Parcoursup va disparaître : les lycéens obtiennent-ils enfin gain de cause ?

Par BlackSwan 26/10/2026 à 22:18
Parcoursup va disparaître : les lycéens obtiennent-ils enfin gain de cause ?

Parcoursup va disparaître d’ici 2028 : transparence des refus, suppression de l’origine des lycées… Les lycéens obtiennent-ils enfin gain de cause ? Analyse des annonces gouvernementales, entre avancées et demi-mesures.

Parcoursup en sursis : le gouvernement cède partiellement à la pression sociale

Huit ans après son lancement chaotique, la plateforme Parcoursup, symbole des dysfonctionnements de l’orientation post-bac et de l’opacité des critères de sélection universitaires, va être progressivement remplacée d’ici 2028. Une annonce qui intervient après des années de mobilisations lycéennes, où des dizaines de milliers d’élèves ont dénoncé un système « inique, stressant et opaque ». Pourtant, si le gouvernement Lecornu II présente cette réforme comme une victoire pour la transparence, les contours exacts du futur dispositif restent flous, et les engagements concrets se font encore attendre.

Transparence imposée : une réponse tardive aux revendications lycéennes

Parmi les mesures phares annoncées pour la rentrée 2026-2027, les formations devront désormais justifier systématiquement leurs refus d’admission. Une avancée saluée par les élèves, mais qui ne saurait masquer l’ampleur des lacunes persistantes du système actuel. À Créteil, où les premières protestations avaient éclaté, des lycéens de terminale expriment un soulagement mesuré. « Si je suis refusée, j’aurai enfin les vraies raisons, et pas juste un refus sans explication qui me ferait pleurer », confie Kamelia Chergui, terminale générale. Un témoignage qui illustre l’absurdité d’un système où des milliers de jeunes se voient imposer des rejets sans la moindre justification.

Bilal Najrissi, camarade de classe, partage ce soulagement tout en rappelant que « cette victoire est fragile ». « C’est déjà mieux, ça retire une part de stress, mais il faut continuer sur cette lancée », insiste-t-il. Une prudence justifiée par l’absence de garanties sur la pérennité des changements. Car si la transparence est désormais exigée, les critères de sélection eux-mêmes restent, pour l’essentiel, inchangés. Les inégalités territoriales, les biais sociaux et les discriminations indirectes, souvent liées à l’origine des établissements, ne seront pas automatiquement corrigés par ces nouvelles règles.

Un futur système encore flou : entre promesses électorales et réalités budgétaires

Si le ministère de l’Enseignement supérieur promet un outil « plus simple » et « plus intelligent », grâce à l’intégration de l’intelligence artificielle et à un renforcement du contrôle continu, les syndicats enseignants restent sceptiques. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, dénonce un « flou stratégique » : « Les choses bougent sous la pression, mais il faudrait des engagements clairs sur 2027 et 2028 ». Une critique qui vise directement l’exécutif, accusé de naviguer à vue entre réformes cosmétiques et mesures structurelles reportées sine die.

Parmi les pistons évoqués pour remplacer Parcoursup, la suppression de la mention du lycée d’origine dans les dossiers de candidature figure en bonne place. Une mesure censée lutter contre les inégalités territoriales, mais dont l’impact réel dépendra de son application concrète. Car si le ministère met en avant une « démocratisation » de l’accès à l’enseignement supérieur, le diable se niche dans les détails. Comment garantir que les algorithmes d’orientation ne reproduiront pas, sous couvert de neutralité technologique, les biais qu’ils prétendent corriger ?

L’Union Européenne, modèle (imparfait) de transparence

Alors que la France s’inspire timidement des bonnes pratiques européennes en matière d’orientation, certains pays membres ont déjà adopté des systèmes bien plus équitables. En Allemagne, par exemple, les universités sont tenues de publier publiquement leurs critères d’admission, tandis qu’aux Pays-Bas, un système de loterie combiné à des quotas sociaux permet de réduire les inégalités. Des modèles que la France pourrait s’approprier, mais qui nécessiteraient un investissement massif dans les données et l’accompagnement des élèves. Or, dans un contexte de restrictions budgétaires chroniques, difficile de croire que l’État français sera à la hauteur des ambitions affichées.

