Marion Maréchal et le RN défient le récit officiel sur l’esclavage
L’eurodéputée Marion Maréchal, figure historique de l’extrême droite française, a relancé ce mardi 12 mai 2026 un débat aussi sensible que politique en critiquant la commémoration exclusive de la traite transatlantique lors de la Journée nationale des mémoires de l’esclavage et de l’abolition, célébrée chaque 10 mai. Invitée des 4 Vérités sur France 2, elle a défendu une vision élargie de cette mémoire, incluant notamment la traite arabo-musulmane et intra-africaine, bien moins évoquées dans les cérémonies officielles.
Cette prise de position intervient alors que la mairie de Vierzon, désormais dirigée par le Rassemblement national, a annulé une cérémonie de commémoration prévue le 10 mai, suscitant une polémique immédiate. Marion Maréchal a justifié cette décision en affirmant : « Il faudrait commémorer tous les esclavages pour que, bien sûr, cela n’arrive plus jamais ». Elle a pointé du doigt ce qu’elle présente comme une instrumentalisation politique du sujet par une partie de la gauche, notamment à travers la figure de l’ancienne ministre Christiane Taubira.
Pour elle, cette commémoration sélective occulte des réalités historiques complexes, comme l’esclavage pratiqué par certaines familles africaines avant la colonisation européenne. Elle a ainsi déclaré :
« Un profil comme Monsieur Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, a plus de chances d’être un descendant d’esclavagistes que moi. Il affirme venir d’une famille de nobles maliens qui pratiquaient jusqu’au XXe siècle l’esclavage de manière structurelle. »
Le RN et la mémoire coloniale : une stratégie de rupture ?
Cette polémique s’inscrit dans une stratégie plus large du Rassemblement national, qui cherche à se positionner comme le défenseur d’une mémoire nationale décomplexée face à ce que le parti qualifie de « repentance imposée ». Marion Maréchal a d’ailleurs rappelé que le RN, sous la direction de Jordan Bardella, prépare activement les élections de 2027 avec un programme axé sur la souveraineté mémorielle.
Cette approche contraste avec la position traditionnelle de la gauche, qui met l’accent sur la responsabilité européenne dans la traite transatlantique. Marion Maréchal a critiqué cette focalisation en déclarant :
« Cette mémoire de l’esclavage, qui est évidemment une ignominie, ne doit pas concerner uniquement la culpabilité des Européens et des Français. »
Pour elle, cette vision partielle sert avant tout des objectifs politiques et occulte d’autres formes d’oppression, comme la traite intra-africaine, estimée à 14 millions de victimes, ou la traite arabo-musulmane, responsable de près de 17 millions d’esclaves sur plusieurs siècles.
Vierzon, symbole des tensions mémorielles
L’annulation de la cérémonie à Vierzon, ville passée sous contrôle RN aux dernières municipales, a été présentée par l’opposition comme une atteinte à la mémoire collective. Pourtant, Marion Maréchal a défendu cette décision en expliquant que le RN aurait organisé une cérémonie pour élargir le débat. Elle a ajouté : « Ça aurait été l’occasion de parler des esclavages tabous ».
Cette prise de position s’inscrit dans une dynamique plus large où le RN cherche à se distinguer des autres forces politiques en proposant une réinterprétation de l’histoire coloniale, loin des thèses postcoloniales portées par une partie de la gauche et des associations antiracistes.
Réactions et critiques : entre légitimité et instrumentalisation
La sortie de Marion Maréchal a suscité de vives réactions. Plusieurs historiens et militants antiracistes ont dénoncé une minimisation des crimes coloniaux. Pour l’historien Pap Ndiaye, cette position relève d’une « manipulation historique » visant à relativiser la responsabilité française.
De son côté, Alain Fischer, président de l’Académie des sciences, a critiqué le RN pour son opposition systématique aux mesures sanitaires pendant la crise du Covid-19, qu’il qualifie de « dangerosité politique ». Il a rappelé que le parti avait voté contre des textes essentiels à la gestion de la pandémie, avant d’ajouter :
« On ne peut pas avoir une crédibilité sur un sujet comme l’esclavage quand on a nié des réalités scientifiques pendant une crise sanitaire. »
Le débat sur la mémoire coloniale intervient alors que la France traverse une période de tensions identitaires, avec une montée des discours sur l’immigration et la place des minorités dans la société. Marion Maréchal a d’ailleurs profité de son passage dans les médias pour réaffirmer son soutien à Jordan Bardella, tout en critiquant les autres candidats de droite, comme Édouard Philippe ou Gabriel Attal, qu’elle accuse de préparer des alliances avec la gauche pour les prochaines élections.
Le RN en campagne : entre radicalité et préparation présidentielle
À moins de deux mois de l’annonce de la décision de la cour d’appel concernant l’éligibilité de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027, le Rassemblement national se prépare activement. Marion Maréchal a confirmé qu’elle apporterait son réseau européen à la campagne, en collaboration avec des partis conservateurs comme celui de Giorgia Meloni.
Elle a également défendu l’idée que le RN était le seul parti capable de porter une vraie politique de rupture, en opposition à ce qu’elle présente comme une « Macronie affaiblie » et une gauche divisée.
« La seule véritable politique de droite et de rupture qui me semble possible, c’est celle portée par le Rassemblement national. »
Cette stratégie s’appuie sur une critique de l’Union européenne, que Marion Maréchal accuse de trahir les intérêts nationaux, notamment sur les questions migratoires. Elle a rappelé que Édouard Philippe, malgré ses déclarations sur la nécessité d’une politique migratoire stricte, avait voté contre une directive européenne renforçant les contrôles aux frontières.
La gauche en difficulté face à la montée du RN
Alors que le RN cherche à capitaliser sur les frustrations mémorielles, la gauche, divisée entre socialistes, écologistes et insoumis, peine à proposer une réponse unie. Marion Maréchal a ironisé sur les divisions de ses adversaires en déclarant :
« Édouard Philippe dit vouloir une réponse volontariste en matière d’immigration, mais il négocie en sous-main avec Gabriel Attal pour un désistement réciproque. »
Pour le RN, cette situation offre une opportunité unique de s’imposer comme la seule force capable de réconcilier les Français avec leur histoire, sans céder aux pressions des associations ou des intellectuels engagés.
Un débat qui dépasse le cadre mémoriel
Au-delà de la question de l’esclavage, cette polémique illustre les tensions croissantes autour de la réécriture de l’histoire en France. Alors que des pays comme l’Allemagne ou les États-Unis ont engagé des débats publics sur leurs passés coloniaux, la France reste un terrain de confrontation entre deux visions : celle d’une mémoire apaisée et celle d’une mémoire critique, souvent perçue comme une remise en cause de l’identité nationale.
Dans ce contexte, le RN mise sur une stratégie de victimisation, en se présentant comme le dernier rempart contre une « repentance permanente ». Marion Maréchal a d’ailleurs évoqué la nécessité de commémorer tous les esclavages, y compris ceux commis par des non-Européens, pour éviter toute forme de « culpabilisation sélective ».
Cette approche, bien que contestée, s’inscrit dans une dynamique plus large où l’extrême droite française cherche à s’imposer comme le porte-parole d’une identité nationale retrouvée, loin des influences étrangères et des remises en cause historiques.