Maroc : le PAM en tête, mais l'abstention record révèle une crise démocratique

Par Aporie 24/09/2026 à 16:25
Maroc : le PAM en tête, mais l'abstention record révèle une crise démocratique

Au Maroc, les législatives de 2026 voient la coalition sortante l'emporter, mais l'abstention record (38%) révèle une crise démocratique majeure. Le PAM en tête sans majorité absolue, le PJD islamiste en forte progression : un pays à la croisée des chemins.

Un scrutin sous haute tension : la coalition sortante survit, mais le pouvoir vacille

Alors que les urnes marocaines se vidaient à peine de leurs bulletins ce jeudi 24 septembre 2026, les premiers résultats des élections législatives dessinaient déjà les contours d’un paysage politique profondément instable. Avec un taux de participation historique de 38%, le plus faible depuis près de vingt ans, ce scrutin a révélé une défiance sans précédent envers les institutions, amplifiée par une jeunesse de plus en plus désenchantée. Pourtant, contre toute attente, le Parti Authenticité et Modernité (PAM), pilier de la coalition gouvernementale sortante, a su conserver sa première place avec 97 sièges sur 395. Une victoire à la Pyrrhus, puisque le parti, sans majorité absolue, se retrouve contraint de négocier une alliance fragile avec ses partenaires historiques.

Le Rassemblement National des Indépendants (RNI), dirigé par l’actuel chef du gouvernement Aziz Akhannouch, a subi un revers cinglant en perdant une trentaine de sièges par rapport à 2021, tandis que le Parti de l’Istiqlal, troisième force de l’exécutif, a consolidé sa position avec 65 députés. Pourtant, c’est l’opposition islamiste du Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui a réalisé la plus grande surprise en quadruplant sa représentation, passant de 13 à 54 sièges. Une percée qui s’explique en partie par un discours anti-corruption et une mobilisation ciblée des électeurs mécontents. « Le peuple marocain a envoyé un message clair : la corruption ne peut plus être tolérée », déclarait un analyste politique sous couvert d’anonymat, soulignant l’urgence pour les partis traditionnels de se réinventer.

L’ombre du roi Mohammed VI plane sur la formation du gouvernement

Sans majorité absolue, le PAM doit désormais composer avec ses alliés pour former un gouvernement de coalition. Mais le véritable arbitre de cette équation reste le roi Mohammed VI, dont les prérogatives constitutionnelles en matière de nomination du Premier ministre et de validation des grands choix stratégiques rappellent cruellement les limites de la démocratie marocaine. Les noms de Fouzi Lekjaa, ministre du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, et de Fatima Ezzahra Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire et maire de Marrakech, circulent avec insistance pour diriger l’exécutif. Cette dernière, si elle était choisie, deviendrait la première femme à occuper ce poste dans l’histoire du pays – un symbole fort, mais aussi une manœuvre politique visant à moderniser l’image du régime.

Pourtant, derrière les apparences, la crise de confiance est palpable. L’abstention record, notamment chez les jeunes, reflète un rejet des élites politiques perçues comme corrompues et déconnectées des réalités sociales. « Comment demander aux citoyens de croire en leurs dirigeants quand la croissance promise reste un mirage ? », s’interrogeait ce matin un éditorialiste du Journal Hebdomadaire. Le PAM avait en effet fait campagne sur un programme ambitieux : 5% de croissance annuelle moyenne, un taux d’inflation maîtrisé à 2%, et la création d’un million d’emplois d’ici 2031. Des objectifs qui, dans un contexte économique mondial marqué par les tensions commerciales et les crises énergétiques, semblent plus que jamais hors de portée.

Une jeunesse en quête de changement, un système à bout de souffle

Les élections législatives de 2026 s’inscrivent dans un contexte régional explosif. Moins de deux mois plus tôt, la crise migratoire de Ceuta a mis en lumière les failles d’une politique étrangère marocaine vacillante, tiraillée entre les pressions européennes et les impératifs sécuritaires. L’Union européenne, souvent critiquée pour son double discours sur les droits humains, a rapidement apporté son soutien au Maroc, fermant les yeux sur les méthodes musclées utilisées pour contenir les flux migratoires. Pourtant, les images de migrants refoulés vers des zones désertiques ont choqué l’opinion publique internationale, révélant une fois de plus les contradictions d’un régime qui se veut à la fois moderne et autoritaire.

