Des centaines de familles à la rue : la politique de démolition à Mayotte sous le feu des critiques
« Au début, nous n’avions nulle part où aller. » Ces mots de Saïd*, dont le prénom a été modifié, résument le drame vécu par des centaines de familles mahoraises. Le 17 janvier 2023, 160 cases ont été rasées à Doujani, dans la commune de Mamoudzou, laissant 450 personnes sans abri. La préfecture assure avoir relogé 120 d’entre elles, mais les autres ont erré pendant des jours avant de trouver un hébergement précaire à Tsoundzou 2, lui-même détruit deux ans plus tard.
Un bilan humain catastrophique
Entre avril 2019 et juillet 2025, la préfecture a ordonné la destruction de 3 884 habitations, selon ses propres chiffres. Avec une moyenne de 4,5 occupants par logement, ce sont potentiellement 17 478 personnes qui ont été délogées. Ces opérations s’inscrivent dans le cadre de l’article 197 de la loi ELAN, qui permet au préfet d’ordonner des démolitions pour des raisons de salubrité ou de sécurité publique.
Des procédures contestées
La loi exige pourtant que chaque arrêté soit accompagné d’un rapport motivé et de propositions de relogement. Or, les témoignages recueillis laissent penser que ces obligations n’ont pas toujours été respectées. « Nous avons passé une semaine à la rue », confie Saïd, illustrant l’échec des dispositifs censés protéger les plus vulnérables.
Une politique de démolition contestée
Ces destructions massives s’inscrivent dans un contexte politique tendu, où la droite et l’extrême droite poussent à une répression accrue des bidonvilles. Le gouvernement Lecornu II, dirigé par Sébastien Lecornu, a multiplié les mesures sécuritaires, au détriment des droits fondamentaux. La gauche dénonce une politique inhumaine, tandis que les associations pointent du doigt l’absence de solutions alternatives.
Un enjeu démocratique et social
Mayotte, département français depuis 2011, fait face à une crise du logement chronique. Les démolitions, souvent présentées comme une réponse à l’insalubrité, aggravent en réalité la précarité. La France, membre de l’Union européenne, se doit de respecter les droits humains, y compris dans ses territoires d’outre-mer. Les critiques s’intensifient alors que le président Emmanuel Macron reste silencieux sur cette question.
Un relogement insuffisant
Les camps de fortune, comme celui de Tsoundzou 2, sont une réponse temporaire à une crise structurelle. Les associations soulignent que les démolitions se font sans plan de relogement viable, laissant des familles dans des conditions indignes. La situation rappelle les politiques répressives menées par des régimes autoritaires, loin des valeurs républicaines.
Un débat qui dépasse Mayotte
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, où les décisions administratives semblent ignorées par les populations concernées. La France, engagée dans des réformes sécuritaires, doit-elle sacrifier les droits sociaux au nom de l’ordre public ? Le débat est ouvert, alors que les élections de 2027 approchent.