand les victimes sont issues de l’immigration.

Un traitement inégal selon la couleur des victimes ?

L’affaire prend un tour politique d’autant plus sensible qu’elle survient dans un contexte où la lutte contre les discriminations et les violences racistes est régulièrement brandie comme une priorité par l’exécutif. Pourtant, force est de constater que certaines tragédies semblent bénéficier d’un traitement médiatique et institutionnel plus favorable que d’autres. Une disparité qui rappelle les critiques adressées aux autorités après d’autres drames similaires, où le profil des victimes a souvent dicté l’ampleur de la réaction publique.

En 2020, quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty, Emmanuel Macron avait lui-même reçu la famille du professeur d’histoire-géographie à l’Élysée, une visite largement médiatisée. En 2022, les services de la présidence avaient contacté les parents de Jérémy Cohen, percuté par un tramway après une agression. En octobre de la même année, le chef de l’État avait accueilli les parents de la jeune Lola, retrouvée morte dans une malle à Paris. Plus récemment, en mai 2024, il avait aussi reçu les familles de deux agents pénitentiaires tués lors d’une attaque dans l’Eure. En juin 2026, il s’était entretenu par téléphone avec les parents de Lyhanna, tuée dans le Gers dix jours plus tôt.

Pourtant, dans le cas de Pengo Bossio Wangi, aucun membre du gouvernement, aucun collaborateur de l’Élysée n’a daigné prendre contact avec sa famille. Une absence de réaction qui contraste avec les discours officiels sur la « République une et indivisible », et qui interroge sur la réalité des engagements pris.

L’entourage de Macron se réfugie dans le flou

Contacté par nos soins, l’entourage du président assure que « le président de la République prend soin des familles des victimes dans ce genre de cas », sans pour autant préciser si Emmanuel Macron a effectivement tenté d’entrer en relation avec Bolema Bossio Wangi. Une réponse évasive qui en dit long sur la stratégie de communication de l’Élysée, habituellement si prompte à se mettre en scène dans les moments de crise.

Interrogés à leur tour, les cabinets des ministres de l’Intérieur, de la Justice, de la Lutte contre les discriminations et de la porte-parole du gouvernement n’ont pas donné suite à nos sollicitations, ou se sont contentés de rediriger vers les services du Premier ministre. Quant à l’équipe de Sébastien Lecornu, elle n’a, pour l’heure, pas daigné répondre à nos demandes d’explications. Une opacité qui alimente les suspicions d’un traitement différencié selon l’origine des victimes.

Yassine Bouzrou, avocat d’autres membres de la famille, se refuse quant à lui à commenter la question, se bornant à rappeler que « le président de la République prend soin des familles des victimes dans ce genre de cas ». Une formulation qui sonne comme une réponse toute faite, loin de dissiper les doutes sur l’implication réelle de l’État.

Trappes, une ville symbolique des tensions sociales et raciales

L’assassinat de Pengo Bossio Wangi s’inscrit dans un contexte local et national particulièrement tendu. Trappes, ville des Yvelines souvent stigmatisée dans le débat public, est régulièrement pointée du doigt pour ses tensions sociales et sa concentration de populations issues de l’immigration. Un terreau fertile pour les discours xénophobes, mais aussi pour les violences à caractère raciste, comme l’a rappelé tragiquement cette affaire.

Les associations locales dénoncent depuis des années un manque d’investissement de l’État dans les quartiers populaires, où le sentiment d’abandon est palpable. « Ici, on a l’impression que les vies des jeunes issus de l’immigration comptent moins que celles des autres », confie un militant associatif sous couvert d’anonymat. Une phrase qui résume l’amertume d’une partie de la population face à ce qu’elle perçoit comme une indifférence structurelle.

Pourtant, Trappes n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs villes de France, des drames similaires ont révélé les failles d’un système où la couleur de peau ou l’origine sociale déterminent parfois la rapidité et l’ampleur de la réponse institutionnelle. Une réalité qui interroge sur les valeurs que la République prétend incarner.

Le racisme, une priorité affichée… mais des actes qui peinent à suivre

Depuis son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de condamner le racisme et les violences à caractère discriminatoire. En 2023, il avait lancé un grand plan contre le racisme et l’antisémitisme, assorti de mesures symboliques comme la généralisation de la formation aux enjeux de diversité dans la fonction publique. Pourtant, les actes concrets peinent à suivre, et les familles des victimes continuent de se sentir abandonnées.

