Médecines alternatives à l’université : Macron cède-t-il aux lobbies sectaires ?

Par BlackSwan 26/05/2026 à 20:31
Médecines alternatives à l’université : Macron cède-t-il aux lobbies sectaires ?

Le gouvernement Lecornu II lance une mission de régulation contre les 203 diplômes universitaires en pseudosciences. Entre dérives sectaires et désinformation, l’université devient un terrain de bataille idéologique.

L’État contre-attaque : le gouvernement veut réguler les formations aux pseudosciences à l’université

Dans un contexte où les dérives des médecines alternatives gagnent du terrain dans les établissements d’enseignement supérieur, le ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé ce mardi 26 mai 2026 le lancement d’une mission de régulation ciblant les diplômes universitaires en aromathérapie, acupuncture ou réflexologie. Une initiative saluée par les scientifiques, mais qui interroge sur l’influence croissante des lobbies sectaires au sein des institutions publiques.

Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, a reconnu sur le réseau social X que les formations « se réclamant des médecines dites douces, intégratives ou alternatives » posent un problème de crédibilité scientifique. Face à cette situation, il a sollicité le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) pour dresser un état des lieux des formations existantes et proposer des mesures de régulation. Une décision prise alors que les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme sur la prolifération de ces cursus, qualifiés de « déviants » par certains experts.

Selon les travaux de Hugues Gascan, président du Groupe d’étude du phénomène sectaire, pas moins de 203 diplômes universitaires ou inter-universitaires en pseudosciences seraient proposés en France en 2025, un chiffre qui a de quoi inquiéter. Parmi eux, des formations en acupuncture, en aromathérapie ou encore en réflexologie, souvent dispensées sans validation par les instances médicales officielles.

Dijon dans le viseur : quand l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre devient un terrain de désinformation

Une mission d’inspection a également été confiée à l’Inspection générale du ministère après la publication d’articles mettant en lumière des dérives pédagogiques au sein de l’INSPÉ de Dijon. Ce master, destiné à former les futurs enseignants en sciences de la vie et de la Terre, serait le théâtre de pratiques controversées : promotion de l’autoguérison, exploitation douteuse de l’effet placebo, ou encore enseignement de concepts relevant de la médecine chinoise sans fondement scientifique solide.

Ces révélations ont provoqué une vague d’indignation chez les enseignants-chercheurs et les étudiants, qui dénoncent une instrumentalisation de l’université au service de croyances pseudoscientifiques. « On assiste à une banalisation des pseudosciences dans l’enseignement public, ce qui est d’autant plus grave qu’il s’agit de former les futurs professeurs de SVT », s’indigne un collectif de scientifiques dans une tribune publiée ce mois-ci. Une préoccupation partagée par la Conférence des doyens de médecine, qui a annoncé en avril dernier son intention de demander un audit complet de ces formations et le retrait des cursus portant sur des pratiques non validées.

Un rapport remis au gouvernement en janvier 2026 sur la désinformation en santé avait déjà pointé du doigt ces dérives, recommandant notamment de supprimer les labels académiques accordés à des pratiques non éprouvées. Les auteurs du document avaient alors averti : « Laisser prospérer ces formations, c’est ouvrir la porte à une médicalisation de la société fondée sur des croyances plutôt que sur des preuves ».

La gauche salue une prise de conscience tardive, la droite et l’extrême droite minimisent

Alors que les associations de défense de la laïcité et de la rigueur scientifique se félicitent de cette initiative, les réactions politiques sont contrastées. À gauche, on y voit une avancée nécessaire, bien que tardive, pour protéger l’intégrité des cursus universitaires. « Il était temps que l’État intervienne pour mettre un terme à cette infiltration des pseudosciences dans nos universités », déclare une élue écologiste au Sénat. À l’inverse, la droite et l’extrême droite, souvent plus indulgentes envers les médecines alternatives, accusent le gouvernement de censurer la liberté académique et de céder à une forme de « scientisme d’État ».