Le Japon, souvent cité pour son excellence éducative, a également mis en place des mécanismes de tutorat renforcé pour les élèves défavorisés, évitant ainsi que l’orientation ne devienne un ascenseur social à l’envers. Des initiatives que le gouvernement français pourrait étudier, à condition de sortir du dogme de l’austérité et de reconnaître que l’éducation est un investissement, pas une variable d’ajustement.

La droite et l’extrême droite, complices passifs de l’opacité ?

Si le gouvernement Lecornu II tente de désamorcer la crise, les forces politiques conservatrices, elles, se contentent de critiquer la réforme sans proposer d’alternative crédible. La droite parlementaire, attachée à la reproduction des élites, n’a jamais remis en cause les mécanismes opaques de Parcoursup. Quant à l’extrême droite, elle instrumentalise la colère lycéenne pour dénoncer « l’égalitarisme » et promouvoir une vision communautariste de l’université, où les critères d’admission seraient fondés sur des critères identitaires plutôt que sur le mérite.

Une posture qui, si elle était appliquée, aggraverait encore les inégalités. Car contrairement aux idées reçues, les systèmes les plus opaques sont souvent ceux qui avantagent les catégories sociales déjà favorisées, en s’abritant derrière des critères « objectifs » (notes, mentions au bac) dont l’accès reste inégalement réparti.

2028 : une échéance lointaine pour un problème urgent

Le calendrier annoncé – 2028 pour la disparition totale de Parcoursup – laisse perplexe. Comment justifier un délai aussi long pour corriger un système dont les dysfonctionnements sont patents depuis des années ? Les députés, qui débattront cette semaine du futur de l’orientation, devraient exiger des engagements plus fermes. D’autant que les lycéens, épuisés par des années de lutte, risquent de perdre patience si les promesses ne se concrétisent pas rapidement.

Dans l’immédiat, la création d’un comité associant élèves, enseignants et représentants de l’État pourrait être une avancée, à condition que ses travaux ne restent pas lettre morte. Mais sans calendrier précis et sans moyens financiers à la hauteur, cette réforme s’annonce déjà comme un nouveau symbole de l’incapacité des gouvernements successifs à réformer en profondeur un système éducatif à bout de souffle.

Une chose est sûre : les jeunes générations, de plus en plus conscientes des injustices qui les frappent, ne se contenteront plus de demi-mesures. Si l’État ne prend pas ses responsabilités, la colère risque de resurgir, bien plus forte que les mobilisations passées.

Vers une orientation enfin démocratique ? Les pistes ignorées par Paris

Pendant ce temps, ailleurs en Europe, des solutions existent. En Suède, les universités ont l’obligation légale de publier des rapports annuels sur la diversité de leurs promotions, incluant des données sur l’origine sociale, géographique et ethnique des admis. Une transparence qui permet d’identifier les biais et d’y remédier. En Finlande, un système de « points bonus » pour les élèves ayant suivi un parcours exigeant (bacs technologiques, options rares) permet de contrebalancer les inégalités de départ.

En France, ces approches sont systématiquement écartées au nom de la « méritocratie républicaine », un concept souvent invoqué pour masquer l’absence de volonté politique. Pourtant, comme le rappelle le sociologue Pierre Mercklé, « le mérite n’existe pas dans l’absolu : il est fabriqué par les conditions dans lesquelles les individus évoluent ». Une vérité que les partisans d’un système inchangé préfèrent ignorer.

La réforme de Parcoursup, si elle est menée à son terme, pourrait donc devenir un test pour la crédibilité du gouvernement. Mais si les demi-mesures continuent de primer sur les transformations structurelles, elle ne sera qu’un nouveau leurre, un pansement sur une jambe de bois.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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