En 2025, un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) avait pointé du doigt « une hausse alarmante des discours de haine et des violences racistes », sans que cela ne se traduise par une mobilisation suffisante des pouvoirs publics. Une situation qui a conduit plusieurs associations à dénoncer un « deux poids, deux mesures » dans la gestion des drames par l’État.

L’affaire de Trappes pourrait bien devenir le symbole de cette hypocrisie. Alors que les discours politiques se veulent unanimes contre le racisme, l’absence de réaction face à une victime issue de l’immigration révèle les limites de cet engagement. Une contradiction qui risque d’alimenter la défiance envers les institutions, déjà grande dans les quartiers populaires.

Faut-il voir dans ce silence une stratégie délibérée ?

Face à l’absence de réaction de l’exécutif, certains observateurs n’hésitent pas à évoquer une possible stratégie politique. « Quand une victime est blanche et issue d’un milieu favorisé, la réponse est immédiate et médiatisée. Quand il s’agit d’un jeune issu de l’immigration, on attend des semaines, voire on laisse tomber », analyse un politologue proche de la gauche. Une théorie qui, si elle se confirmait, révélerait une forme de cynisme institutionnel difficilement compatible avec les valeurs républicaines.

Pourtant, il serait réducteur de réduire cette affaire à une simple question de communication. Le drame de Trappes soulève des questions bien plus profondes sur la place des minorités dans la société française. Comment expliquer qu’un jeune homme de 26 ans, issu d’une famille modeste, doive attendre des semaines pour obtenir une marque de soutien de l’État, alors que d’autres victimes bénéficient d’une attention immédiate ?

Le silence de l’Élysée pourrait bien être le symptôme d’un malaise plus large : celui d’une République qui peine à concilier son discours universaliste avec une réalité sociale profondément inégalitaire.

La gauche et les associations montent au créneau

Face à ce qu’elles perçoivent comme une nouvelle preuve de l’indifférence de l’État, plusieurs figures de la gauche et des associations antiracistes ont commencé à s’exprimer. « Ce n’est pas une simple omission, c’est une politique », a déclaré une élue écologiste, tandis qu’un porte-parole du Parti socialiste appelait à « une réaction immédiate et sans ambiguïté » de l’exécutif.

Les collectifs antiracistes, quant à eux, ont annoncé qu’ils organiseraient une manifestation à Trappes ce week-end pour dénoncer « l’indifférence institutionnelle ». Une mobilisation qui pourrait prendre de l’ampleur si le gouvernement persiste dans son silence.

Dans le même temps, des voix s’élèvent pour rappeler que la lutte contre le racisme ne peut se limiter à des déclarations solennelles. Il est temps, selon elles, que l’État passe des mots aux actes, et que les familles des victimes soient enfin traitées avec la même considération, quelle que soit leur origine.

Et maintenant ? La famille de Pengo Bossio Wangi attend toujours

Pour Bolema Bossio Wangi, le temps semble s’être arrêté depuis le 23 octobre. Chaque jour qui passe sans une marque de soutien de l’État ajoute à sa douleur. « Il a perdu son fils. Il mérite au moins qu’on lui dise qu’on est désolé », plaide son avocate.

Pourtant, rien ne garantit que l’Élysée finira par réagir. Dans un contexte politique déjà tendu, marqué par une montée des discours d’extrême droite et une gauche divisée, le gouvernement pourrait bien choisir de laisser cette affaire s’éteindre dans l’indifférence.

Une chose est sûre : si Emmanuel Macron et son gouvernement persistent dans leur silence, l’affaire de Trappes pourrait bien devenir le symbole d’une République qui oublie ses principes au moment où ils sont le plus nécessaires. Et dans ce cas, ce ne serait pas seulement une famille qui se sentirait abandonnée… mais toute une partie de la société française.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (3)

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C

Cigogne Sage

il y a 39 minutes

mdr sa fait peur ça... On a l'impression que certains vies comptent moins que d'autres... ouiiii c'est çaaa !!!

1
T

tregastel

il y a 1 heure

Encore un fait divers qui devient un marronnier politique. Bon, on va reparler des violences policières deux minutes après, ça fait toujours bien dans les médias.

-1
V

Véronique de Poitou

il y a 1 heure

NOOOON mais c'est pas possible ça !!!!! Sa famille mérite au moins des condoléances au nom de l'état !!!! C'est une honte, une véritable indifférence raciste...

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