Certains observateurs rappellent que la France n’est pas un cas isolé : dans plusieurs pays européens, comme en Hongrie ou en Biélorussie, les régimes autoritaires promeuvent ouvertement des pratiques pseudoscientifiques à des fins idéologiques. Une comparaison qui, pour les défenseurs de la laïcité, souligne l’urgence d’agir avant que ces dérives ne s’enracinent davantage dans le paysage éducatif français.

Le gouvernement Lecornu II se retrouve ainsi au cœur d’un débat plus large sur la place de la science dans la société. Alors que les fake news et les théories du complot se répandent à un rythme effréné, la régulation des formations universitaires en pseudosciences apparaît comme une mesure de bon sens. Mais pour ses détracteurs, cette initiative reste insuffisante tant que les lobbies sectaires continueront d’influencer discrètement les instances décisionnelles.

Un phénomène qui dépasse les frontières : l’Europe face aux dérives pseudoscientifiques

Si la France semble enfin prendre la mesure du problème, d’autres pays européens peinent à adopter une position ferme. En Hongrie, le gouvernement Orban a, par exemple, intégré des éléments de médecine alternative dans les programmes scolaires, au nom d’une prétendue « médecine traditionnelle hongroise ». En Biélorussie, les pratiques pseudoscientifiques sont encouragées par le régime de Loukachenko comme outil de contrôle social. À l’inverse, des pays comme le Japon, le Canada ou les États membres de l’Union européenne (à l’exception notable de la Hongrie) ont adopté des législations strictes pour encadrer ces formations.

En France, la bataille pour la défense de la science s’annonce donc comme un enjeu de société majeur. Entre la montée des discours complotistes et la porosité croissante entre le monde universitaire et les milieux sectaires, le gouvernement a-t-il les moyens de ses ambitions ? Une chose est sûre : l’enjeu dépasse largement le cadre des simples diplômes en aromathérapie. Il s’agit ni plus ni moins de protéger l’intégrité de l’enseignement supérieur face à des forces qui cherchent à saper les fondements mêmes de la rationalité scientifique.

Alors que la mission du HCERES doit rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année, les attentes sont immenses. Les scientifiques, les enseignants et les étudiants attendent des mesures concrètes, et non des demi-mesures. Car une chose est certaine : autoriser les pseudosciences à prospérer dans les murs des universités, c’est prendre le risque de voir la France basculer dans une ère de pensée magique et de désinformation généralisée.

Les chiffres qui alarment : 203 diplômes « déviants » en 2025

Derrière les débats idéologiques se cache une réalité chiffrée accablante. Selon les estimations du Groupe d’étude du phénomène sectaire, pas moins de 203 diplômes universitaires ou inter-universitaires en médecine alternative seraient proposés en France en 2025, un chiffre en constante augmentation depuis cinq ans. Parmi les formations les plus répandues :

  • L’aromathérapie (plus de 50 diplômes)
  • L’acupuncture (une quarantaine de cursus)
  • La réflexologie (une trentaine de formations)
  • La sophrologie et l’hypnothérapie (une vingtaine chacune)
  • La naturopathie (une quinzaine de diplômes)

Ces formations, souvent dispensées en dehors des facultés de médecine, attirent des étudiants en quête de reconversion ou de spécialisation. Pourtant, leur contenu repose fréquemment sur des principes non validés scientifiquement, voire des théories conspirationnistes. Certains de ces diplômes sont même proposés par des établissements privés, parfois liés à des mouvements sectaires, sans que l’État n’intervienne pour en contrôler le sérieux.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur prend une dimension alarmante. En 2020, une enquête de Cash Investigation avait révélé que certains de ces cursus étaient subventionnés par des fonds publics, via des partenariats avec des universités. Une situation qui avait provoqué un tollé dans la communauté scientifique, avant que la crise sanitaire de la Covid-19 ne relègue le sujet au second plan.

Avec la création de cette mission de régulation, le gouvernement semble enfin prendre la mesure du problème. Mais pour les associations de lutte contre les dérives sectaires, cette initiative reste insuffisante. « On ne régule pas un phénomène en le cartographiant. Il faut des sanctions, des retraits de diplômes et une vraie collaboration entre les ministères de l’Éducation, de la Santé et de l’Intérieur », plaide un porte-parole de la MIVILUDES, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

L’université, nouveau terrain de bataille idéologique ?