Face à cette situation, les partis d’opposition, en particulier le PJD, ont su capitaliser sur le mécontentement populaire. Leur discours, bien que modéré, a trouvé un écho chez les électeurs las des promesses non tenues. « Nous ne sommes pas des extrémistes, mais des démocrates qui veulent une gouvernance transparente », affirmait un porte-parole du parti, avant d’ajouter : « Le PAM et ses alliés ont échoué à répondre aux attentes des Marocains. Il est temps de tourner la page. »

Cependant, les défis qui attendent le futur gouvernement sont immenses. Le chômage des jeunes, estimé à près de 30% dans certaines régions, la précarité économique et les inégalités territoriales menacent la stabilité sociale. Les annonces du PAM sur la création d’emplois et la relance économique peinent à convaincre, d’autant que les investisseurs étrangers, notamment européens, restent méfiants face à un climat politique aussi incertain.

L’Europe observe, mais reste silencieuse sur les dérives démocratiques

Alors que les observateurs internationaux, y compris ceux de l’Union européenne, saluent officiellement le bon déroulement du scrutin, peu osent s’interroger sur la légitimité d’un système où le monarque conserve un pouvoir décisionnel absolu. La France, sous la présidence d’Emmanuel Macron, a salué des élections « libres et transparentes », occultant soigneusement les questions sur les libertés de la presse et les restrictions imposées aux partis d’opposition. Pourtant, des rapports d’ONG, comme Reporters sans frontières, pointent du doigt une presse muselée et des journalistes emprisonnés pour des motifs fallacieux.

Dans ce contexte, la montée en puissance du PJD interroge. Si le parti évite soigneusement les références à un islam politique radical, sa capacité à fédérer une base populaire inquiète les chancelleries occidentales. « Nous ne sommes pas des ennemis de l’Occident, mais nous refusons une alliance qui ne sert que les intérêts d’une minorité », expliquait un cadre du PJD sous le couvert de l’anonymat. Une déclaration qui rappelle les tensions persistantes entre le Maroc et ses partenaires traditionnels, notamment sur la question du Sahara occidental, où Paris et Rabat restent enlisés dans une alliance stratégique malgré les critiques internationales.

Un pays à la croisée des chemins

Alors que le Maroc s’apprête à entrer dans une période de négociations politiques complexes, les signes d’un malaise profond se multiplient. Les grèves dans le secteur public, les manifestations étudiantes et les appels à la réforme constitutionnelle se multiplient, portés par une jeunesse qui refuse de se contenter de miettes. Le PAM, qui se présente comme le garant de la stabilité, devra faire la preuve qu’il peut incarner un renouveau. Mais avec une base électorale vieillissante et une opposition en embuscade, le parti risque de se retrouver rapidement isolé.

Pour l’heure, une chose est certaine : le taux d’abstention record de 2026 restera dans les mémoires comme un avertissement. Un message envoyé aux élites politiques, leur rappelant que le temps de l’impunité est révolu. « Le Maroc n’est pas un pays en développement, c’est une nation avec une histoire millénaire et un peuple fier. Nous méritons mieux que des promesses en l’air », résumait un jeune militant associatif lors d’un rassemblement improvisé à Casablanca. Dans les semaines à venir, tout reste possible : une alliance inattendue, une crise institutionnelle, ou même un sursaut démocratique. Mais une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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Commentaires (3)

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Alexis_767

il y a 35 minutes

Cette abstention record (38%) pose plusieurs questions. D'abord, elle reflète un désengagement croissant face à un système perçu comme verrouillé. Ensuite, la progression du PJD montre que l'islam politique reste un recours pour une partie de l'électorat déçu. Enfin, le PAM en tête sans majorité absolue confirme l'impossibilité de gouverner sereinement... Un vrai problème pour la stabilité.

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Nathalie du 26

il y a 1 heure

Une coalition sans majorité absolue, ça veut dire blocage assuré. Comme d'hab.

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EdgeWalker

il y a 2 heures

nooooon mais ils se fouttent de notre gueule là ??? 38% d'abstention ??? mais c'est quoi ce bordel sérieuX..! les gens en ont RIEN A FAIRE de leur démocratie de pacotille.. pff ptdr

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