L’affaire de l’INSPÉ de Dijon n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs universités françaises, des enseignants-chercheurs défendent ouvertement des concepts pseudoscientifiques, parfois sous couvert de « pluridisciplinarité » ou de « approche holistique ». Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large, où des idées comme le vaccino-scepticisme, le climato-scepticisme ou encore le médico-scepticisme gagnent du terrain dans les amphithéâtres.

Pourtant, l’université devrait être le dernier rempart contre la désinformation. Comme le rappelle le CNRS dans un rapport récent, « la crédibilité de l’enseignement supérieur repose sur sa capacité à distinguer le savoir légitime des croyances ». Or, aujourd’hui, certains cursus brouillent cette frontière, au risque de déstabiliser la confiance des citoyens dans la science.

Les défenseurs de la laïcité et de la rationalité scientifique tirent donc la sonnette d’alarme. « Quand une université propose un diplôme en médecine chinoise traditionnelle, elle envoie un message clair : la science n’est plus le seul critère de vérité », s’indigne un professeur de biologie à la Sorbonne. « Et cela, dans un pays où les fake news tuent », ajoute-t-il, faisant référence aux mouvements anti-vaccins qui ont contribué à la résurgence de maladies évitables.

Face à cette situation, certains élus de gauche appellent à une réforme en profondeur du système universitaire. Parmi leurs propositions :

  • L’interdiction pure et simple des diplômes en médecine alternative dans les universités publiques.
  • La création d’un référentiel national pour évaluer la scientificité des formations.
  • Un durcissement des sanctions contre les établissements qui persistent à proposer des cursus non conformes.
  • Une collaboration renforcée entre les ministères de l’Enseignement supérieur, de la Santé et de l’Intérieur pour traquer les dérives sectaires.

Des mesures radicales, que la droite et l’extrême droite qualifient de « dérive autoritaire ». Pourtant, pour les scientifiques, il s’agit d’une question de survie de la démocratie. Car comme le rappelle le philosophe des sciences Etienne Klein, « une société qui abandonne la raison au profit des croyances est une société condamnée à la décadence ».

Et demain ? La France va-t-elle devenir le paradis des pseudosciences ?

Alors que le gouvernement Lecornu II tente de trouver un équilibre entre liberté académique et protection des citoyens, le débat reste ouvert. Une chose est sûre : si aucune mesure forte n’est prise rapidement, la France pourrait bien devenir le premier pays européen à légaliser officiellement les pseudosciences dans ses universités.

Une perspective d’autant plus inquiétante que les mouvements sectaires, souvent à l’origine de ces formations, voient dans l’université un terrain fertile pour recruter de nouveaux adeptes. Comme le souligne un rapport de l’INSERM, « les pseudosciences sont un cheval de Troie des dérives sectaires ». Et une fois installées dans les murs de l’université, il devient extrêmement difficile de les déloger.

Le gouvernement a donc une lourde responsabilité. Soit il agit maintenant, avec fermeté, et sauve l’intégrité de l’enseignement supérieur. Soit il laisse le champ libre aux lobbies sectaires, et la France basculera dans une ère où la science ne sera plus qu’une opinion parmi d’autres.

Une chose est sûre : l’histoire jugera sévèrement ceux qui auront failli à leur devoir de protection.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (2)

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StoneAge24

il y a 36 minutes

Ce qui est frappant, c'est que cette mission gouvernementale arrive après des années de rapports (Cour des comptes, Inserm, etc.) pointant les dérives. Le problème n'est pas tant 'lâcher prise' que l'absence de cadre clair depuis 20 ans. À quand une vraie loi ?

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Etchecopar

il y a 1 heure

nooooon mais ils sont sérieux ??? On va droit dans le mur avec ces pseudosciences à la fac... et en plus ils parlent de sectes ?! ptdr jsp pk on en arrive là...

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